«Candide» de Voltaire au Théâtre Denise-Pelletier: un tintamarre flamboyant – Bible urbaine

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«Candide» de Voltaire au Théâtre Denise-Pelletier: un tintamarre flamboyant

«Candide» de Voltaire au Théâtre Denise-Pelletier: un tintamarre flamboyant

Trouver du sens dans un monde en décadence

Publié le 14 novembre 2025 par Edith Malo

Crédit photo : Victor Diaz Lamich

Hugo Bélanger, metteur en scène réputé à qui l'on doit, notamment les succès «Le tour du monde en 80 jours» et «Le rêveur dans son bain», s'intéresse ici à l'un des auteurs prolifiques du siècle des Lumières: Voltaire. En collaboration avec le Théâtre Denise-Pelletier, le Théâtre Tout à Trac présente «Candide», cet antihéros naïf, mais attachant. À travers un voyage aux quatre coins du globe, il sera confronté aux pires calamités (guerres, tempêtes, famine, inquisitions). Et, qu'est-ce qui attend le public? Une plongée philosophique au cœur d'une humanité ignoble, où l'optimisme de Candide se heurte au pessimisme ambiant, le tout dans un enrobage flamboyant et caricatural.

Chassé du royaume pour un simple baiser avec Cunégonde, Candide entreprend un voyage à travers le monde au cours duquel il expérimente l’injustice.

Témoin de la misère humaine, il sera lui-même soumis ironiquement à des comportements condamnables et violents pour délivrer les siens des mains de richissimes fourbes. De l’Allemagne à la Hollande, du Portugal à Venise, en passant par l’Amérique du Sud et d’autres contrées, une pléiade de personnages saugrenus croiseront la route de cet antihéros rêveur.

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Photo: Victor Diaz Lamich

Un trio qui se démarque

Parmi la distribution, on retrouve un grand nom, l’invétéré Carl Béchard. Il campe Pangloss, un philosophe mondain, complaisant et bavard. Son monologue de la fin, expiant une énumération de mots incongrus, mais en apparence savants, est remarquable. Cependant, mention spéciale à trois acteurs: Gabriel Favreau, Tommy Joubert et Éloi Cousineau.

D’abord, on ne peut ignorer le personnage principal joué par Gabriel Favreau. Celui qui tenait également le rôle-titre dans la pièce Faon, présentée au Théâtre Denise-Pelletier en septembre dernier, incarne ici un Candide tout en finesse et en réserve. En effet, s’il est présent sur scène pendant la durée totale du spectacle, ce n’est pas pour autant le personnage qui offre le plus de répliques.

Pourtant, sa naïveté et son jeu sont à la fois attendrissants et désopilants. Dès qu’il ouvre la bouche, qu’il feint un combat à l’épée sans vigueur, ou qu’il reçoit la fessée, cet acteur a un charisme fou et un potentiel comique qui réside dans le souci du détail, et non dans le grossier.

Pour sa part, Tommy Joubert vole littéralement la vedette dès qu’il fait son entrée sur scène. Il maîtrise les codes de la comédie, le sens du punch et du delivery, et ce, sans compter qu’il a des partitions chantées lui méritant un tonnerre d’applaudissements. Bien qu’il interprète plusieurs rôles, celui du frère de Cunégonde, un révérend jésuite très maniéré et exubérant en mal d’attention, est tout particulièrement hilarant.

Le top trois ne serait pas concluant sans Éloi Cousineau et son personnage de Martin, un philosophe pessimiste. Son teint blanc, ses pommettes rosées et ses mimiques rappellent Pee wee Herman, alors que son timbre de voix ennuyant, linéaire et dénué d’expressivité ressemble à celui de Caius Pupus. Vous vous souvenez de ce personnage dans Les 12 travaux d’Astérix? Il est tout simplement parfait!

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Photo: Victor Diaz Lamich

Un melting pot cacophonique

«Une théâtralité exacerbée où circulent le jeu masqué, le jeu choral et l’art de la marionnette», c’est ainsi qu’est définie la pièce. Dès les premières minutes, cette énergie survoltée s’étire pendant une bonne demi-heure. Les acteur·ices gueulent les titres des chapitres et miment chaque mot de manière grotesque. Ils enchaînent les simagrées et les bouffonneries propres à la commedia dell’arte.

C’est exténuant, voire agressant. 

À travers ce tintamarre et cet agencement de genres théâtraux, on perd le propos. Les déplacements qui devraient être habilement orchestrés ressemblent parfois à du cafouillage. Toutefois, la scène où le personnage de la vieille nous fait le récit de son histoire est particulièrement réussie. Utilisant le procédé du théâtre d’ombres, la comédienne retire ses haillons derrière la toile. Ainsi, la vieille silhouette recroquevillée fait place à celle plus élancée de la jeune femme jadis. Elle raconte alors la mort atroce de sa mère, déchiquetée en morceaux, ombres à l’appui. Bien sûr, l’aspect tragique demeure toujours teinté d’humour. Rien n’est offusquant ici.

En fait, la pièce est à l’image de l’œuvre de Voltaire: abracadabrante et chargée. Des personnages qui ressuscitent, de la violence gratuite où le viol est chose courante, à la limite insipide (malaise à chaque fois que ce mot est bêtement prononcé). Puis, une morale un peu boboche à la fin: «Cultive ton jardin», appuyée par le plaidoyer du personnage de technicienne de plateau sur l’importance de la culture. La pièce pose des questions à la fin, mais c’est tellement flagrant qu’on semble nager dans une création conçue typiquement pour un public scolaire.

La volonté de faire rire est tellement omniprésente qu’elle influe sur l’appréciation globale de la pièce.

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Photo: Victor Diaz Lamich

Un travail colossal de création

En guise de décor, une arche sur laquelle sont gravés les signes du zodiaque suggère visiblement un monde axé sur l’interprétation. Un monde où la vérité est tronquée, où le destin est imprévisible. Toutefois, le sublime réside dans le travail colossal des costumes.

Jessica Poirier-Chang s’est lancée dans un projet d’envergure, redoublant d’inventivité. Vêtir huit interprètes dont chacun·e possède plus d’un changement de costumes, tous aussi flamboyants et colorés les uns que les autres, sans compter les masques à créer, en plus… chapeau!

Enfin, je ne diminue pas l’ingéniosité de la mise en scène. Seulement, à vouloir en mettre plein la vue, on perd le propos au profit d’un feu roulant de gags. Ceci dit, si on accepte telle quelle cette proposition saugrenue et flamboyante, on rit à gorge déployée.

Sans contredit, c’est une pièce drôle, mais j’ai nettement préféré Le rêveur dans son bain, dans un autre registre, certes, mais plus poétique, nuancé, fantasque et spectaculaire.

La pièce «Candide» de Voltaire en images

Par Victor Diaz Lamich

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    Photo: Victor Diaz Lamich
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