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Crédit photo : Warner Bros. Pictures
Pendant la première séquence d’action, cela fonctionne à merveille. L’assemblage de plusieurs genres cinématographiques est tout simplement jouissif. On y reconnaît l’influence de Tarantino, certes, mais aussi l’inspiration principale de la saga Kill Bill: le cinéma du studio hongkongais Shaw Brothers.
La chorégraphie derrière la bataille entre Asia Reeves (Zazie Beetz) et un groupe de satanistes rappelle les subtilités des œuvres de kung-fu de Lau Kar-Leung. La caméra stable qui ne fait qu’observer le combat, la fluidité des mouvements corporels, le léger ton comique des expressions faciales des personnages – on croirait voir une scène sortant tout droit du dénouement de Dirty Ho. Il ne manque plus que la présence de Gordon Liu à l’écran.
Malheureusement, le film, écrit par Alex Litvak, n’arrive pas à conserver cette même énergie lorsque Sokolov commence à développer le récit. En effet, quand They Will Kill You débute, nous ne savons rien ni sur Asia Reeves ni sur le raisonnement qui la pousse à infiltrer une secte de satanistes menée par Lilith Woodhouse (Patricia Arquette).
Or, nous apprenons très rapidement que sa sœur, Maria (Myha’la), a été kidnappée par ce groupe il y a une dizaine d’années et qu’elle a été forcée de travailler dans un bâtiment présentant des similitudes très claires avec la scientologie.
Asia veut donc sauver sa sœur de ces adorateurs de Satan, mais elle ne sait pas que ceux-ci ont conclu un pacte avec le diable pour obtenir l’immortalité. Peu importe la force que met la protagoniste à tuer les membres du culte de façon excessive, cela n’a aucun impact, puisque leurs corps ont le pouvoir de se régénérer…
Asia doit rapidement s’évader de la secte avant qu’elle ne soit trouvée, car, pour maintenir leur immortalité, les satanistes doivent sacrifier son corps.
Un scénario simpliste et répétitif
Si ce n’était pas pour le jeu coloré de Zazie Beetz et le langage visuel expressif de Sokolov (et de son excellent directeur de la photographie, Isaac Bauman), They Will Kill You serait fort probablement vite oubliable. Le fait que les satanistes soient immortels et n’aient aucune faiblesse enlève toute tension dramatique aux scènes d’action et de gore.
À quoi bon mettre en scène une explosion corporelle excessive si nous avons l’intention de ressusciter un personnage à répétition? Il n’y a ni cause ni effet pour faire progresser le récit et pour motiver le spectateur à s’immerger dans l’univers qui se déploie à l’écran.
Tout ce que le réalisateur Kirill Sokolov offre, c’est une série de scènes bien filmées et chorégraphiées qui vont immédiatement perdre tout impact tangible lorsque l’on révèle l’immortalité des antagonistes . La raison pour laquelle le premier combat fonctionne, c’est bien parce que nous n’avons pas connaissance du secret de ce culte ni de leur adhésion au satanisme.
Et quand on voit des acteurs de haut niveau comme Tom Felton ou Heather Graham mourir violemment après dix minutes de film, c’est, disons, surprenant! C’est moins le cas lorsque ces derniers sont tués à l’infini. Les blagues visuelles deviennent moins divertissantes, aussi, puisqu’on ne fait que répéter la même structure: un combat hyperviolent, une mort tout aussi violente, et une résurrection morbide.
Évidemment, un film d’action qui n’a pas vraiment de chair autour de l’os n’est pas rare. John Wick: Chapter 4, en guise d’exemple, est l’équivalent de ce qu’on appelle «all killer, no filler». Il y a peu de texture derrière les personnages, mais les scènes d’action sont tellement incroyables qu’on se fout un peu du reste. They Will Kill You essaie d’utiliser cette même approche, selon laquelle l’action est l’attraction principale de l’œuvre, sans avoir besoin de développer les protagonistes ni ce qui se passe autour d’eux.
Ce n’est pas vraiment une réussite, puisque chaque scène d’action subséquente n’offre rien de nouveau aux spectateurs. John Wick: Chapter 4, pour sa part, se réinvente constamment. En effet, chaque séquence apporte quelque chose de différent. Juste le dénouement dans les rues de Paris comporte au moins quatre scènes esthétiquement uniques, chacune avec une chorégraphie distincte.
Le langage visuel de They Will Kill You est raffiné, certes, mais il manque cruellement de variété. Lorsque les inspirations stylistiques et cinématographiques ont disparu, tout finit par se ressembler, même lors d’une finale sanglante qui, au moins, tient sa promesse d’intégrer Patricia Arquette à un combat.
Zazie Beetz et Myha’la viennent à la rescousse
They Will Kill You arrive aussi en salle une semaine après la sortie de Ready or Not 2: Here I Come, qui traite sensiblement le même récit mettant en scène des sœurs qui doivent s’évader d’une secte sataniste. Heureusement, la chimie entre Zazie Beetz et Myha’la est bien plus captivante que celle entre Samara Weaving et Kathryn Newton, malgré un scénario assez faible. Les scènes d’action, malgré leur répétition, illustrent quand même bien les forces des deux actrices.
Zazie Beetz était déjà connue dans le cinéma d’action par son interprétation de Domino dans Deadpool 2, mais c’est Myha’la qui entre dans de nouveaux territoires avec sa prestation de Maria. Quoiqu’elle soit un peu sous-utilisée dans le feu du combat, nous reconnaissons le même personnage que celui de l’incroyable série Industry.
Beetz, quant à elle, fait le mieux qu’elle peut avec un personnage qui n’a pas beaucoup de développement narratif à l’issue de l’œuvre, mais qui a quand même un plaisir fou à représenter un lot d’émotions fortes à travers les confrontations sanglantes.
Après tout, les cinéastes qui ont suivi les pas de Lau Kar-Leung ont tous compris que l’action est l’émotion et la force principale de l’œuvre. Quentin Tarantino l’a si bien souligné dans Kill Bill, de même que Chad Stahelski avec John Wick: Chapter 4.
Kirill Sokolov, quant à lui, le fait dans la première scène de They Will Kill You, mais il a du mal à se réinventer par la suite. Le film reste tout de même un divertissement assez ludique, surtout dans une salle comble, faute de grands moments pour être pleinement mémorable.
Le film «They Will Kill You» de Kirill Sokolov en images
Par Warner Bros. Pictures
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