«The Devil Wears Prada 2» de David Frankel: une suite qui valait les 20 ans d’attente – Bible urbaine

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«The Devil Wears Prada 2» de David Frankel: une suite qui valait les 20 ans d’attente

«The Devil Wears Prada 2» de David Frankel: une suite qui valait les 20 ans d’attente

Un deuxième opus d’une réelle pertinence

Publié le 30 avril 2026 par Maxance Vincent

Crédit photo : Macall Polay @ 20th Century Studios. Tous droits réservés

Presque vingt ans après la sortie du premier opus, l’équipe qui a donné vie au roman «The Devil Wears Prada» de Lauren Weisberger est de retour dans un deuxième volet, «The Devil Wears Prada 2», réunissant les acteurs Anne Hathaway, Meryl Streep, Emily Blunt et Stanley Tucci. Plutôt que de recréer les meilleurs moments du premier film, le réalisateur David Frankel et la scénariste Aline Brosh McKenna ont offert une suite carrément pertinente, non seulement en développant davantage les personnages cultes, mais en proposant une réflexion juste et assez terrifiante sur l’avenir du journalisme, dans un monde médiatique en constante évolution.

Ce récent long métrage ne craint pas de montrer à quel point la situation du journaliste dans le monde est plus déprimante qu’en 2006.

Les médias réellement «indépendants» opèrent avec peu de moyens, se font racheter par de gros conglomérats qui transforment la nature de ces médias en content mill, les influenceurs, maintenant, ont une plus grande présence dans les événements que les journalistes, et, évidemment, l’arrivée de l’Intelligence artificielle, qui aident à générer des articles en quelques secondes, devient une opportunité lucrative pour les hauts dirigeants de compagnies qui prennent la décision de réduire leur main-d’œuvre «humaine».

Macall Polay @ 20th Century Studios. Tous droits réservés

C’est d’ailleurs ainsi que Frankel débute The Devil Wears Prada 2, avec Andrea «Andy» Sachs (Anne Hathaway) qui remporte un prix d’excellence en journalisme lors d’un gala, une minute après avoir appris que son équipe et elle ont été congédiées du média pour lequel elle était employée depuis une vingtaine d’années.

La raison? Les ressources limitées ne permettent plus à son employeur de poursuivre ses opérations telles quelles.

En même temps, le magazine de mode Runway, dirigé d’une main de fer par Miranda Priestly (Meryl Streep), est impliqué dans un scandale majeur et commence à perdre son lectorat, déjà assez réduit depuis l’essor des nouvelles technologies.

C’est dans cette optique que le président de la compagnie médiatique Elias-Clarke, Irv Ravitz (Tibor Feldman), demande à Andy de revenir à Runway afin de redonner de la pertinence au magazine et d’apaiser les tensions entre les lecteurs et la rédactrice en chef.

Une suite qui satisfera les fans du premier film

Évidemment, Miranda est toujours aussi froide et fait même semblant de ne pas reconnaître Andrea lorsque celle-ci revient à Runway. Leurs échanges sont fréquemment drôles et dynamiques, alors que David Frankel trouve plusieurs situations qui les opposent, bien que les personnages soient au service du même média. Hathaway et Streep sont toujours aussi excellentes et apportent davantage de profondeur à leurs personnages que dans le premier film, surtout lors du dernier acte, où Andy et Miranda sont confrontés directement aux changements médiatiques qu’elles veulent désespérément éviter.

Il est clair que les fans du premier film, qui aiment le monde de la mode et les échanges glaciaux entre Andy et Miranda, vont être servis. La psychologie des personnages est aussi bien écrite qu’en 2006, sinon mieux encore, car le scénario de McKenna a justement fait attention de ne pas reprendre la même formule que The Devil Wears Prada.

Macall Polay @ 20th Century Studios. Tous droits réservés

La majorité des suites, qui arrivent un peu trop tard après la sortie d’un premier volet, se concentrent souvent plus sur la création d’un sentiment de nostalgie entre les personnages et les spectateurs, et de moments phares du volet précédent, mais à travers de nouvelles situations.

Bien sûr qu’il y a de la nostalgie à revoir Streep et Hathaway jouer Miranda et Andy à l’écran après vingt ans! Cela vient naturellement du long intervalle qu’il y a entre les deux films. Cela dit, ce n’est ni le but premier du scénario, ni de la panoplie de caméos qui incarnent des figures de la mode qui peuplent l’œuvre. D’ailleurs, c’est un choix qui contraste avec le premier volet, où plusieurs marques et créateurs de mode avaient refusé de participer au film, par peur de contrarier la rédactrice en chef de Vogue, Anna Wintour, qui était considérée comme la principale source d’inspiration du personnage de Miranda.

Dans le deuxième, c’est un véritable festival de figures connues – un Avengers: Endgame pour les fans du milieu de la mode!

Un scénario intelligent qui n’a pas peur de s’opposer à la consolidation des médias

Cela dit, si le scénario fonctionne autant, c’est parce qu’on a souhaité faire évoluer les personnages et montrer que les vingt années qui séparent les deux volets ont eu un impact sur leur vie. Oui, on retrouve les mêmes traits iconiques chez les protagonistes, mais au lieu de se contenter uniquement des éléments qui ont fonctionné dans le premier, Frankel et McKenna ont fait le choix de montrer comment l’évolution (ou la dévalorisation) du journalisme les affecte, non seulement sur le plan professionnel, mais aussi sur le plan personnel.

Miranda apparaît toujours autant en contrôle, mais nous commençons à voir des fissures dans sa façade. Elle s’ouvre plus gentiment à Andy et à son nouveau mari, Stuart (joué par Kenneth Branagh), que dans le premier The Devil Wears Prada, car elle se demande où s’en va son travail si tout ce qu’elle a créé est vendu à un entrepreneur qui n’a aucune connaissance de la mode et du journalisme, et qui préfère transformer Runway en un média sans réelle substance ni présence humaine…

Cet entrepreneur, incarné par Justin Theroux, est un amalgame d’Elon Musk, de Peter Thiel, de Sam Altman et de David Ellison. Il ne cache pas son désintérêt pour la mode, et il souhaite acquérir les actifs de Runway dans ses propres intérêts financiers. Et qu’arrive-t-il lorsqu’un dirigeant influent, avec de nombreux partenariats douteux, décide d’acquérir un média indépendant et de le consolider avec ses autres entreprises? Une vague massive de licenciements, certes, mais aussi une restructuration complète du média à l’image des politiques du nouveau dirigeant.

Macall Polay @ 20th Century Studios. Tous droits réservés

The Devil Wears Prada 2 démontre avec une grande exactitude comment la consolidation vient dénaturer l’indépendance et la déontologie que doit respecter un journaliste pour servir ses nouveaux dirigeants.

Une réplique qu’offre Miranda, tard dans le film, décrit très bien le manque d’empathie et de vision qu’ont les plus fortunés lorsqu’ils visent à implanter leurs propres agendas à travers des médias, qui, auparavant, désiraient informer la population avec rigueur: « You’re not a visionary. You’re a vendor » («Vous n’êtes pas un visionnaire. Vous êtes un vendeur»).

Cette seule ligne devient la thèse principale de cette suite qui, oui, arrive un peu tard, mais en a beaucoup à dire sur une industrie qui ne devrait pas être en déclin, car les gens ont besoin du journalisme dans une ère où la désinformation fleurit et où le public se méfie davantage des médias. Afin d’assurer sa pérennité, Frankel et McKenna élaborent très clairement l’idée que le journalisme doit évoluer dans un tout nouveau contexte pour survivre, tout en gardant ce qui caractérise tout travail journalistique: l’humain derrière les articles.  

Il est un peu bizarre que The Devil Wears Prada 2 véhicule un message très fort contre toute consolidation, alors que le produit lui-même est né d’une consolidation entre Disney et Fox, lorsque la compagnie, auparavant dirigée par Bob Iger, a avalé l’un des plus gros studios hollywoodiens en 2019 pour 71,3 milliards de dollars. Sans cette acquisition, il est fort probable que ce film n’existerait pas. Cependant, nul ne peut ignorer ce que véhicule une suite comme celle-ci, qui aurait pu adopter  la voie de la nostalgie et ne rien offrir de nouveau aux spectateurs.

David Frankel et Aline Brosh McKenna ont plutôt opté pour l’intelligence pour leur suite, qui satisfera les plus grands fans de The Devil Wears Prada, tout en offrant un message plus que pertinent sur l’avenir des médias, alors que ces derniers font face à une crise croissante.

Macall Polay @ 20th Century Studios. Tous droits réservés

Jamais je n’aurais cru voir un blockbuster hollywoodien aborder, avec autant de franchise, la menace croissante que pose la consolidation des entreprises durant la crise des médias. Mais The Devil Wears Prada 2 ne craint pas d’illustrer ce triste constat au public et de l’encourager à soutenir des médias indépendants afin de préserver la qualité et la rigueur qui définissent tout travail journalistique.

Est-ce que ce film, destiné à un grand public, est l’une des sorties phares de 2026? Seul le temps nous le dira. Or, il est essentiel de se rappeler que le journalisme n’est pas seulement un besoin, mais une nécessité, et ce, plus que jamais…

Le film «The Devil Wears Prada 2» en images

Par Macall Polay @ 20th Century Studios. Tous droits réservés

  • «The Devil Wears Prada 2» de David Frankel: une suite qui valait les 20 ans d’attente
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