SortiesDanse
Crédit photo : Mathieu Doyon
Sortir des sentiers battus
Lorsque je l’ai interrogée sur la genèse du spectacle, Catherine Gaudet m’a répondu d’emblée qu’elle avait besoin de rire, de s’amuser et de sortir des sentiers battus.
«Je n’avais jamais eu l’occasion de travailler avec autant de danseurs. C’est un très beau privilège, mais aussi un grand défi! J’avais envie qu’on s’amuse, qu’on chante. Peu à peu, tout ça est devenu une sorte de comédie musicale!», m’a-t-elle confié.
Les onze danseurs et danseuses dansent comme un tout, comme un seul corps rose qui serait coincé sur le dance floor d’une discothèque et qui cherche désespérément l’amour. À la manière d’une incantation ou d’un chant religieux, les interprètes répètent sans arrêt le mot «love», jusqu’à ce que ce dernier perde son sens et qu’il crée une forme de langueur dans laquelle le public et les interprètes se laissent transporter.
«J’ai toujours été fasciné par les chœurs, par le chant choral. Pour moi, ça évoque une ivresse, une sorte d’hypnose».
Dès le départ, la créatrice souhaitait que le spectacle oscille entre naïveté, horreur et angoisse, tout en comportant une large part d’humour. Le côté «sectaire» de la chorégraphie de groupe et de la répétition d’un même mot se sont donc imbriqués parfaitement dans cette optique. Car lorsqu’on voit sur scène ce groupe de danseurs et de danseuses qui martèlent le même mot, on se demande s’ils le scandent de leur plein gré, ou s’ils sont soumis à une injonction, une sorte de sort. Selon Catherine Gaudet, c’est justement ce travail de répétition qui vient donner un ton psychédélique à sa création.
Depuis ses débuts comme chorégraphe, cette dernière cherche à mettre en scène des œuvres capables d’emmener le public dans un état second, un état méditatif et planant.

«ODE» de Catherine Gaudet. Photo: Mathieu Doyon
Pour ma part, j’y ai vu une illustration brillante de l’obsession que notre société entretient avec le concept de l’amour. Trouver l’amour est encore aujourd’hui synonyme de réussite, et cette quête se fait souvent au détriment de son propre bien-être. Pourtant, lorsqu’on regarde le monde tel qu’il est présentement, il est difficile de croire que l’humain soit capable de mener une vie dictée uniquement par l’amour. Autrement dit, nous continuons désespérément de chercher quelque chose dont nous ignorons – ou avons oublié – le sens profond.
«Quand on répète sans arrêt le mot «love», qui est censé être le mot le plus important du monde, il y a quelque chose d’absurde, de tellement utopique que s’en est risible».
C’est d’ailleurs le mariage de cet aspect à la fois absurde et naïf de la quête de l’amour, et du côté très solennel et imposant des chants choraux et des incantations, qui vient donner à cette œuvre un aspect complètement rafraîchissant et novateur.
Un minimalisme qui frappe
Si l’effet de groupe sur scène est saisissant, Catherine Gaudet se tourne davantage vers le minimalisme dans le choix de la musique sur laquelle elle crée sa chorégraphie.
«J’aime beaucoup travailler avec les motifs répétés dans la musique minimaliste. J’ai le désir d’être dans une forme de répétition, puis de venir changer une note, une intensité pour générer une émotion forte à travers la danse», m’a-t-elle confié.
Ce même minimalisme se répète en ce qui a trait aux costumes des interprètes: des léotards de différents tons de rose donnant une réelle impression d’unicité, presque de rituel. Un culte se produit sur scène et le public assiste à l’une de leurs cérémonies!
«Je veux qu’on sente qu’il y a une énergie de groupe qui se produit sur scène. Qu’il y a une tentative de conversion des spectateurs. On veut créer un effet d’entraînement».
À travers les deux parties du spectacle, d’une durée de 55 minutes, la chorégraphe désire surprendre le public et créer un effet de crescendo, une montée d’émotions au moment où on s’y attend le moins.



