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Crédit photo : Universal Studios @ Tous droits réservés
Il est difficile de parler d’un film dont le synopsis n’a pas été révélé au public, mais il faut savoir que Disclosure Day condense tout ce que Steven Spielberg a développé au sein d’une filmographie vieille de cinquante ans.
Si The Fabelmans est un portrait semi-autobiographique de sa famille et de sa conception du cinéma, avant qu’il ne change la face d’Hollywood avec la sortie de Jaws en 1975, Disclosure Day agit comme une œuvre qui est la somme de tout ce qui l’a fasciné depuis ses débuts.

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Alors qu’il va bientôt souffler sur ses quatre-vingts bougies, le cinéaste américain démontre ici qu’il n’a pas dit son dernier mot et qu’il en a encore beaucoup à offrir au public.
Le film débute au milieu de l’histoire, alors que Daniel Kellner (Josh O’Connor), expert en cybersécurité devenu lanceur d’alerte, est sur le point de révéler au public que la vie extraterrestre est bien réelle. Ce dernier est poursuivi par Neal Scanlon (Colin Firth), chef de Wardex, une opération secrète au sein du gouvernement américain, chargé de le faire taire avant qu’il ne puisse mettre en œuvre son plan.
En même temps, Margaret Fairchild (Emily Blunt), météorologue d’une chaîne de nouvelles locales, est aux prises avec des symptômes bizarres après la visite d’un cardinal dans son appartement. Elle est maintenant polyglotte, capable d’entrer dans les pensées des individus qu’elle croise, et elle ne cesse de penser à Daniel, alors qu’elle ne le connaît même pas.
Bien sûr, ils vont éventuellement finir par se rencontrer et s’associer pour s’assurer que les informations que possède Daniel soient révélées au public.
Une œuvre de science-fiction à la jonction de la politique et de la religion
Avec Disclosure Day, Spielberg livre son film le plus percutant depuis Minority Report, et il continue d’aborder les extraterrestres afin de parler de la place de l’être humain dans l’univers. Ce long métrage, c’est d’abord et avant tout une œuvre de science-fiction, mais elle est au croisement d’interrogations pertinentes sur la philosophie, la politique et la religion.
Si le personnage de l’extraterrestre dans War of the Worlds était une allégorie de la peur collective des Américains suite aux attentats du 11 septembre 2001, Steven Spielberg réinterprète ces figures dans Disclosure Day à travers l’ère post-COVID. En effet, les humains sont de moins en moins des créatures sociales et s’isolent en voyant le monde à travers leurs écrans portables.

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Les théories des conspirationnistes abondent, et les fervents adeptes de ces mouvements vont utiliser les Écritures bibliques en les déformant afin d’induire intentionnellement leurs fidèles en erreur.
Si vous faites partie de ces spectateurs qui attendent impatiemment ce film à grand déploiement, comme le promettent les bandes-annonces, vous serez probablement déçus, puisque Disclosure Day ne contient que deux scènes d’action (certes vigoureuses et exaltantes) sur la durée totale de 145 minutes!
Cela dit, ce que propose Spielberg est bien plus riche que ce qu’Universal a promis au public. Le portrait politique est richement mis en scène, alors que la menace d’une Troisième Guerre mondiale plane à l’arrière-plan et que les opérations secrètes du gouvernement américain tentent de contrôler les lanceurs d’alerte en les poussant, par télépathie, vers la mort.
Le scénario de David Koepp introduit rapidement un appareil développé par les extraterrestres, en possession du gouvernement, que personne ne comprend réellement, mais qui est utilisé pour exploiter les souffrances les plus profondes des personnes ciblées par l’opération secrète Wardex, menée par Neal Scanlon, et qui pénètre directement dans leur cerveau.
Plusieurs d’entre vous vont possiblement discuter du fait que cet objet est capable de «tout faire» et qu’il permet donc au récit de progresser. Cela peut être vrai, mais il faut garder en tête que les gens qui l’utilisent n’ont aucune idée de la manière dont l’appareil fonctionne. En fait, la seule chose qu’ils comprennent, c’est qu’elle ne doit pas être touchée par des mains nues, mais toujours par un gant en nitrile. Wardex, quant à lui, joue à Dieu avec cette technologie, et ce, sans avoir la moindre idée de son véritable but. Et cela aboutit à des résultats catastrophiques.
Justement, en parlant de Dieu, le film établit un lien fondamental entre la Bible et le personnage de Jane Blankenship (Eve Hewson, qui livre une performance exceptionnelle), une ancienne religieuse dévouée ayant quitté le couvent pour entamer une relation amoureuse avec Daniel, tout en conservant un lien profond avec sa religion. Cette croyance se trouve chamboulée au moment qu’elle apprend l’existence de créatures vivant dans l’espace et après qu’elle ait été torturée par Neal, qui utilise l’appareil pour communiquer avec elle par télépathie.

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Ce dernier tente en effet d’obtenir de l’information en manipulant psychiquement Jane. L’ancienne religieuse, avec une force extrême (tenant un crucifix si fort en main qu’il commence à saigner), refuse de parler, mais elle succombe à cette torture…
Cette séquence de torture est la scène la plus importante du film, car elle distille toute l’essence de Disclosure Day à travers des dialogues qui citent directement les textes religieux et, en même temps, expliquent l’origine de la fascination de Spielberg pour les extraterrestres. Une crise de foi s’ensuit, mais en dire plus pourrait gâcher l’un des films hollywoodiens les plus riches en analyse théologique que nous ayons vus depuis fort longtemps.
Emily Blunt livre la performance la plus émouvante de sa carrière
Spielberg examine également la façon dont l’extraterrestre a toujours été, en fait, une façon de parler de nous-mêmes, de nos peurs, de nos souvenirs d’enfance que nous ne souhaitons pas revisiter, et de nos traumatismes logés en permanence dans notre esprit.
Il accomplit cela grâce à la performance la plus humaine et la plus émouvante offerte par Emily Blunt. Par un subtil changement de son faciès, qui nous révèle davantage sur les émotions intérieures du personnage que les dialogues de Koepp, le monde de Margaret change lorsqu’elle apprend que les extraterrestres sont bel et bien réels, mais il faudra voir le film pour savoir comment.
Il s’ensuit une succession de séquences d’une réelle puissance poétique et émotionnelle, où Margaret est forcée de confronter son passé traumatique et où elle nous emmène dans son esprit pour comprendre d’où viennent ses pouvoirs.
Toujours aussi doués dans l’art du placement et du mouvement de la caméra, Steven Spielberg et son directeur de la photographie, Janusz Kamiński, composent un ensemble d’images à couper le souffle, surtout lorsque l’enfance de Margaret est racontée à l’écran. La lourdeur de la performance de Blunt à travers ces moments est si palpable qu’il est difficile d’être pris aux tripes, comme spectateur, alors que Spielberg démontre que nous devons, à tout prix, préserver notre propre empathie en tant qu’humains, même si le monde dans lequel nous vivons s’en va dans une mauvaise direction.

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Lorsque les extraterrestres ont finalement été révélés, Spielberg a opté pour aller à l’opposé des finales grandioses qui ont marqué la plupart de ses films de science-fiction. La présence extraterrestre est plutôt à l’arrière-plan d’une histoire qui se concentre davantage sur l’humain et ses réactions face à un monde que personne ne comprend.
Les guerres et les conflits, qui n’avaient déjà pas de sens en soi, en ont encore moins, les tensions géopolitiques n’ont aucune importance, et notre vie sociale prend un tout nouveau sens. En observant le silence froid des humains, qui observent par leurs yeux rivés sur leurs écrans personnels la révélation de l’histoire, le réalisateur implore les spectateurs de mieux nous écouter, hors des écrans, plutôt que de continuer à nous renfermer et à nous isoler dans nos chambres d’écho.
Disclosure Day, c’est un cri de cœur puissant d’un artiste qui a changé notre conception du cinéma et qui n’a pas fini de faire sa marque à Hollywood, même si nous ressentons un brin de mélancolie en écoutant les probablement dernières pièces musicales du compositeur John Williams, dans sa trentième collaboration avec Spielberg. À 94 ans, composer une bande-son aussi incroyable est un privilège rare que nous devons chérir.
La musique à elle seule justifie l’achat d’un billet pour voir ce long métrage en salle, mais l’œuvre en soi est à voir. À l’âge de huit ans, j’ai vu mon tout premier film de Steven Spielberg, Raiders of the Lost Ark, et c’est à partir de ce moment-là que la piqûre du cinéma s’est intensifiée.
Vingt ans plus tard, le cinéaste continue de m’émerveiller et de me rappeler la puissance du cinéma. Après tout, comme le dit l’un des personnages de The Fabelmans: «Les films sont des rêves que l’on n’oublie jamais.»
Le film «Disclosure Day» de Steven Spielberg en images
Par Universal Studios @ Tous droits réservés
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