«Wuthering Heights» d’Emerald Fennell: une adaptation ratée d’un classique de la littérature – Bible urbaine

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«Wuthering Heights» d’Emerald Fennell: une adaptation ratée d’un classique de la littérature

«Wuthering Heights» d’Emerald Fennell: une adaptation ratée d’un classique de la littérature

Un film qui dénature l’essence même du roman riche et complexe d'Emily Brontë

Publié le 19 février 2026 par Maxance Vincent

Crédit photo : Warner Bros. @ Tous droits réservés

Lorsqu'on adapte un livre au grand écran, il est clair que plusieurs sacrifices – et changements – doivent être apportés à l’œuvre originale pour mieux s’adapter aux contraintes imposées par le format du long métrage. Un texte aussi dense et riche que «Wuthering Heights» d’Emily Brontë peut être transposé à travers de multiples perspectives, et c’est dans cette optique que la cinéaste britannique Emerald Fennell vise à offrir sa propre vision du roman, qu’elle avoue avoir lu pour la première fois à l’âge de 14 ans.

C’est la raison pour laquelle son “Wuthering Heights” (Hurlevent en français) contient des guillemets dans le titre, puisque la réalisatrice ne prétend pas adapter l’un des plus grands (sinon le plus grand) chefs-d’œuvre de la littérature anglaise à la lettre.

Elle offre plutôt sa propre interprétation de la première partie du roman – pour une raison que j’ignore, aucun cinéaste à ce jour n’a souhaité adapter la section la plus riche de l’œuvre –, qui se concentre sur la relation toxique et destructrice qu’entretiennent Catherine Earnshaw (Margot Robbie) et Heathcliff (Jacob Elordi).

Photo: Warner Bros.

Par «interprétation», Fennell aseptise tout ce qui rend Wuthering Heights de Brontë si majeur, même plus de deux siècles après sa parution. Et ici, malheureusement, le peu d’essence qu’il reste du roman est transposé à travers un film d’un ennui morbide qui a des airs d’une publicité de parfum ou de produit de luxe, et qui est monté à l’instar d’un fancam, comme on a l’habitude d’en voir sur TikTok.

Emerald Fennell n’offre rien de nouveau ni même d’esthétiquement intéressant dans ce “Wuthering Heights” qui ne cesse de titiller le spectateur à l’aide d’images érotiquement chargées. Or, ces dernières ne provoquent rien de particulier dans cette relation que j’ai trouvée, personnellement, vide de sens et d’impact émotionnel.

En retirant intentionnellement les tensions raciales entre Cathy et Heathcliff (ce dernier est décrit dans le livre comme ayant une «peau foncée», alors qu’il est un homme blanc dans le film), le “Wuthering Heights” de Fennell n’est rien d’autre qu’une simple histoire d’amour interdite qui n’assume jamais pleinement ses impulsions esthétiques et thématiques, contrairement aux œuvres précédentes de la cinéaste, comme Promising Young Woman et Saltburn.

On est porté à croire qu’Emerald Fennell craint de choquer son public ou de s’engager en proposant une relecture du roman qui la distinguerait du lot. Alors à quoi bon répéter sans cesse, lors d’une tournée de presse, que ce film n’est pas une adaptation fidèle si, au final, elle n’accomplit rien de profondément personnel?

En regardant “Wuthering Heights”, on réalise rapidement que la cinéaste n’a pas de sensibilité qui lui est propre. Chaque plan, magnifiquement photographié en VistaVision par Linus Sandgren, est en fait une réplique d’un autre – et meilleur – film: Gone With the Wind de Victor Fleming, Barry Lyndon de Stanley Kubrick, Dracula de Francis Ford Coppola ou encore A Matter of Life and Death de Michael Powell et Emeric Pressburger, parmi tant d’autres.

Ce à quoi on a droit ne sont pas de simples référents visuels ni des hommages, mais bien de réelles copies de ses originaux, sans aucune identité artistique singulière.

Photo: Warner Bros.

« Wuthering Heights » dénature  l’œuvre de Brontë en fanfiction

Vous l’aurez compris, il n’y a aucune inventivité de la part de la réalisatrice pour s’approprier ces références ni aucune idée un moindrement originale dans le scénario. Ici, on a préféré minimiser une relation abusive, tant sur le plan physique qu’émotionnel, et l’enrober d’un vernis romantique et sensuel à travers les multiples montages de scènes de sexe à la Fifty Shades of Grey, accompagnée de chansons écrites par Charli XCX.

La musique d’Anthony Willis et les chansons de Charlotte Emma Aitchison sont certes excellentes, mais elles restent complètement isolées du film. À l’intérieur de la diégèse, ces dernières n’ont pas leur place et teintent d’une atmosphère étrange cette œuvre qui aurait dû, pourtant, être prise au sérieux, surtout si l’on tient compte du fait que l’on parle principalement d’un cycle d’abus entre les deux protagonistes.

En effet, la relation qu’entretiennent Cathy et Heathcliff n’est pas romantique, mais bien toxique, et cela s’exacerbe davantage lorsque celle-ci épouse Edgar Linton (Shazad Latif), non par amour, mais par désir de gravir les échelons de la société et de sortir de la pauvreté de Wuthering Heights pour le luxe qu’offre Thrushcross Grange. Même si Catherine est réellement amoureuse d’Heathcliff, elle est consciente que l’épouser anéantirait ses ambitions, un autre élément du livre brièvement exploré dans le film, mais jamais de manière significative.

Heathcliff, quant à lui, ne respecte pas sa décision et complote pour la tourmenter en mariant la nièce d’Edgar, Isabella Linton (Alison Oliver), et c’est ici que leur interprétation devient risible, avec force cris qui ne veulent rien dire, et incroyablement problématique.

De fait, Isabella, victime claire des abus de Heathcliff dans le roman, est transformée en objet sexuel qui désire se faire abuser et maltraiter par son mari. Celle-ci ne réalise pas le tort qu’elle a commis en épousant Heathcliff, comme dans l’histoire originale, mais elle veut devenir son objet. La performance qu’offre Alison Oliver prend donc un tournant plutôt comique et léger, alors que Fennell minimise la nature toxique de Heathcliff à toutes les occasions.

À mon sens, ce n’est donc plus une relecture ou une interprétation du roman si l’on se méprend sur l’histoire originale de Brontë, à travers laquelle Heathcliff désire se venger des Linton et faire de la vie d’Isabella un enfer dont elle voudra très rapidement s’échapper.

Nous avons donc affaire à une œuvre de fanfiction qui dénature l’essence même d’un roman riche et complexe pour le transformer en un long métrage qui titillera un public qui le regardera par bribes sur TikTok plutôt qu’intégralement au grand écran.

Photo: Warner Bros.

De plus, tous les dialogues, plus risibles les uns que les autres, ne capturent nullement la prose révolutionnaire d’Emily Brontë et ne font qu’expliquer au public les actions des personnages, comme si les spectateurs n’avaient pas besoin de porter une attention particulière à l’action qui se déroule devant leurs yeux. «Je dois vous marier, car je dois tourmenter Catherine» est un exemple de réplique parmi tant d’autres qui tiennent la main des spectateurs et qui n’offrent aucune intimité sur la relation mise en scène.

Ici, les multiples narrateurs du roman ont été retirés, et tout ce qui demeure, c’est un festival de costumes anachroniques extravagants et de chansons qui n’encadrent pas les émotions intenses du récit. Les images n’offrent aucune signification au récit, et aucun thème n’est réellement développé dans cette œuvre de 136 minutes.

Jacob Elordi et Margot Robbie sont incapables de sauver ce film désastreux

Le duo d’acteurs n’a jamais été aussi risible à l’écran. J’ai un peu de peine à l’affirmer, puisqu’Elordi a récemment été nommé aux Oscars pour sa performance dans Frankenstein de Guillermo del Toro, et que Robbie a toujours été excellente, même dans ses films les plus mal reçus, mais reste que leurs jeux respectifs sont ratés dans “Wuthering Heights”.

Heathcliff, un homme d’une cruauté quasi inhumaine dans le livre d’Emily Brontë, est transformé en grand romantique obsédé par la beauté de Catherine, qui, elle, est aussi dépeinte comme une grande amoureuse, alors que, dans le roman, leur relation est beaucoup plus complexe et toxique que ce qu’il paraît.

Le scénario n’explore d’aucune façon les pulsions intenses que Heathcliff et Catherine éprouvent l’un envers l’autre, et c’est pourquoi les deux vedettes du film ne peuvent pas pleinement représenter la complexité de leurs personnages. C’est ce qui fait en sorte que le public ne peut s’empêcher de remettre en question leur relation, qui est beaucoup plus obsessionnelle qu’amoureuse.

Comme pour la quasi-totalité des adaptations à l’écran, le fait que Fennell ait choisi de dépeindre Heathcliff comme un homme blanc (seul Andrea Arnold a choisi une personne de couleur pour interpréter ce personnage dans sa version de Wuthering Heights de 2011) enlève énormément de tension et de texture à la relation qu’on suit à l’écran.

Tout ce qui reste, ce sont des provocations vides de sens qui ne défient pas les préconceptions des spectateurs. Dès le départ, montrer un homme pendu en érection suscite l’étonnement et l’inconfort du public, d’autant plus que les bruits émis par l’homme ne correspondent pas à l’image d’une pendaison. Cependant, Fennell ne s’engage pas pleinement dans sa vision, comme si elle était réticente à l’idée de présenter une image qui pourrait choquer.

J’aurais peut-être davantage respecté l’interprétation de Fennell si elle avait pleinement assumé les provocations érotiques promises par ses bandes-annonces. Certes, faire de Wuthering Heights un film sexy et «romantique» dénature l’histoire originale, oui, mais ce serait son film, avec sa propre identité. 

Photo: Warner Bros.

Cependant, la réalisatrice ne s’assume jamais réellement et, avec ce film, elle n’a pas réussi à trouver une identité artistique propre. Elle tente plutôt de choquer son public à travers des gros plans de nudité cachée et de multiples scènes de sexe complètement dénuées de passion, et elle craint d’examiner en profondeur l’intimité de deux des personnages les plus complexes de l’histoire de la littérature.

« Wuthering Heights” est peut-être une interprétation, oui, mais Emerald Fennell n’interprète rien de pertinent chez Brontë et n’offre rien d’inventif ni de spectaculaire aux cinéphiles qui étaient en quête de la sortie parfaite à faire dans les salles obscures pour la Saint-Valentin.

Cette adaptation rate sa cible ainsi que le cœur du texte original. En tant qu’œuvre indépendante, elle se hisse déjà au plus bas de mon classement personnel des œuvres sorties en 2026 à ce jour.

«Wuthering Heights» d’Emerald Fennell en images

Par Warner Bros. @ Tous droits réservés

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