ThéâtreCritiques de théâtre
Crédit photo : Yanick MacDonald
Ce nouveau texte, qui marque avec élégance les 35 ans de longévité du Théâtre Bluff, parle de féminicide. C’est un appel à la transparence, parfois même à la rébellion, au rejet du silence consensuel. Une prise de position qui s’assume.
Disons-le d’emblée: si Déraspe semble avoir atteint le sommet de son art depuis quelques années, et qu’on s’attend bien malgré nous à l’excellence de sa part, elle parvient quand même à nous laisser bouche bée.

Photo: Yanick MacDonald
L’histoire est lancée lorsque des livreurs de piano cognent à la porte de l’appartement d’une petite famille, qui reste perplexe devant cet instrument inespéré que personne chez eux n’a commandé. Il s’agit d’un cadeau posthume de Marie, la grand-mère de Léna, qui est récemment décédée. Avec le piano surgit un professeur, payé d’avance, qui a pour mission de faire de Léna une musicienne aguerrie capable de jouer du Debussy.
En fouillant le passé pour essayer de comprendre ce geste, Léna (impeccable Nahéma Ricci) lance une enquête familiale sur le passé et tombe assez rapidement dans une spirale obsessive.
La mise en scène de Florent Siaud, comme souvent chez lui, est d’une splendeur tranquille, comme s’il nous enveloppait dans ses bras chauds un soir d’automne. Les époques se superposent parfois dans la même scène, comme si des fantômes que seuls les spectateurs peuvent voir traversaient le décor. Le procédé est habilement utilisé et vient souvent rehausser l’impact émotif d’un moment.
On imagine facilement les traits d’esprit de Léna, férocement drôles, surgir de l’autrice elle-même, dont la vivacité d’esprit n’est plus à prouver. C’est ce qui rend la production un peu spéciale, d’ailleurs: cette impression difficile à ignorer que le texte est très personnel, longuement mûri, arraché mot à mot de l’âme de l’autrice.

Photo: Yanick MacDonald
Un plaidoyer pour que cesse non seulement le silence de la société face à la violence faite aux femmes, mais aussi le silence des victimes, conditionnées depuis des générations à se taire devant les affronts qu’elles subissent.
Jean Marchand, qui interprète le professeur de piano de Marie, jadis témoin de la tragédie qui hante la famille depuis tout ce temps, et grâce à qui les fils sont finalement démêlés, met le point final à cette œuvre jouissive en interprétant magnifiquement La cathédrale engloutie de Debussy. Le moment est solennel, grave, touchant, et fort marquant.
Un instant de grande beauté, comme une messe funèbre où on ose enfin se permettre un peu d’espoir.
La pièce «La cathédrale engloutie» du Théâtre Bluff en images
Par Yanick MacDonald
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