«À cause du soleil» d’Evelyne de la Chenelière au Théâtre Denise-Pelletier – Bible urbaine

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«À cause du soleil» d’Evelyne de la Chenelière au Théâtre Denise-Pelletier

«À cause du soleil» d’Evelyne de la Chenelière au Théâtre Denise-Pelletier

Une relecture humanisante de «L’étranger» de Camus

Publié le 1 octobre 2022 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : David Ospina

Faites-vous partie des nombreux étudiants québécois qui ont dû lire «L’étranger» de Camus dans le cadre d’un cours de littérature? Après «L’alchimiste» de Paulo Coelho et «Vendredi ou les limbes du Pacifique» de Michel Tournier, c’est probablement l'un des romans étrangers qui a le plus fait partie du cursus scolaire de la province à une certaine époque, et assurément l’un des romans francophones les plus lus dans le monde.

Tous les éléments marquants du roman sont présents dans la relecture d’Evelyne de la Chenelière présentée ces jours-ci au Théâtre Denise-Pelletier, dans une mise en scène à la fois techno et minimaliste de Florent Siaud, et on a même droit à une «image miroir», sous la forme d’un récit se déroulant de nos jours à Montréal.

Sur une scène pratiquement vide, à l’exception d’un gros caillou, l’histoire nous est exposée dans la simplicité la plus limpide: Meursault, son absence de réactions à l’enterrement de sa mère, sa romance avec Marie, son amitié avec Raymond, son crime soudain et excessif, et sa pauvre victime, «l’arabe», qui n’a même pas de nom, ce qui en dit long sur les attitudes cavalières liées au colonialisme de «l’Algérie française».

Les costumes de Julie Charland sont remarquables de justesse et de sobriété, et la conception sonore de Julien Éclancher appuie l’ambiance parfois subtilement, et parfois de façon plus appuyée, contribuant en grande partie à l’aspect fortement onirique du récit, comme si le spectateur était resté pris dans l’hallucination ensoleillée de Meursault.

Photo: David Ospina

Pendant ce temps, de nos jours, Medi (Mustapha Aramis), enfant de l’immigration dont la mère a quitté Alger suite à la mort de son père dans un attentat terroriste, est dans une relation harmonieuse avec Camille (Mounia Zahzam), jusqu’à un soir d’hiver où tout bascule. Si Meursault (un Maxim Gaudette adéquatement éteint) est un personnage reconnu pour son manque d’empathie, Medi est tout le contraire, et c’est son humanité qui le tourmente.

Un parallèle satisfaisant s’établit entre les deux histoires, qui sont pourtant superposées uniquement par leur esprit. L’aspect aussi réussi que glaçant de cette relecture est la parole donnée à l’arabe sans nom, figure tragique et oubliée, presque déshumanisée dans le texte original d’Albert Camus. Sabri Attalah, avec une voix basse et profonde, débite un (trop) court monologue à couper le souffle, offrant sur le drame classique une perspective inédite et poignante.

Meursault, «à cause du soleil», prisonnier d’une fièvre hallucinatoire, a froidement abattu un Arabe, sans raison particulière. Même Robert Smith, dans la chanson «Killing an Arab» de son groupe The Cure, adoptait la perspective du tueur.

Peut-on voir dans la minimisation répétée de la victime une métaphore de la xénophobie occidentale qui, malgré les années qui s’écoulent, est toujours bien ancrée dans notre subconscient collectif?

L’universalité de L’étranger est indéniable, et ce premier volet du Cycle de l’absurde de Camus mérite bien sa qualification de «classique», mais il est devenu, avec la relecture habile et pertinente d’Evelyne de la Chenelière, une expérience théâtrale à la fois satisfaisante et contemporaine.

La pièce «À cause du soleil» en images

Par David Ospina

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