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Crédit photo : Photo: Jonathan Olley @ 2026 Amazon Content Services LLC. Tous droits réservés
Lorsqu’on a une recette gagnante, on ne doit pas (vraiment) la changer.
C’est probablement pour cette raison que le scénariste Drew Goddard, qui a écrit la transposition de The Martian, est de retour pour adapter Project Hail Mary au cinéma. Cependant, ce sont les cinéastes Phil Lord et Christopher Miller qui assurent la coréalisation, leur premier film derrière la caméra depuis 22 Jump Street en 2014. Ceux-ci ont tenté de tourner un film de science-fiction avec Solo: A Star Wars Story, mais ont été congédiés au milieu du tournage…! Leur vision initiale s’est ainsi vue remplacée par celle de Ron Howard, bien que la cinéaste ait conservé quelques scènes tournées par Lord et Miller.

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Avec Project Hail Mary, c’est bien la première fois que nous voyons le tandem de réaliser tourner un film d’une aussi grande envergure. Car le récit que Weir raconte est à la fois visuellement et thématiquement ambitieux. C’est aussi une œuvre beaucoup moins comique que ce à quoi nous ont habitué les cinéastes jusqu’à présent, notamment dans la franchise Jump Street, mais aussi avec The Lego Movie). Ce film leur a permis de construire des personnages avec une large gamme d’émotions complexes et profondément humaines.
Malheureusement, le résultat final déçoit plus qu’il ne captive, mais ce n’est pas entièrement de leur faute.
Le film, comme le roman, présente le récit d’une manière non linéaire, en commençant par le réveil du docteur Ryland Grace (Ryan Gosling) dans l’espace. Ce dernier ne se souvient pas de qui il est, puisqu’il a été plongé dans le coma pendant les onze dernières années de sa vie. Comme le reste de l’équipage est décédé, il est donc maintenant seul à bord d’un vaisseau spatial, ne sachant pas du tout dans quelle direction il orbite.
C’est ici que Phil Lord et Christopher Miller commencent à nous offrir davantage d’informations sur le protagoniste en nous présentant des flashbacks de son temps sur Terre.
À travers les chapitres se déroulant au passé, Grace devient un atout essentiel pour les gouvernements mondiaux quand la cheffe d’un projet top secret, Eva Stratt (Sandra Hüller), se présente dans sa salle de classe en lui offrant une opportunité en or de sauver l’humanité.
Histoire de garder cela le plus simple possible et d’éviter tout jargon scientifique, voici ce qu’il faut retenir: le soleil est en train de mourir. Un quart de la population terrestre sera décimé d’ici trente ans si la planète refroidit à un point catastrophique. Stratt rassemble donc une équipe de trois hommes, un astronaute, un pilote et un scientifique, afin de voyager dans l’espace et trouver une solution. Cependant, étant donné qu’il n’y a pas assez de ressources pour leur garantir un retour sur Terre, ceux-ci doivent se sacrifier pour l’humanité et passeront le restant de leur vie dans l’espace…
Ryland Grace a initialement été engagé pour participer au projet en tant que scientifique sur Terre, mais il devient le dernier espoir de l’humanité au moment où les participants choisis pour aller dans l’espace meurent lors d’une explosion. Il doit maintenant s’assurer de trouver le matériel qui permettra à l’équipe de Stratt de sauver la planète, mais ça, il ne le fera pas seul.

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Lors de son périple dans l’immensité de l’espace, Ryland Grace fera l’une des rencontres les plus étranges qui soient: il se liera d’amitié avec un extraterrestre qu’il baptisera Rocky (James Ortiz), pour sa ressemblance avec une pierre.
Une structure qui convient mieux à la littérature qu’au cinéma
Alors que ce format antichronologique offre plusieurs avantages dans un roman, révélant au compte-goutte des informations sur le personnage et sur les enjeux principaux du récit, c’est un peu plus compliqué de le traiter de la même façon au cinéma.
D’abord, l’aspect visuel du grand écran nous permet de comprendre des choses sur le personnage sans que nous ayons nécessairement besoin de tout savoir. Quand nous réalisons que l’équipe de Grace a été décimée, nous comprenons immédiatement que quelque chose s’est passé sur Terre pour qu’il se retrouve dans cette situation au présent. Ainsi, avons-nous nécessairement besoin de voir tout ce qui s’est produit jusqu’au moment présent? C’est discutable.
Dans un livre, on peut se permettre d’écrire des chapitres entiers se déroulant dans une temporalité autre que celle du présent, car un bon écrivain va créer un fil conducteur entre les deux parties du récit pour nous emmener vers une conclusion étonnante. Au cinéma, tout ce que l’on montre dans le passé doit automatiquement nourrir l’action au présent, d’une manière ou d’une autre. À mon sens, Project Hail Mary ne parvient pas à justifier de (très) longues scènes qui répètent sans cesse les objectifs principaux du projet et ce que Grace va éventuellement accomplir dans l’espace, surtout lorsque nous les voyons mener ces actions sur Terre et à bord du vaisseau.
La structure devient vite redondante et le film commence à nous échapper, puisque Lord et Miller n’apportent pas suffisamment de profondeur à travers leurs personnages.
Nous en apprenons sur Ryland Grace surtout lorsqu’il se confie à Rocky (leur amitié est très bien travaillée, même que c’est le cœur émotionnel du film), du moins davantage que lorsqu’il discute avec Stratt dans le passé. Pire encore, les retours en arrière entravent fortement l’action au présent et allongent considérablement la durée d’un film qui aurait honnêtement été très efficace si le scénario de Goddard n’avait conservé que l’essentiel du récit de Grace au passé. Au lieu de cela, il éternise les relations entre les protagonistes secondaires, qui n’ont pas assez de chair autour de l’os et qui sont sous-développés.
Avec Project Hail Mary, l’actrice allemande Sandra Hüller fait ses débuts à Hollywood. Phil Lord et Christopher Miller sont bien conscients de son talent, mais ne semblent pas avoir le désir de la laisser aller à fond dans sa performance. Qu’à cela ne tienne, le seul moment où on lui permet un peu plus de texture, c’est lorsqu’elle chante «Sign of the Times» au karaoké, une scène importante du film qui donne davantage d’informations sur Stratt que la quasi-totalité de l’œuvre.

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Or, à ce moment-là, difficile de ne pas se remémorer sa performance dans Toni Erdmann de Maren Ade, où une séquence similaire s’observe, avec un effet bien plus puissant…
Un film visuellement époustouflant, mais sans réelle vision artistique
C’est ici que le long métrage devient vite essoufflant. Car la seule chose que les réalisateurs possèdent dans leur arsenal, ce sont des hommages à d’autres œuvres bien meilleures que la leur, celle citée ci-haut en étant une parmi d’autres. La relation entre Grace et Rocky semble tout droit sortie d’E.T. de Steven Spielberg, avec une référence directe à Close Encounters of the Third Kind.
Reste que le grand morceau de bravoure de ce film, lors d’une séquence d’action à grand déploiement où le vaisseau de Grace doit légèrement effleurer le soleil, est une copie conforme des techniques développées par Christopher Nolan avec Interstellar. Le silence traître de l’espace, un environnement à la fois paisible et dangereux, rappelle Gravity d’Alfonso Cuarón. Il n’y a pas de moments ou de séquences complètes qui semblent révéler l’inventivité des cinéastes, lesquels ont toujours préféré s’inspirer d’autres objets culturels, dans l’espoir que le public sera dupe.
Et c’est dommage, puisque le langage visuel de Project Hail Mary est assez impressionnant. Avec l’aide du directeur de la photographie Greig Fraser (notamment connu pour Dune et The Batman), Lord et Miller tournent l’ensemble des scènes dans l’espace en IMAX, et c’est d’ailleurs fort réussi. Les couleurs sont vives et les mouvements de caméra sont très immersifs, surtout lorsqu’on sort du vaisseau spatial. La caméra nous donne l’impression de flotter avec lui, et il devient assez facile de plonger dans cet univers qui nous paraît infini. Le seul problème, c’est que nous avons vu ces scènes dans d’autres films, mais ce n’est pas du tout la faute de Fraser. Ce dernier demeure l’un des meilleurs directeurs photo et continue toujours d’innover dans la prise de vue IMAX.
Gosling est aussi très bon dans sa prestation de Ryland Grace, mais, encore une fois, il est difficile de ne pas le comparer au dernier rôle qu’il a joué dans l’espace dans First Man de Damien Chazelle. Oui, son jeu est beaucoup plus charismatique et énergisant que sa prestation de Neil Armstrong, qui est très sobre et minimaliste, mais tout ce qui entoure sa performance n’est pas aussi réussi que le film de Chazelle. On a envie de revoir First Man et de l’analyser en profondeur, et d’observer les compétences techniques du cinéaste.
En comparaison, Project Hail Mary n’est qu’un pur objet de divertissement plutôt «correct», beau à regarder, mais sans grande substance. À un moment donné, on croit que le film va bientôt finir, mais comme la batterie Energizer, «It keeps going… and going… and going…»
Le film «Project Hail Mary» en images
Par Photo: Jonathan Olley @ 2026 Amazon Content Services LLC. Tous droits réservés
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