LittératureDans la peau de
Crédit photo : Laurence Philomène
Roxane, ça fait plaisir de te recevoir à cette série d’entrevues! Tu es née à Rimouski et, après avoir complété un baccalauréat et une maîtrise en création littéraire, tu as pris la décision de quitter Montréal pour poser tes valises à Trois-Rivières, où tu travailles dans le milieu du marketing Web pour des revues jeunesse. En parallèle, tu as été critique littéraire pour la revue Estuaire et, aujourd’hui, tu es une poétesse et romancière accomplie. Parle-nous brièvement de ce qui te fait vibrer dans ton travail et de l’importance de l’écriture dans ta vie.
«Je suis heureuse de faire ma part pour soutenir les journalistes scientifiques et les magazines imprimés, parce que je pense qu’ils apportent quelque chose de vrai et de tangible dans un monde où on est remplis de contenus virtuels difficilement vérifiables.»
«Pour ce qui est de mon écriture artistique, c’est ce qui me permet de partager des messages qui me sont chers, et ce, même s’ils ne cadrent dans aucune conversation de mon train-train quotidien. Et on ne peut pas rêver d’un interlocuteur plus attentif qu’un lecteur ou une lectrice.»
Jusqu’ici, tu as prêté ta plume à des collectifs, tels que QuébeQueer: le queer dans les productions littéraires, artistiques et médiatiques québécoises (Les Presses de l’Université de Montréal, 2020) et Enjeux du contemporain en poésie au Québec (Terrains vagues, 2022). Quelques années auparavant, en 2017, tu as fait paraître un recueil de poésie, Les garçons au vent (Les Éditions de la Tournure), ton histoire personnelle racontée sous forme de poèmes. Comment ces opportunités se sont-elles présentées à toi, et d’où vient cette corde sensible pour la poésie?
«Mon recueil de poésie et mon roman s’inspirent un peu de ma vie, mais l’autobiographie n’a jamais été mon objectif premier. Tout est transformé. Pour moi, c’est encore plus important de fournir une expérience de lecture palpitante que de témoigner.»
«J’ai voulu être écrivaine depuis que je suis toute jeune, c’est un peu la raison pour laquelle j’ai choisi d’étudier en littérature. Je croyais que c’était un passage obligé, mais, en fait, ce n’est vraiment pas le cas. Je suis quand même contente des lectures faites dans mon programme, qui ont élargi mes horizons, et d’avoir fait la connaissance de mes collègues littéraires, qui m’ont gardée concentrée sur mon objectif.»
«J’ai eu un déclic quand j’ai lu Goulka de Zea Beaulieu-April. J’ai été surprise de l’entendre parler de façon si passionnée et originale du fleuve Saint-Laurent, auprès duquel j’ai grandi en étant aussi native de là. C’est ce qui m’a donné le goût d’écrire sur ce qui fait partie de mon imaginaire, et mon recueil de poésie a été accepté à la même maison d’édition qu’elle.»

Les Éditions l’Interligne ont fait paraître, le 8 octobre, ton premier roman, simplement intitulé Une absente. Dans cette œuvre sensible «sur les marges, la mémoire et les pièges de la technologie» aux frontières du thriller psychologique et du roman d’amitié, tu plonges tes lecteurs et tes lectrices dans une Rimouski parallèle au cœur du récit de deux adolescentes trans qui explorent leur identité à travers un réseau électronique clandestin nommé WAVE. Or, coup de théâtre, l’une en vient à disparaître mystérieusement… On est curieux: comment t’est venue l’inspiration pour cette histoire au sein de laquelle l’IA contamine les archives numériques?
«Le cœur de mon roman est l’amitié de deux personnages qui ont très peu de choses en commun, hormis le fait qu’ils sont tous les deux trans. Le drame de la disparition vient mettre à l’épreuve cette liaison de circonstance pour essayer de débusquer s’il y a des sentiments forts et authentiques qui pousseront l’une à tenter de retrouver l’autre.»
«La trame de science-fiction rétro avec Internet, qui est un projet de société raté, est venue plus tard. D’ailleurs, le roman n’est pas une dystopie pour autant, c’est juste un monde alternatif avec ses bons et ses mauvais côtés. J’ai eu beaucoup de plaisir à imaginer à quoi ressemblerait le Web si les générateurs de texte à la ChatGPT avaient été inventés plus tôt et avaient rempli les canaux virtuels de charabia avant qu’on ait pu les rendre utiles.»
«Autant les amies devront voir ce qui est authentique à travers leur amitié, autant elles devront aussi partager les faussetés de la réalité sur leur réseau clandestin.»
Peux-tu nous en dire plus – mais pas trop, quand même! – sur la quête intérieure de l’adolescente qui se mettra bien évidemment à la recherche de son amie disparue?
«L’adolescente qui n’est pas disparue, après un moment de sidération, constate vite que les adolescents vivent dans un monde technologique si à part des adultes que ceux-ci sont mal placés pour établir la chronologie des événements.»
«De plus, le fait que les deux adolescentes soient trans et dans le placard ajoute une portion de secret qui embrouille les pistes. Les circonstances poussent l’adolescente enquêtrice à se responsabiliser pour ce qui était auparavant pour elle des cachoteries sans gravité. C’est un peu un passage à la maturité adulte.»
Et sinon, quels passe-temps ou quelles activités créatrices rythmeront tes journées d’ici la fin de l’année? En tout cas, on espère bien te reparler dans un futur proche! À une prochaine!
«Je serai de passage à nouveau à Rimouski pour le Salon du livre, qui présentera sa 60e édition du 6 au 9 novembre. La journée du vendredi, je serai donc en séance de dédicaces et je participerai également à une soirée de poésie. J’y lirai mes créations poétiques, mais aussi les poèmes un peu curieux de mes personnages dans Une absente.»
«Sinon, j’ai un lancement prévu à Québec le 23 octobre 17 h à la librairie Pantoute du Vieux-Québec, et le 13 novembre à 17 h à Trois-Rivières en compagnie d’autres auteurs et autrices de la Société des écrivain∙e∙s de la Mauricie.»
«Je participerai très certainement à quelques autres salons dès cet automne. Pour plus d’information, je vous invite à suivre la page Facebook de L’Interligne pour tout savoir.»



