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Crédit photo : DC Studios
C’est Milly Alcock, star de la série House of the Dragon, qui interprète désormais Supergirl au sein d’une aventure spatiale scénarisée par Ana Nogueira et réalisée par le cinéaste australien Craig Gillespie.
James Gunn, dont les empreintes étaient déjà présentes soit à la scénarisation et à la réalisation des trois premiers titres du DCU, agit ici à titre de simple producteur exécutif. Il passe donc son premier test en tant que co-chef de DC Studios hors de la chaise de réalisateur, et ce, après avoir déclaré publiquement à maintes reprises qu’aucun film ni série télévisée ne recevra le feu vert tant que le scénario ne sera pas complété et qu’il ne satisfera pas aux attentes du studio.

Photo: DC Studios @ Tous droits réservés
La bonne nouvelle, c’est que le scénario de Nogueira est très solide. Et je suis certain que si j’en avais fait la lecture, j’aurais aussitôt voulu le voir au grand écran. Une adaptation directe de la bande dessinée Superman: Woman of Tomorrow, l’une des meilleures réinterprétations du personnage éponyme, constitue une bonne base pour un film qui espère donner une nouvelle existence au personnage de Supergirl dans l’univers DC.
La mauvaise nouvelle, c’est que Gillespie n’était pas la bonne personne pour transposer cette œuvre à la fois riche sur le plan thématique et artistiquement exaltante pour le cinéma.
Chacune de ses décisions a compromis l’incroyable performance d’Alcock, qui campe une Kara qui ne s’est jamais réellement remise de la destruction de Krypton. Nous la rencontrons dans l’espace, après qu’elle ait délaissé son cousin, Kal-El/Clark Kent/Superman (David Corenswet). Ce dernier lui a promis de l’aider à maîtriser ses pouvoirs et de l’inviter à le rejoindre pour protéger la planète Terre, mais elle ne se reconnaît pas du tout en lui ni sur Terre d’ailleurs. Sueprgirl préfère passer son temps dans l’espace à explorer des planètes autour d’un soleil rouge qui sape tous ses pouvoirs et qui la rend humaine. Cela lui permet, notamment, de boire de l’alcool et de se sentir ivre.
Elle n’a donc plus aucune responsabilité et préfère abandonner totalement son héritage kryptonien.
Cependant, lors d’une de ses sorties dans un pub spatial, Kara rencontre Ruthye Marye Knoll (Eve Ridley de la série 3 Body Problem), une jeune fille qui tente de traquer le chasseur de primes Krem of the Yellow Hills (Matthias Schoenaerts). Ce bandit a tué sa famille devant elle et a tenté de la kidnapper pour la vendre dans le cadre de son opération de trafic humain. Mais Ruthye est plus forte qu’il le croyait et elle a réussi à se libérer de son emprise.
Ruthye demande de l’aide à Kara, mais elle ne veut pas être impliquée dans cette affaire. Cela dit, lorsque Krem traque Supergirl et empoisonne son chien, Krypto, Kara accepte de rejoindre Ruthye dans sa quête de vengeance.

Photo: DC Studios @ Tous droits réservés
Toutefois, elles n’ont que trois jours pour le faire, car Krypto mourra si l’antidote n’est pas administré à temps.
Un bon récit trahi par les choix étranges d’un réalisateur
Supergirl, c’est un récit classique qui suit de près la trajectoire de l’héroïne de Woman of Tomorrow, mais la réalisation de Gillespie ne respecte pas l’essence du scénario de Nogueira ni la bande dessinée de Tom King et Bilquis Evely. À chaque instant, nous constatons avec désarroi à quel point le rythme effréné du film réduit la progression émotionnelle que vit Kara et qu’il ne nous laisse jamais comprendre ce que le personnage ressent en lui-même, ce qui était une part intégrante de l’œuvre originale.
Ainsi, au lieu de laisser la performance d’Alcock «respirer» et créer un lien avec le public, le réalisateur remplit ses images d’insertions musicales qui n’ont aucun sens, ce qui a pour effet de créer un rythme discordant au fil conducteur du récit.
Contrairement aux choix musicaux de James Gunn, qui sait à quel moment une chanson renforcera les émotions à l’écran et donnera un tempo particulier à une scène, Gillespie, lui, a préféré générer une playlist Spotify de chansons populaires, et ce, sans vérifier si la musique accompagnait vraiment ce qui se passe à l’écran. Par exemple, la bataille finale, en particulier, contient une insertion musicale tellement déconcertante qu’elle ne répond en aucun cas à ce qui se déroule devant nos yeux. Et pire encore, elle ruine la scène!
Nous sommes très loin de l’utilisation de «Oh Lord» de Foxy Shazam comme motif récurrent (et chanson-thème) dans la deuxième saison de Peacemaker.
Ce long métrage est également horriblement filmé et découpé. Craig Gillespie multiplie les scènes d’action lorsque Krem est introduit et tourne une part considérable du film avec des caméras IMAX, mais il ne sait aucunement comment les déplacer ni créer des images qui ont le même poids émotionnel que les planches artistiques que l’on retrouve dans la BD de Bilquis Evely. Un seul moment donne quelques images saisissantes, celui où Kara voyage sur une planète avec deux soleils – l’un vert (fabriqué entièrement en Kryptonite) et l’autre jaune –, mais on ne reconnaît pas la palette de couleurs expressives qui caractérise bien la bande dessinée.

Photo: DC Studios @ Tous droits réservés
De plus, la quasi-totalité des scènes d’action se déroule sur un fond vert peu réaliste et dans des environnements aux teintes brunes, grises et noires. Il n’y a aucune scène qui rayonne d’espoir ou qui suscite le même sentiment d’émerveillement que celui que nous ressentons en voyant Supergirl voler dans les airs ou dans l’espace.
On peut dire ce qu’on veut du navet de 1984, mais on y croit quand Kara est mise en scène. Ce n’est pas le cas, ici, même avec les avancées technologiques qui rendent les effets numériques plus sophistiqués. Le cinéaste Craig Gillespie monte son film n’importe comment en brisant fréquemment les axes de continuité entre les plans. Cela donne lieu à une succession de scènes d’action qui finissent par nous donner le tournis.
J’aurais aimé vous décrire ce qui se passe lors des scènes où Lobo (Jason Momoa) apparaît à l’écran et rejoint Kara dans le feu de l’action, mais elles sont tellement mal réalisées qu’on n’y comprend rien. Je n’avais même pas compris la mission de Kara lors du climax, jusqu’au moment où un crash-zoom mal intégré à la scène se concentre sur des personnages qu’elle doit sauver d’entre les mains de Krem.
En parlant de l’antagoniste, j’ajouterais simplement que les talents de Matthias Schoenaerts ne sont pas mis en valeur. Moins on en dit au sujet d’un méchant qui est aussi sous-développé et horriblement interprété, mieux c’est.
De bonnes performances n’arrivent pas à sauver ce film ennuyant
Il n’y a que les performances mémorables d’Alcock et de Ridley qui insufflent un peu de vitalité à un aussi bon scénario gâché par un réalisateur qui n’aurait jamais dû être le choix principal de James Gunn. On n’aurait pas pu choisir une femme pour donner vie à cette Supergirl? Chloé Zhao? Nia DaCosta? Anna Boden? Gina Prince-Bythewood? Cathy Yan? Les sœurs Wachowski? Patty Jenkins? Karyn Kusama?
Je pourrais en nommer une centaine d’autres réalisatrices qui auraient fait un bien meilleur travail que Gillespie!

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Même la destruction de Krypton – la meilleure séquence du film, notamment grâce au travail incroyable des acteurs David Krumholtz et Emily Beecham, qui incarnent les parents de Kara – ne parvient pas à être aussi mémorable que les dernières fois où nous avons vu ce moment à l’écran, dans Superman de Richard Donner ou encore Man of Steel de Zack Snyder.
L’utilisation du langage kryptonien au lieu de l’anglais est un choix très inspiré, mais la réalisation de Craig Gillespie est si monotone et manque si cruellement d’inspiration visuelle qu’elle ternit ce qui aurait pu être un grand moment de ce nouvel univers DC.
Il reste à voir comment cet univers perdurera avec deux autres projets cette année, la série Lanterns sur HBO, qui a été conçue par Damon Lindelof, Chris Mundy et Tom King, ainsi que le film de body-horror Clayface, réalisé par James Watkins et écrit par Mike Flanagan et Hossein Amini. Ce seront deux autres véritables tests pour Gunn, alors que ses choix de leadership commencent à être remis en question à la suite de la réception fortement mitigée de Supergirl.
Lors de la sortie du premier film de DC Studios à travers le documentaire Super/Man: The Christopher Reeve Story, Gunn a assuré que la qualité serait la priorité absolue. Dans ses propres mots, et je le cite: «La qualité prime dans tout ce que nous faisons». Une chose est sûre: il n’a pas choisi le bon cinéaste pour offrir une œuvre de la même qualité que Supergirl: Woman of Tomorrow, et cette décision pourrait lui coûter cher aux yeux d’un public qui a déjà de la difficulté à rembarquer dans l’univers DC après une décennie d’échecs critiques et commerciaux.
Le futur du DC Universe est également incertain avec la possible acquisition, d’une valeur de 110 milliards de dollars, de Warner Bros. par les studios Paramount, qui pourraient vraisemblablement changer la face d’Hollywood si la transaction est approuvée. Le président de Paramount/Skydance, David Ellison, est un grand admirateur de DC, mais son étroite amitié avec le président Donald Trump inquiète grandement la communauté artistique, car le fils du milliardaire Larry Ellison semble vouloir acquérir Warner Bros. pour des raisons politiques!
Peu importe ce qu’il adviendra à l’avenir, une chose est claire: DC ne peut se permettre de réappuyer sur le bouton Reset. Cela a déjà été fait. Ils doivent maintenant apprendre de leurs erreurs et corriger le tir rapidement afin de rivaliser avec les studios Marvel et s’imposer comme une force cinématographique et télévisuelle.
Le film «Supergirl» de de Craig Gillespie en images
Par DC Studios
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