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Crédit photo : DC Universe
Les attentes, donc, deviennent très hautes pour que Gunn et Safran livrent la marchandise, tant sur le grand que sur le petit écran. Et après un solide départ à la télévision avec la minisérie animée Creature Commandos, nous voici arrivés au premier film du DCU: Superman, une relecture moderne du plus populaire héros des bandes dessinées de DC, créées par Jerry Siegel et Joe Shuster.
James Gunn assure ici la réalisation et la scénarisation de cette œuvre à travers laquelle débutent les aventures cinématographiques d’un monde peuplé par les Dieux et les monstres.

Photo: DC Universe
C’est d’ailleurs ainsi qu’est appelée cette première phase du DCU: «Gods and Monsters», où chaque opus s’attardera sur des figures mythiques ou monstrueuses à travers plusieurs genres et modes d’expression. Les films et séries télé à venir seront donc bien différents les uns que les autres. En effet, on aura droit à une histoire de détectives avec la série télévisée Lanterns, et à un film de body horror qui mettra en vedette Clayface (Gueule d’argile), d’un scénario écrit par Mike Flanagan.
Le réalisateur a laissé entendre à maintes reprises que cette approche est souhaitée afin de redonner de la vie à un genre cinématographique qui en a grandement besoin. C’est pour cela qu’en offrant une nouvelle adaptation de Superman pour le grand écran, il a préféré fermer les yeux sur tout ce que nous avons vu à maintes reprises au cinéma pour Kal-El / Clark Kent / Superman (David Corenswet), afin d’offrir quelque chose de nouveau aux spectateurs et se démarquer des adaptations précédentes. Dans ce Superman modernisé, nous ne voyons pas l’explosion de Krypton, ni le récit de son enfance qu’il a passée Smallville, alors qu’il découvrait ses superpouvoirs aux côtés de ses parents adoptifs Jonathan (Pruitt Taylor Vince) et Martha Kent (Neva Howell).
Tout cela a déjà été raconté par plusieurs cinéastes avant James Gunn. Je pense ici à Richard Donner en 1978 et à Zack Snyder en 2013. Il n’était donc pas nécessaire de le répéter.
Au lieu de nous raconter une histoire qui a été modernisée de nombreuses fois sous plusieurs médiums, le réalisateur nous présente le protagoniste trois minutes après qu’il ait perdu une bataille pour la toute première fois. Cela fait trois ans qu’il s’est introduit sur Terre en tant que Superman, et il est connu de tous comme étant le plus puissant des métahumains, un terme utilisé pour qualifier les êtres possédant des pouvoirs.
Nous allons en rencontrer davantage dans d’autres opus du DCU, mais, pour le moment, Gunn se tourne vers celui qui est probablement le héros le plus populaire de cet univers, avec Batman.
Dans le film, au cours des trois dernières années, le multimilliardaire Lex Luthor (Nicholas Hoult) a détourné son entreprise Luthorcorp dans le but d’éliminer cet extraterrestre, alors que la perception du public est beaucoup plus positive sur son impact dans le monde que le croit l’ennemi juré de Superman. Nous faisons ainsi la rencontre des deux personnages au moment où Superman vient de se faire battre par le Marteau de Boravie, une création de Lex qui répond à toutes ses commandes.

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Gunn s’est librement inspiré des bandes dessinées All-Star Superman de Grant Morrison et de Frank Quitely pour son film, qui met en scène l’Homme d’acier (Man of Steel) déjà établi, tout en développant son univers au fur et à mesure que le récit progresse. Pour le film, cela donne une facture rafraîchissante aux itérations cinématographiques du héros. Le seul problème, c’est que, malgré des prestations solides de la part de ses acteurs, ce Superman ne vole pas très haut et est beaucoup trop rempli de mille et une intrigues pour mettre la table sur le futur du DCU, au lieu de se focaliser en priorité sur la rivalité entre Kal-El et Lex Luthor.
Car les meilleures itérations de Superman, habituellement, se concentrent sur cet enjeu, tout en le contrastant avec son alter ego humain, Clark Kent, journaliste au Daily Planet. Il entretient d’ailleurs une relation amoureuse avec sa collègue de travail, Lois Lane (Rachel Brosnahan).
De bonnes idées scénaristiques qui sont mal développées
D’ailleurs, la meilleure scène du film se déroule un peu après le début, lorsque Clark accepte que Lois interviewe Superman. Celle-ci est déjà au courant que Clark est Superman, lequel, jusqu’à ce jour, s’interviewait lui-même de façon complaisante pour des articles au Daily Planet. Pour la première fois, il laisse une autre personne réaliser un entretien, quelqu’un avec qui il partage des sentiments très forts.
Dans cette scène, la tension qui existe entre Corenswet et Brosnahan est incroyablement efficace, et nous croyons très vite à leur chimie, alors que Clark a de plus en plus de difficulté à séparer ses deux personnalités et à accomplir ce qui est réellement bon pour la Terre. Cette lutte intérieure entre sa personnalité héroïque et humaine est davantage exacerbée par des tensions politiques et un gouvernement américain qui voient Superman comme une menace pour la paix mondiale, alors qu’un conflit géopolitique commence à prendre forme après que le héros se soit ingéré dans ce conflit, et ce, sans l’approbation des États-Unis pour tenter de stopper une guerre potentielle.
Ce sont de bonnes idées scénaristiques qui ne sont malheureusement pas exploitées à leur plein potentiel. Toutes les séquences où Gunn développe la relation complexe entre Clark et Lois, et ses parents adoptifs, ou encore l’opposition entre Superman et Lex Luthor, sont plutôt bien réussies. Ce sont des facettes des personnages qu’aucun cinéaste n’a à ce jour traitées de cette façon au cinéma.
Hoult joue probablement la meilleure itération de l’antagoniste principal des bandes dessinées de Superman que nous avons vue à l’écran. Oui, il est meilleur que Gene Hackman et que Michael Rosenbaum. La haine dont fait preuve Lex contre Superman est si forte qu’il dépensera des milliards de dollars pour s’assurer qu’il est bel et bien mort, en manigançant des plans tous plus ridicules les uns que les autres.

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C’est exactement ce qui est dépeint dans les bandes dessinées – son interprétation n’est pas du tout exagérée. Hoult est en parfaite maîtrise des maniérismes les plus connus du personnage et vole carrément l’écran à Corenswet. L’acteur campe un Superman admirable (si on enlève tout les scènes où il crie un peu trop), mais ne possède en aucun cas le charme ineffable et transcendant de Christopher Reeve, et la complexité émotionnelle qu’avait Henry Cavill dans Man of Steel et Batman v. Superman: Dawn of Justice de Zack Snyder.
Luthor hait Superman, car il n’est pas de cette planète, et tout ce qui est à l’extérieur de la Terre mérite d’être éliminé, ou du moins capturé dans une dimension parallèle.
Cette peur de l’autre est un thème qui résonne à travers les multiples itérations du personnage dans les bandes dessinées et au cinéma, mais jamais nous n’avons vu un Lex aussi juste et diablement méchant.
On aurait aimé profiter beaucoup plus de cette rivalité, plutôt que passer la moitié du film à suivre un récit qui va dans d’innombrables avenues, et ce, sans réelle cohérence. En plus de réintroduire Superman au sein d’aventures plus ésotériques que les autres adaptations cinématographiques du personnage, James Gunn insère plusieurs sous-récits qui ne font que complexifier l’œuvre au lieu de la rendre plus simpliste.
Trop de récits en parallèle au cœur d’un film décevant visuellement
À travers ces récits, Gunn établit plusieurs parallèles alambiqués sur des conflits géopolitiques actuels, en introduisant un dirigeant despote (joué par Zlatko Burić) voulant annexer un pays, des discussions sur la place qu’a Superman au sein du gouvernement américain, avec Frank Grillo qui reprend son rôle de Rick Flag Sr. dans Creature Commandos, en plus de plusieurs introductions à une panoplie de personnages secondaires qui apparaîtront éventuellement dans d’autres films et séries télé du DCU: Kendra Saunders / Hawkgirl (Isabela Merced), Guy Gardner / Green Lantern (Nathan Fillion, déjà confirmé de reprendre son rôle dans la deuxième saison de Peacemaker et la série Lanterns), Michael Holt / Mister Terrific (Edi Gathegi), Rex Mason / Metamorpho (Anthony Carrigan) et Angela Spica / The Engineer (María Gabriela de Faría).

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Et si on n’en avait pas assez avec un scénario qui change d’histoire d’une seconde à l’autre, James Gunn va aussi créer des sous-récits avec Lois Lane, Jimmy Olsen (Skyler Gisondo) et le rédacteur en chef du Daily Planet, Perry White (Wendell Pierce), en contactant une source interne prête à dévoiler les réelles intentions de Lex Luthor.
Tout cela représente beaucoup trop d’arcs narratifs qui sont introduits en très peu de temps. En plus, ils sont tous hyper sous-développés, et à cause d’eux, le scénario finit par ignorer le personnage de Superman pendant une très grosse majorité du film. Le personnage principal devient ainsi relégué au second plan, à celui d’un personnage secondaire, et ce, pendant la deuxième heure du film.
C’est la raison pour laquelle nous avons du mal à créer un lien d’attachement lors de ses moments plus dramatiques, puisqu’une grande partie des 129 minutes que dure ce film se passe avec d’autres personnages qui n’ont pas le même poids ou la même importance dans ce récit.
Pire encore, le film est visuellement désagréable, une récurrence stylistique qui est malheureusement beaucoup trop commune dans nos superproductions numérisées, lesquelles n’ont plus aucun sens artistique ou de désir de créer des images inoubliables. ICI, nous avons plutôt droit à une succession d’images de synthèse entièrement créées par ordinateur et qui n’ont même pas l’air d’être entièrement finalisées, où l’artificialité des effets spéciaux est beaucoup trop perceptible pour nous faire croire que nous voyons un homme en train de voler.
Les plans (tournés entièrement en caméra IMAX et présentés dans un format 3D assez convaincant) sont fréquemment surexposés; la caméra bouge beaucoup trop, sans réelle intention, afin de dynamiser le plus de scènes possible, et le CGI devient éventuellement de la bouillie, surtout lors du climax où il n’y a aucun sens de l’émerveillement, alors que nous voyons Superman et son chien Krypto se battre contre une horde d’antagonistes.

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Vous pouvez dire tout ce que vous voulez sur les adaptations de Superman par Zack Snyder, mais ses effets visuels sont irréprochables, et ce, même douze ans après la sortie de Man of Steel. Il n’y a pas à dire, la séquence où Kal-El vole pour la première fois dans ce film continue de nous couper le souffle, par sa façon dont elle montre l’excitation que ressent notre protagoniste à réaliser l’étendue de ses pouvoirs, et les scènes de batailles, d’une réelle poésie, sont parmi les plus grandioses qu’un cinéaste a transposées à l’écran dans un film de superhéros.
Toutes les images du Superman de Gunn n’ont aucun poids émotionnel ou même poétique. Les scènes d’action n’ont pratiquement aucun impact, même celles servant à développer un personnage, dont une bataille qui souligne les pouvoirs de Mister Terrific. On dirait pratiquement un fan film, et non un blockbuster à grande échelle au coût de 225 millions de dollars! Il y a un manque de sophistication flagrant qui est beaucoup trop présent dans chacun des plans du directeur photo Henry Braham, alors que ce n’était pas un problème dans les œuvres précédentes de Gunn.
Même si le cinéaste apporte sa signature, à savoir un style dynamique et frénétique qu’il a développé depuis The Suicide Squad en 2021, avec des transitions comiques et une panoplie de gags visuels efficaces, nous ne croyons pas du tout, hélas, que l’homme que nous voyons à l’écran est capable de s’envoler dans les airs pour redonner de l’espoir à une planète qui en a grandement besoin.
Lorsque le Superman de Richard Donner est sorti en salle, son slogan principal était: «You’ll believe a man can fly». Et lorsque le Superman de Christopher Reeve a volé pour la première fois à l’écran, tout le monde y croyait. Malheureusement, si je ne suis pas convaincu que le Superman de Corenswet soit capable de voler et, comme tout ce qui l’entoure a l’air complètement artificiel, comment voulez-vous que je m’intéresse à cette nouvelle franchise?
On dirait que cet univers rafraîchi pour DC n’est pas autant «nouveau et amélioré» qu’on l’aurait cru…
Cela étant dit, le prochain projet du DCU arrive le mois prochain avec la deuxième saison de Peacemaker et mettra en vedette John Cena. La première saison était aucun doute la meilleure adaptation d’un personnage DC par James Gunn. Pour ma part, je n’ai pas de doute que cette nouvelle saison sera excellente, même si ce Superman semble être un faux départ pour une franchise qui a grandement besoin d’un succès unanime du public et de la critique pour justifier sa pertinence dans la culture populaire.
Le film «Superman» de James Gunn en images
Par DC Universe
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