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Crédit photo : Éditions Gallimard
L’œuvre de David Foenkinos, écrivain français à la plume remarquable qui m’a joyeusement ému avec le drame réaliste La délicatesse, et glacé d’effroi, dix ans plus tard, avec Deux sœurs, ne se concentre pas exclusivement sur la vie de Clara, avant et après le drame. Au contraire, l’auteur fait bon usage d’une narration omnisciente pour brosser le portrait d’ensemble de la famille Koskas – Alexis, Marie et Clara – qui verront tous leur vie basculer à la suite de cette tragédie. Et plus tard, on apprivoisera peu à peu Eric Ruprez, écrivain tombé dans l’oubli, qui jouera un rôle actif dans la vie d’Alexis et Clara le moment venu.
Dès l’ouverture, c’est Alexis que nous rencontrons en premier. Cet homme dans la cinquantaine, père de famille stable comme un roc, mais prévisible, auparavant conseiller financier dans une banque, marié durant 11 ans avec la mère de Clara puis divorcé depuis quelques années, a eu, un beau jour, un flash: Je vais écrire». Il a donc quitté ses fonctions pour tenter de mettre «[…] des mots sur des émotions, d’offrir à son imagination une sorte de vêtement concret».
Marie, quant à elle, a étudié le cinéma et travaille sur des plateaux de tournage, avec toujours cet espoir en tête – et ça fait sourire Clara d’ailleurs – d’un jour rayonner jusqu’à Cannes (ce qui n’est jamais arrivé jusqu’à présent) et de trouver un amour qui la comblera de désir. D’ailleurs, c’est elle qui a mis en œuvre la séparation avec Alexis qui, lui, n’avait rien vu venir.

Photo: Francesca Mantovani. Portfolio: https://www.francescamantovani.com
Ainsi, après un petit rembobinage des faits pour nous raconter le récit de leur idylle, qui a pris naissance le soir où Lady Di allait perdre la vie sur le pont de l’Alma – il y a plus gai comme souvenir! – et l’après (ils se sont évités durant quelques années après leur séparation avant d’apprendre à s’endurer), Clara fait enfin son entrée dans l’histoire.
Clara Koskas est née le 28 avril 2008 à huit heures du matin (vous vous souvenez qu’elle passera huit mois dans le coma?) Comme le dit l’auteur en note de bas de page, «Plus tard, elle songerait souvent à l’importance du chiffre 8 dans sa vie», et elle n’a pas tort d’y penser, la petite: car la symbolique de ce chiffre porte-bonheur trouve en effet de forts échos chez elle, notamment au niveau de sa grande puissance intérieure, mais aussi dans l’idée de la résurrection.
À son réveil, elle ne fait pas qu’ouvrir les yeux: son esprit reprend peu à peu conscience dans son corps, cette enveloppe charnelle qu’elle connaît si bien, mais sa conscience a évolué, puisqu’elle bénéficie désormais d’un don de voyance qu’elle n’avait pas avant et avec lequel elle devra apprendre à cohabiter, pour le meilleur et pour le pire.
J’aimerais tant vous en dire plus, même que j’en brûle d’envie, mais ce serait déraisonnable, car je gâcherais une grande partie de votre plaisir de lecture. Toutefois, gardez seulement en tête que le nouveau don de Clara ouvrira des perspectives inattendues et fort intéressantes quant à l’évolution de cette histoire et de ses personnages.
Même si j’ai trouvé que, par moments, l’auteur accordait un peu trop d’importance au récit d’Eric Ruprez, cet écrivain de l’ombre et mentor d’Alexis plus contemplatif que pragmatique, pour lequel j’ai eu personnellement un peu de mal à m’attacher, j’ai néanmoins trouvé son évolution dans l’histoire était plutôt touchante. En effet, le simple fait d’en avoir appris plus sur son passé et sur l’humain qu’il est devenu à force de vivre des déceptions et des blessures profondes a permis de le rendre plus vrai à mes yeux, et sa rencontre avec la nouvelle Clara m’a transporté vers une finale charmante et qui donne de l’espoir (ce qui n’arrive pas à tous les coups avec Foenkinos!)
En somme, la grande force d’un livre comme Tout le monde aime Clara, au-delà de l’indéniable talent de conteur de l’écrivain, c’est définitivement la qualité de son écriture, articulée et captivante à tous les coups, de même que son adresse à mettre sur papier des personnages dont l’intériorité a été si bien réfléchie qu’on a l’impression de les voir s’agiter au fil des pages.
Et c’est un détail, mais l’ajout de notes en bas de page ajoute une légère touche d’humour et de sympathiques clins d’œil qui allègent la gravité de ce récit.
L'avis
de la rédaction



