«Hosanna ou la Shéhérazade des pauvres», mise en scène par Maxime Robin, au TNM – Bible urbaine

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«Hosanna ou la Shéhérazade des pauvres», mise en scène par Maxime Robin, au TNM

«Hosanna ou la Shéhérazade des pauvres», mise en scène par Maxime Robin, au TNM

Un hommage à l'œuvre de Michel Tremblay empli de tendresse

Publié le 18 novembre 2025 par Flavie Boivin-Côté

Crédit photo : Yves Renaud

Il n'y a pas à dire, l'auteur, comédien et metteur en scène Maxime Robin s'est donné tout un défi en proposant au public un savant collage de deux œuvres de notre grand monument québécois Michel Tremblay. Et le résultat est fabuleux! Ce spectacle, inspiré de la pièce «Hosanna» et du roman «La Shéhérazade des pauvres», met en vedette Luc Provost (Mado Lamotte), Vincent Roy, Jonathan Gagnon, Jacques Leblanc, Gabriel Fournier et plusieurs autres. Ne manquez pas votre chance de le voir sur la grande scène du Théâtre du Nouveau Monde, et ce, jusqu'au 9 décembre.

Claude Lemieux est un garçon du peuple. Un p’tit gars de Saint-Eustache que rien ne prédestinait, un jour, à changer à jamais le destin de la Main. Pourtant, dès qu’il est devenu Hosanna, une drag queen qui avait le don de faire des jalouses dans les cabarets, il a su créer une brèche dans l’univers; il a ouvert une porte pour tous ceux et celles qui viendraient après lui.

Malheureusement, en 1973, un incident humiliant mettra fin au rêve de grandeur de Hosanna…

Photo: Yves Renaud

L’époque foisonnante de la Main

L’univers de Michel Tremblay, et par conséquent celui d’Hosanna, c’est le Montréal des années 1960 et 1970, où la vie nocturne foisonne de personnages hauts en couleur qui oscillent constamment entre le tragique et l’humour cru.

Dans cette adaptation, le metteur en scène Maxime Robin (N’essuie jamais de larmes sans gants, Ceux qui se sont évaporés), qui a assuré le montage de deux œuvres de Tremblay, a choisi de rendre hommage à cette époque charnière de notre histoire, à savoir l’époque de la Révolution tranquille, de la libération sexuelle et de l’Expo 67, en créant un contraste avec les années 2020.

Dès le début de la pièce, on fait la rencontre de Hosanna âgée (Luc Provost) au moment où Yannick (Sally Sakho), un jeune journaliste du magazine LGBTQ+ Fugues, souhaite l’interviewer en pleine pandémie pour en savoir plus sur son histoire, de ses balbutiements jusqu’à sa chute.

On comprend rapidement que le choc intergénérationnel entre les deux interlocuteurs amènera son lot de répliques comiques et de petits malentendus cocasses.

À travers le décor vintage et exubérant ,qui est en réalité un ramassis d’objets disparates datant de l’époque où Hosanna régnait sur la Main, et aussi à travers les chansons de Diane Dufresne, de Dalida et d’Elvis Presley, magnifiquement interprétées par les comédiens et les comédiennes, le public est ramené en arrière avec douceur, humour et beaucoup d’affection.

Si on lui connaît un côté tragique, la Main de Michel Tremblay nous accueille plutôt comme une vieille amie qui nous enveloppe tel un câlin, à une époque où le Québec a besoin de lumière plus que jamais, et surtout de se souvenir de ses racines.

Photo: Yves Renaud

Il ne faut pas oublier que la communauté LGBTQ+ se bat pour ses droits depuis des décennies et que des pionniers et des pionnières, comme la grande Guilda, l’une des premières drag queens au Québec, qui a bien sûr droit à son hommage durant le spectacle, ont contribué à l’essor de la communauté et à la pensée qui évolue.

Des jeux d’acteurs de haut niveau qui nous transportent

Le jeu d’acteur de Vincent Roy, dans le rôle de Hosanna à l’époque de la Main, comme celui de Luc Provost, résonnera longtemps auprès du public. Bien que l’on connaisse surtout ce dernier pour son personnage de Mado Lamotte, icône drag au Québec, on découvre ici un comédien sensible et drôle, qui fait montre d’un jeu physique impressionnant de réalisme.

En effet, on comprend que Hosanna âgée souffre d’une maladie s’apparentant au Parkinson, et ici Luc Provost le joue à la perfection.

Vive les drags!

Dans ce spectacle, l’univers des drags queens nous ouvre grand ses portes, et surtout son histoire, et ce, à travers la galerie de personnages tirés de l’univers de Michel Tremblay.

Qu’il s’agisse de la jalouse et vaniteuse Sandra (Jonathan Gagnon), de la grande Duchesse de Langeais (Jacques Leblanc), ou encore du viril Cuirette (Gabriel Fournier), le beau gars de bicycle, chaque personnage nous permet de mieux comprendre l’époque des clubs de drags nichés sur le boulevard Saint-Laurent, à l’époque où une communauté entière devait se cacher, et où être soi-même était trop souvent synonyme de honte.

Le personnage de Hosanna au début de l’âge adulte (Vincent Roy) émeut le public du début à la fin avec ses importants questionnements quant à son identité, et surtout à son désir d’appartenir à un groupe. Plusieurs d’entre vous verseront assurément une larme lors du poignant monologue final lors duquel Hosanna se dénude et regarde Cuirette en lui affirmant, la voix tremblante d’émotion, qu’elle est un homme.

Photo: Yves Renaud

Car oui, être une drag à l’époque et être une drag aujourd’hui, ce sont deux choses bien différentes.

En ce sens, Hosanna âgée n’hésite pas à le faire comprendre au jeune journaliste Yannick. La mise en scène s’inspire d’ailleurs beaucoup des spectacles de drag en incorporant plusieurs moments d’interactions avec la foule, ou encore en faisant parfois jouer les personnages directement dans la salle plutôt que sur la scène.

Le cœur de tout le monde dans le public s’est serré à la fin du spectacle lorsque le trio incarnant Hosanna à différentes époques de sa vie, a entonné «Laissez-moi danser» de Dalida au micro, dans une mélodie infiniment douce. Cette dernière image est arrivée comme une conclusion parfaite à cette épopée tellement actuelle, qui s’inscrit comme une ode à la différence, mais surtout à l’acceptation de soi, envers et contre tout. 

Hosanna ou la Shéhérazade des pauvres est, en somme, un hommage brillant, coloré et attendrissant à l’image de l’immense travail de Michel Tremblay. Promis, c’est LE spectacle à voir cet automne!

La pièce «Hosanna ou la Shéhérazade des pauvres» en images

Par Yves Renaud

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    Photo: Yves Renaud
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    Photo: Yves Renaud
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