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Crédit photo : Ken Woroner @ Netflix
D’une durée de 149 minutes, Frankenstein reste très fidèle au récit original, divisé en trois parties.
D’abord, par un prologue, qui fait l’étalage de la force terrifiante du monstre (Jacob Elordi), créé par le baron Victor Frankenstein (Oscar Isaac). Ensuite, par un récapitulatif des événements qui ont mené à sa création par Victor lui-même, alors que ce dernier raconte son histoire à un capitaine d’un navire (joué par Lars Mikkelsen), qui a vu le monstre de ses yeux en train de décimer la majorité de son équipage…
Cette version des faits, d’une progression très lente, prend beaucoup de temps à développer ses personnages ainsi que l’histoire du film, à commencer par la relation qu’entretient Victor avec son frère, William (Felix Kammerer), sa fiancée Elizabeth (Mia Goth) et Heinrich Harlander (Christoph Waltz), qui finance l’expérimentation la plus ambitieuse de Frankenstein après que celui-ci ait été expulsé du collège où il étudiait.

Photo: Ken Woroner @ Netflix
Victor est convaincu qu’il est capable de ramener la mort à la vie, c’est pourquoi il crée de ses propres mains une créature qui, au départ, ne possède pas d’intelligence, mais commence lentement à en acquérir grâce à ses interactions avec son maître et Elizabeth.
C’est à ce moment précis que l’histoire adopte un tournant sombre, alors que la créature gagne de la force et de l’agressivité lorsqu’elle comprend la raison pour laquelle Victor a tenté de le brûler vif en le laissant enchaîné dans le manoir d’Harlander. C’est à partir de là que le réalisateur multiplie les perspectives et donne l’opportunité à la créature de donner sa propre version sur ce qui s’est passé.
Cette fragmentation donne une saveur différente aux précédentes adaptations du roman que nous avons vues au cinéma, dont la plus célèbre reste celle de James Whale. La transposition est beaucoup plus complexe et axée sur l’intériorité des personnages, ce qui rend le film (un peu) moins horrifique que les autres versions, lesquelles sont davantage axées sur l’horreur et les pouvoirs surhumains de la créature.
Cela étant dit, lorsque Guillermo del Toro met en scène plusieurs scènes d’action à haut déploiement, qui sont par ailleurs magnifiquement photographiées par Dan Laustsen, la force du monstre tient le spectateur en haleine, et la prestation de ce dernier, joué par Jacob Elordi, est tout simplement incroyable.
Jacob Elordi incarne la force brute du film
La carrière d’Elordi a débuté avec une série de films qui l’ont positionné comme un acteur à ne pas prendre au sérieux, avec des prestations risibles dans la trilogie The Kissing Booth et Saltburn d’Emerald Fennell. Il aura fallu patienter jusqu’à cette adaptation de Guillermo del Toro pour qu’on découvre enfin ses vrais talents d’acteur.
Alors que cette performance ne transcende probablement pas celle établie par Boris Karloff en 1931, Jacob Elordi est capable d’apporter tout un lot d’émotions fortes à son monstre, ce qui le rend tragique à nos yeux.

Ken Woroner @ Netflix
Ce monstre n’a pas voulu être ressuscité, mais l’ego démesuré de Victor Frankenstein a causé cette naissance qui n’a, au bout du compte, aucune raison d’être. La créature doit maintenant comprendre sa place dans un monde qui ne l’accepte pas et qui le traite même avec force rejet et dégoût.
La dernière partie du film se concentre exactement sur cet aspect: la vision d’un monstre qui fait tout son possible pour apprendre à vivre dans un monde au sein duquel il n’a aucune envie de vivre, surtout aux côtés d’un créateur qui regrette amèrement d’avoir façonné une invention qui le mènera certainement à sa mort.
Oscar Isaac est tout aussi excellent dans le rôle du personnage éponyme, mais c’est Jacob Elordi qui vole la vedette, de sa première apparition jusqu’à la finale du film. Il est encore assez tôt dans ce dernier quart de l’année pour affirmer cela, mais je crois sincèrement que sa prestation mérite d’être oscarisée, ou du moins d’être récompensée d’une façon ou d’une autre. Le jeu corporel d’Elordi est tout aussi captivant que la manière dont il livre des répliques toujours avec une grande intensité dramatique.
C’est une réelle révélation pour un acteur qui, avant ce film, n’avait encore jamais eu de chance de réellement démontrer ses talents.
Alors que Netflix possède les droits de distribution du film et vise, pour le moment, une sortie limitée en salle, il est à noter que Frankenstein est une production qui mérite pleinement d’être vue sur grand écran. En effet, la photographie expressive de Laustsen en vaut le détour à elle seule. C’est d’ailleurs grâce à lui, depuis Crimson Peak, que del Toro a su développer son style unique à travers des horizons qu’il n’avait jamais explorés auparavant. Sa photographie est devenue beaucoup plus léchée avec le temps, et l’accent est mis ici sur les décors grandioses de la chef décoratrice Tamara Deverell, qui remplit notre vision périphérique, à l’instar des costumes finement conçus par Kate Hawley.
Leur travail collectif est mis en images avec une main de maître par Guillermo del Toro et Dan Laustsen, deux forces redoutables du septième art.

Ken Woroner @ Netflix
Il est toutefois malheureux que, malgré les deux performances captivantes d’Isaac et d’Elordi, le reste de la distribution de haut niveau soit assez limité. Tous les acteurs sont excellents, particulièrement Waltz et Goth Cependant, plusieurs aspects auraient pu être mieux développés, à l’Instar de la relation entre Victor Frankenstein et sa créature.
Cela a pour effet de freiner le développement psychologique des personnages, surtout lors de ces moments où le réalisateur a ponctué son scénario de grandes pointes mélodramatiques qui ne récoltent pas, l’impact émotionnel recherché.
Ceci étant dit, Frankenstein reste une excellente adaptation du roman de Mary Shelley, et del Toro le modernise d’une façon unique et singulière. Il n’y avait que lui pour transposer une pièce maîtresse de la littérature qui avait déjà été adaptée et réadaptée à moult reprises! Le résultat: une œuvre cinématographique visuellement ambitieuse, qui offre une nouvelle vision de l’un des monstres les plus iconiques de l’histoire de l’horreur, et qui surprend par sa proximité émotionnelle et par sa splendeur cinématographique.
Au Québec, le film bénéficiera d’une sortie limitée dans certaines salles à compter du 24 octobre et sera aussi projeté dans le cadre du Festival du nouveau cinéma à Montréal (FNC). Cette adaptation est à ne surtout pas manquer au grand écran. Le travail incroyable de del Toro et de ses artisans mérite à lui seul d’être pleinement apprécié sur ce support… et non sur un écran de télévision!
«Frankenstein» de Guillermo del Toro en images
Par Ken Woroner @ Netflix
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Ken Woroner @ Netflix -
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