CinémaCritiques de films
Crédit photo : Warner Bros. @ Tous droits réservés
L’esthétique visuelle (notamment avec des séquences tournées en IMAX similaires à celles de Joker: Folie à deux) et la palette musicale, où le violon est mis de l’avant, rappellent (un peu) trop ce que Phillips avait conçu dans l’univers DC, et il devient assez difficile de s’y détacher. Cela dit, l’approche de Gyllenhaal, à travers deux personnages clés qui ont marqué l’histoire de l’horreur dans la littérature et au cinéma, est beaucoup plus maximaliste et nous en met plein la vue du début à la fin.
Maggie Gyllenhaal s’inspire du film Bride of Frankenstein de James Whale pour concevoir son récit, mais ce n’est pas une adaptation du roman original de Mary Shelley, qui a récemment été transposé à nouveau à l’écran par Guillermo del Toro. De fait, le seul élément restant du film de 1935 est le personnage de The Bride (jouée par Jessie Buckley), qui est réanimée après que le monstre de Frankenstein (joué par Christian Bale, qui adopte le nom de Frankenstein) désire un compagnon amoureux.

Photo: Warner Bros. @ Tous droits réservés
Dans l’œuvre de Whale, la mariée n’apparaît que pendant deux minutes à l’écran et n’a aucune réplique. Dans le film de Gyllenhaal, c’est la protagoniste, et nous suivons son parcours à travers sa narration.
Bon, c’est plutôt la narration de Mary Shelley (également jouée par Buckley), mais elle communique fréquemment avec Ida, le nom d’origine de la mariée, avant qu’elle soit tuée par un groupe de gangsters dans une boîte de nuit. Les raisons de son meurtre sont assez vagues et mal définies, mais ce qui importe, c’est son éventuelle rencontre avec Frankenstein après qu’elle ait été ressuscitée par la docteure Euphronious (Annette Bening, très sous-utilisée, apparaissant seulement dans quelques scènes), à la demande du monstre lui-même.
Euphronious veut étudier la mariée dans son laboratoire, mais celle-ci désire vivre indépendamment, avec Frankenstein à ses côtés. Malheureusement, cette vie libre sera de courte durée, puisque le monstre tue un groupe d’agresseurs ciblant Ida et que ceux-ci sont désormais recherchés par un groupe de détectives, joués par Peter Sarsgaard et Penélope Cruz.
L’actrice espagnole livre carrément la meilleure prestation du film en tant que détective féminine voulant résoudre une série de meurtres dans un milieu policier dominé par les hommes.
Malheureusement, The Bride! devient rapidement un Joker 2.5 et n’arrive pas à forger sa propre identité à travers ces 126 minutes de cacophonies très fortes, mais sans réelle pertinence, malgré son audace visuelle.

Photo: Warner Bros. @ Tous droits réservés
The Bride!: un film qui divise, mais qui ne laisse personne indifférent
Je ne peux pas dire que The Bride! est un mauvais film. Mais je ne peux pas dire non plus qu’il est excellent. Une chose est certaine: c’est un objet singulier qui prend de nombreux risques formels et thématiques, et qui ne laissera personne indifférent. Il risque d’aliéner un public moyen à la recherche d’un film dans la même veine que le Frankenstein de Guillermo del Toro, mais on ne peut pas complètement ignorer ce que Maggie Gyllenhaal fait ici.
Il y a évidemment des choses qui ne fonctionnent pas du tout. Par exemple, les références à d’autres adaptations du roman de Mary Shelley, telles que Young Frankenstein de Mel Brooks, sont trop faciles et ont des airs de déjà-vu, puisque le film de Brooks se moque d’un objet spécifique, alors qu’on ne peut pas vraiment parodier une parodie! On peut lui rendre hommage, certes, mais Young Frankenstein le faisait déjà, donc c’est un peu bizarre de voir Gyllenhaal s’essayer à rendre hommage dans une œuvre qui est déjà un hommage direct au travail de Shelley.
Le film n’arrive pas non plus à se tenir dans un simple registre. Gyllenhaal démarre le récit en nous plongeant dans une atmosphère d’horreur gothique, pour ensuite changer de registre en nous transportant dans un monde de mafieux sous-développé, un quasi-remake de plusieurs œuvres filmiques de Frankenstein, une comédie musicale à la Top Hat de Mark Sandrich, puis une reprise de plusieurs scènes phares de Bonnie and Clyde, pour en finir au Joker de Todd Phillips.
C’est beaucoup d’hommages, de remakes, de rip-offs et de suites non officielles en si peu de temps. C’est très dense et très bruyant. Je suis sorti de la salle avec un grand mal de tête, et je n’étais pas le seul à trouver le film un peu de trop. On en demande beaucoup au spectateur et, même si on parvient à occasionnellement embarquer, The Bride! n’est pas sans ses limites.
Parfois, Maggie Gyllenhaal arrive à accomplir une facture visuelle impressionnante et complètement folle, mais ça arrive momentanément. Il y a beaucoup trop d’idées et d’images qui ne sont pas du tout approfondies à leur plein potentiel, malgré la confiance que la cinéaste inspire derrière la caméra.

Photo: Warner Bros. @ Tous droits réservés
C’est justement cette confiance qui nous maintient rivés devant l’écran IMAX du début à la fin, même si les dialogues ne sont pas très polis, voire saisissants, d’un personnage à l’autre. Plusieurs répliques vont directement citer Frankenstein de Mary Shelley et d’autres œuvres de la littérature, dont Bartleby, the Scrivener de Herman Melville (plus spécifiquement, la réplique «I would prefer not to»).
Cependant, elles n’ont pas vraiment de sens dans le récit que Gyllenhaal veut raconter, ce qui rend le jeu des acteurs par moments assez tiède.
Des performances mitigées dans une œuvre qui n’a pas peur de fatiguer le public
Christian Bale est toujours égal à lui-même et fait de son mieux dans la peau d’un monstre qui ressemble beaucoup plus au personnage burlesque de Peter Boyle dans Young Frankenstein qu’à la stature horrifique de Boris Karloff dans l’œuvre de Whale (et même à celle de Jacob Elordi dans le film de Del Toro). À l’opposé, Jessie Buckley n’est pas capable de surmonter un scénario peu convaincant et joue un double (ou triple) rôle qui présente beaucoup plus de défauts que de forces.
C’est vraiment dommage, puisqu’elle va vraisemblablement remporter l’Oscar de la meilleure actrice pour son rôle dans Hamnet de Chloé Zhao (un film avec lequel j’ai eu beaucoup de difficultés, mais Buckley est carrément irréprochable). Sa performance est aussi forte en cris qu’Hamnet, mais il y avait au moins une raison à l’agonie d’Agnes, alors qu’Ida ne fait que vomir (littéralement du sang noir!) son texte.
Le résultat est assez mitigé. Parfois, nous ressentons la rage qui bouillonne à l’intérieur d’elle, mais cela n’arrive pas aussi souvent qu’on le souhaiterait. On aurait aimé moins de cris et un peu plus de texture à un personnage qui, dans l’histoire du cinéma d’horreur, n’en a pas eu jusqu’à ce jour! Nous pouvons au moins donner du crédit à Gyllenhaal pour le fait que sa mariée possède sa propre capacité d’agir et est seule maîtresse de son destin, mais on aurait probablement aimé moins de lourdeur émotionnelle et de violence gratuite pour en arriver à ce même point.

Photo: Warner Bros. @ Tous droits réservés
Malgré tous ses défauts, il y a quelque chose d’attachant – voire d’hypnotique – dans la manière dont la réalisatrice met en scène cette relation déchue entre Frankenstein et sa mariée. L’objet filmique le plus proche auquel je peux le comparer, outre Joker, est Batman Forever et Batman & Robin de Joel Schumacher, deux grandes œuvres baroques et ultra-expressives qui mettent tout sur l’écran à travers une esthétique colorée, hyperkinétique et parfois chargée d’un érotisme latent.
Sans rien révéler de plus, il y a un moment dans The Bride! où le film devient littéralement Batman Forever, et c’est sans aucun doute la meilleure partie. Si Maggie Gyllenhaal avait gardé le cap sur un Joker à la sauce Joel Schumacher avec des personnages issus de l’univers de Frankenstein, il serait fort possible que cette œuvre soit devenue un chef-d’œuvre à part entière. Cependant, en changeant constamment d’esthétique, il est dur d’embarquer dans ce film qui, certes, est très déjanté, mais aussi incroyablement fragmenté sur les plans narratif et visuel.
Force est d’admettre que les plans tournés en IMAX par Sher sont assez spectaculaires, surtout lors d’un voyage dans l’espace-temps qui symbolise la résurrection d’Ida. Cette scène est à couper le souffle et vaut à elle seule le détour en salle. Mais le reste de l’œuvre n’a pas le même poids que cette séquence majeure, qui montre très bien que le futur de Gyllenhaal à la réalisation est prometteur, à condition qu’elle travaille ses techniques de scénarisation.
Personne ne peut cependant ignorer ce talent de mise en scène, malgré les inspirations (un peu trop) apparentes dans ce film qui, je le sens, va susciter de vives réactions.
Par contre, si le grand Schumacher était toujours de ce monde, il aurait adoré The Bride!. C’est assez pour me donner le sourire et garder un bon souvenir d’une véritable explosion cinématographique qu’on ne verra pas rejouée de sitôt.
Le film «The Bride!» de Maggie Gyllenhaal en images
Par Warner Bros. @ Tous droits réservés
L'avis
de la rédaction



