ThéâtreCritiques de théâtre
Crédit photo : Yves Renaud
Le don de rester positive
Kim Thúy est aujourd’hui une personnalité adorée du public québécois. Nous l’admirons collectivement pour sa plume à la fois poétique et poignante, mais aussi pour son incomparable bonne humeur ainsi que la grande joie de vivre qu’elle transmet à travers chacune de ses apparitions publiques et de ses émissions.
C’est d’ailleurs ce qui m’a marqué d’emblée à travers la performance de Cynthia Wu-Maheux: sa capacité à reproduire le bonheur et la grande chaleur humaine qui émanent de Ành, même dans les moments les plus sombres.

Photo: Yves Renaud
Lors d’une scène clé du spectacle, ce trait de personnalité devient pourtant une source de tension avec son amoureux québécois Jacques (Jean-Philippe Perras). Ce dernier avoue avoir du mal à comprendre comment Ành parvient à ne jamais se laisser abattre par les échecs et à conserver un optimisme inébranlable.
Un optimisme qui, dit-il, peut parfois peser sur leur couple.
Mais c’est justement là tout le cœur du personnage d’Ành et la leçon que l’on emporte en quittant la salle: cette capacité d’émerveillement est ce qui lui a permis de traverser tant d’épreuves et de devenir le modèle de force et de résilience que l’on connaît.
Son envie de goûter à tout, d’essayer différents métiers (traductrice, interprète, avocate, chef cuisinière dans un restaurant), d’accueillir l’échec comme une étape et de voir l’amour comme un espace de liberté donne envie au public d’oser en faire autant.
L’univers de Noé
L’histoire de ẤM résonne particulièrement aujourd’hui, puisqu’elle aborde des enjeux universels: l’amour dans un couple mixte, la famille recomposée, ainsi que la parentalité avec un enfant neuroatypique.

Photo: Yves Renaud
Ành forme un duo indissociable avec Noé (Jimmy Trieu Phong Chung). Depuis la naissance de ce dernier, tout son univers gravite autour de lui, ce jeune homme autiste qui s’exprime par la danse et par les gestes.
Pour son amoureux, c’est une nouvelle réalité à laquelle il a parfois du mal à s’adapter. Malgré tout l’amour qu’il porte à Ành et à Noé, Jacques aimerait pouvoir profiter de moments intimes avec sa conjointe et prendre des vacances de plus de trois jours.
Mais avec Ành, il apprend que l’amour va bien au-delà des mots et se manifeste plutôt en actions.
Pour celle qui passe sa vie à penser aux autres, l’amour véritable s’illustre lorsqu’on place les besoins des êtres chers avant les siens.
C’est pourquoi, malgré sa vie surchargée et son horaire bien rempli, Ành incite son conjoint à faire déménager ses parents chez eux au lieu de leur trouver une place dans une résidence. Pour elle, les beaux-parents font partie de la famille, et en prendre soin autant que possible est un plaisir sincère.
Une mise en scène toute en finesse
La mise en scène de Lorraine Pintal est simple, mais particulièrement efficace. Le décor est constitué de trois plateaux amovibles qui s’ouvrent et qui se ferment au gré de l’avancement du récit, dévoilant à plusieurs reprises un plancher couvert d’eau sur lequel Noé danse et explore l’espace.

Photo: Yves Renaud
La chorégraphie avec l’eau, fascinante, nous plonge dans l’univers sensible de ce jeune homme qui parle avec son corps. Elle rappelle aussi les conditions dans lesquelles Kim Thúy, arrivée parmi les boat people à l’âge de dix ans, a mis les pieds au Québec, cette «terre d’amour» qu’elle chérit tant.
Avec son œuvre ẤM, l’écrivaine signe bien plus qu’un récit inspiré de sa vie: elle offre un hymne à l’espoir et à la tendresse, un rappel qu’il est toujours possible de choisir la lumière, et ce, même dans la tourmente.
On sort de la pièce le cœur gonflé, porté par l’envie d’aimer plus grand et de vivre plus intensément.
La pièce «ẤM» de Kim Thúy au TNM en images
Par Yves Renaud
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Photo: Yves Renaud -
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