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Crédit photo : Blumhouse @ Tous droits réservés
Ce sont les studios Universal et Blumhouse qui ont acquis les droits de distribution de ce film, fort acclamé par la critique, depuis septembre dernier.
Quelques modifications au montage ont toutefois été nécessaires dans le but de réduire le niveau de violence du scénario et permettre sa sortie en salle. Même si la violence du film a dû être atténuée afin d’obtenir un classement ne dépassant pas la cote «R» aux États-Unis (c’est d’ailleurs l’une des rares œuvres à recevoir une cote 16+ au Québec), Barker est parvenu à un résultat satisfaisant, plus nuancé et intelligent, et ce, sans trop réduire l’impact émotionnel de l’histoire.

Photo: Blumhouse @ Tous droits réservés
Le scénario de Curry Barker part d’une prémisse simple: un adolescent est amoureux d’une fille, mais ce dernier est trop timide pour lui avouer ses sentiments, par peur de se faire rejeter.
Nous faisons ainsi la connaissance de Baron (Michael Johnston) au moment où il dîne avec son ami Ian (Cooper Tomlinson). Bear récite à Ian une déclaration d’amour qu’il souhaiterait adresser à Nikki (Inde Navarrette), une amie pour qui il éprouve de l’affection.
Lors d’une soirée au bar, Baron (dit Bear) a de multiples occasions de déclarer son amour à Nikki lorsqu’ils sont seuls, mais n’arrive pas à le faire.
En conduisant Nikki chez elle après la soirée au bar, cette dernière demande très clairement à Bear s’il éprouve des sentiments qui vont au-delà d’une simple amitié. Bear n’arrive pas à répondre à sa demande, et Nikki quitte donc sa voiture, frustrée.
Plus tôt dans la journée, Baron avait acheté un «One Wish Willow» dans un magasin, un jeu qui prétend exaucer le vœu le plus cher d’une personne en brisant la branche contenue dans la boîte. Croyant que c’est une arnaque, Bear fait néanmoins le vœu que Nikki l’aime plus que tout, et son souhait est aussitôt exaucé: Nikki devient follement amoureuse de lui durant plusieurs semaines, jusqu’au moment où Baron réalise que quelque chose cloche…
Un récit complexe structuré en plusieurs niveaux
Le récit d’Obsession est simpliste dans ses fondations, mais tout spectateur avisé réalisera vite qu’il n’y a rien d’ordinaire dans tout ce que le cinéaste met en scène à l’écran.
En surface, c’est un film d’horreur où le personnage de Bear, follement amoureux, devient tourmenté par une Nikki qui est complètement obsédée par chaque aspect de sa vie et dont le comportement devient de plus en plus inquiétant et dangereux.

Photo: Blumhouse @ Tous droits réservés
Barker souhaite que le public s’attache au protagoniste et qu’il réalise à quel point Bear s’est mis dans le pétrin en souhaitant quelque chose qui n’aurait jamais dû se produire. Or, c’est beaucoup plus complexe que ça.
Si vous prêtez attention aux premières minutes du film, Baron est dépeint tel un harceleur contrôlant qui surveille constamment les activités sociales de Nikki sur Instagram et qui n’accorde pas tellement d’importance à ses aspirations personnelles. Au commencement, Nikki est, quant à elle, dépeinte comme une femme absolument charmante et généreuse qui désire débuter sa carrière d’écrivaine et quitter son emploi aux conditions de travail minables, où travaille également Bear.
Ainsi, Nikki est complètement privée de tout cela lorsque Baron exprime son souhait. Elle devient un pur objet d’affection, sans la même personnalité effervescente qui la caractérisait lors des scènes d’ouverture. Nikki est devenue totalement dévouée à Bear, et n’a donc plus d’aspirations personnelles, outre son amour obsessionnel pour lui, dès qu’elle devient ensorcelée par son vœu.
Nikki est, en quelque sorte, prisonnière des souhaits de Bear, mais cela n’est pas explicitement mis en scène dans le scénario. Le réalisateur essaie de faire croire au public que c’est Baron qui est la victime, alors que c’est l’inverse. Lorsque Nikki commence à présenter un comportement dérangeant, Bear appelle le numéro indiqué sur la boîte du One Wish Willow, mais ce dernier ne veut pas annuler son souhait. Il veut tout simplement le modifier pour rendre Nikki «normale», selon ses propres mots. Cela dit, on ne peut ni le modifier ni l’annuler. Le souhait de Bear est définitif, et ce, jusqu’à sa mort…
Or, il n’y a rien de normal dans cette situation inespérée où Bear contrôle les désirs de Nikki et la prive de toute indépendance affective et émotionnelle.
C’est d’ailleurs ce qui fait le plus peur dans ce film: chaque cri et chaque changement corporel auxquels Nikki est soumise ne relèvent pas d’un ensorcellement, mais bien d’un appel à l’aide.

Dans un moment de grande vulnérabilité, Nikki reprend le contrôle de son esprit durant un bref instant, et ce qu’elle lui demande de faire est tout simplement dévastateur. En effet, elle demande à Bear de la tuer avant que son corps ne soit ensorcelé à nouveau. Bear lui répond: «Être avec moi est si terrible?» Ce à quoi Nikki réplique: «Je n’ai jamais été avec toi».
Il n’est pas la victime; il est l’agresseur.
Inde Navarrette livre une performance remarquable
À travers ce récit complexe entre Bear et Nikki, Inde Navarrette offre une performance titanesque, ce genre d’interprétation que nous voyons rarement au cinéma de nos jours. À la base, l’actrice de 25 ans avait le défi de représenter différentes strates émotionnelles de son personnage, en commençant par l’interpréter comme une personne généreuse ayant ses propres désirs et objectifs, avant que ceux-ci ne soient dérobés par le souhait de Bear.
Et lorsque le souhait est exaucé, Navarrette doit incarner une dissociation entre la véritable personnalité de son personnage et le corps possédé. Réussir tout cela avec brio, en plus de représenter la douleur intérieure de Nikki (illustrée par un plan où Curry Barker montre son sourire déchirant en étirant volontairement l’instant), semble très difficile à jouer.
Et sans la bonne actrice, cette œuvre n’aurait pas été autant réussie.
Il est d’autant plus difficile de décrire en mots tout ce qu’Inde Navarrette accomplit dans ce film de 108 minutes, d’autant plus que le récit n’a été révélé qu’à travers ses bandes-annonces. Toutefois, je peux dire en toute confiance que c’est la performance la plus remarquable qu’il m’a été donné de voir depuis celle qui a valu l’Oscar à Mikey Madison dans Anora de Sean Baker, un autre film où plusieurs informations sur ses personnages sont dissimulées à travers un récit structuré en plusieurs niveaux.
Le jeu d’Inde Navarrette est impeccablement maîtrisé. Chaque moment terrifiant offre une couche d’interprétation supplémentaire. Par exemple, lorsqu’elle essaie de se libérer de l’emprise que Bear exerce sur elle, Nikki pousse un cri d’amour fou qui masque en réalité ses cris de détresse.
De plus, la scène finale, un véritable morceau de bravoure, montre à quel point l’actrice est capable de jouer avec différents registres émotionnels très intenses, tout en nous faisant ressentir tout ce qu’elle cherchait à faire valoir en s’efforçant de surmonter son emprisonnement par le vœu de Bear.

Un début prometteur dans le monde de l’horreur pour Curry Barker avec un langage visuel maîtrisé
Le langage visuel du film, composé par le directeur photo Taylor Clemons et monté par Barker lui-même, vient exacerbé le sentiment d’emprisonnement que Nikki ressent et rend le dernier droit d’Obsession encore plus impactant. La caméra bouge toujours aux moments opportuns pour démontrer le contrôle que Bear exerce sur Nikki. Et le montage très précis crée plusieurs coupes comiques qui relèvent la tension planant pendant la majeure partie de l’histoire.
Obsession, c’est une œuvre qui joue très bien avec les sensibilités esthétiques et comiques que Curry Barker a développées sur sa chaîne YouTube, et ce dernier n’a certainement pas fini de faire du cinéma, puisqu’il a récemment été engagé pour diriger un reboot de la franchise d’horreur The Texas Chainsaw Massacre pour A24!
Si Obsession signe l’arrivée d’une voix majeure dans le cinéma d’horreur contemporain, le réalisateur de 26 ans ne sera probablement pas le seul youtubeur dans l’espace hollywoodien à continuer de tracer son propre chemin.
Backrooms de Kane Parsons arrivera en salle dans quelques semaines, et c’est une étape majeure pour le créateur de Kane Pixels, puisqu’il est le cinéaste le plus jeune à réaliser un film pour un studio hollywoodien.
Si Obsession et Backrooms continuent leur ascension vers le succès, il est clair que plusieurs créateurs de contenu issus de YouTube deviendront prochainement des noms familiers du paysage hollywoodien…
Le film «Obsession» de Curry Baker en images
Par Blumhouse @ Tous droits réservés
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