«Lettres non-écrites» au Théâtre Périscope dans le cadre du Festival Carrefour – Bible urbaine

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«Lettres non-écrites» au Théâtre Périscope dans le cadre du Festival Carrefour

«Lettres non-écrites» au Théâtre Périscope dans le cadre du Festival Carrefour

Une lettre non-écrite à un spectacle

Publié le 5 juin 2026 par Guy-Philippe Côté

Crédit photo : Simon Gosselin

Québec, le 3 juin 2026. Chères «Lettres non-écrites», tu t’appelles ainsi, et voici ton histoire, pour ceux et celles qui auraient manqué l’invitation. Depuis 2016, la compagnie française Lieux-Dits, menée par David Geselson, recueille les messages que des gens ordinaires n’ont jamais trouvé la force de transmettre – à un parent, à un amour disparu, à un enfant, à eux-mêmes. Je serai franc avec toi: je ne sais pas pourquoi je t’écris. Enfin, si. C’est toi qui m’en as donné l’idée – et parce qu’une lettre qu’on n’envoie jamais devient, de facto, la seule où l'on peut encore tout se permettre.

Tu fonctionnes ainsi: quelqu’un s’assoit avec un écrivain. Il lui raconte son histoire, et l’auteur rédige pour lui.

Pour ce passage à Québec, Carolanne Foucher et Anne-Marie Olivier ont récolté plus de quatre cents lettres auprès des résidents de la capitale depuis l’automne dernier. Ainsi, des voix d’ici rejoignent celles déjà recueillies à Paris, à Bruxelles et à New York. Chaque soir, une quinzaine sont sélectionnées le jour même et lues sur scène.

Photo: Simon Gosselin

Un dispositif d’une élégance minimaliste

Ton dispositif, quant à lui, est dépouillé jusqu’au strict nécessaire: un bureau, une imprimante et, sur la toile du fond, des centaines de courriers affichés comme autant d’existences silencieuses.

David Geselson, Carolanne Foucher et Élios Noël entrent à tour de rôle, récupèrent une lettre fraîchement tirée, et s’adressent directement à la salle. Ils ne jouent pas les gens qui ont écrit; ils leur prêtent une présence, le temps d’une lecture.

En effet, c’est une distinction importante, et les trois interprètes la tiennent avec rigueur.

Le violoncelle, ton atout inattendu

Par ailleurs, ce qui m’a le plus touché, c’est ton violoncelle. Marie-Loup Cottinet improvise entre les lectures quelque chose qui n’accompagne pas l’émotion des textes, mais qui lui répond, comme si la musique continuait à penser, là où les mots s’arrêtent.

De cette manière, c’est l’un des rares moments où tu respires vraiment.

La lettre qui m’a le plus marqué

Parmi les lettres lues ce soir-là, celle d’un petit garçon de neuf ans, qui donnait des conseils aux autres enfants seuls au monde, m’a hanté bien après la fin de la représentation.

Au-delà de sa poésie, l’imaginaire s’y dressait contre la solitude, ce qui lui permettait d’éviter l’écueil du pathétique. Par contre, j’aurais voulu m’y attarder plus longtemps.

Et c’est là que le bât blesse.

Ton problème: trop de deuils, trop vite

En rentrant, j’ai essayé de me rappeler les différents textes. Dans l’un, une femme subit une fausse couche. Dans un autre, une mère tente de réparer les ponts avec sa fille. On a même droit à l’histoire d’une personne séquestrée par erreur pendant trois heures par des motards.

Ce sont des vécus lourds, poignants — et parfois drôles, aussi —, mais aucun d’eux, finalement, ne m’est vraiment resté en tête. Quinze expériences intimes en soixante-dix minutes, c’est trop de deuils et de chagrins qui se bousculent, et ce, sans jamais vraiment s’installer.

Une sélection plus serrée — dix lettres, peut-être, avec davantage d’espace entre elles — aurait permis à chaque récit de s’ancrer dans notre esprit.

La question qui reste sans réponse

En outre, une question reste en l’air et m’a suivi jusque chez moi: une lettre que l’on confie à un inconnu pour qu’elle soit lue anonymement devant des centaines de personnes, est-ce encore une confession? Ou bien devient-elle simplement la version la plus polie de nous-mêmes, celle qu’on n’a jamais eue à défendre, parce qu’elle n’a jamais voyagé?

Tu ne t’y aventures pas. Certes, ce n’est peut-être pas ton propos, mais en l’ignorant, on a parfois l’impression que tu préfères la beauté du geste à sa profondeur.

Photo: Simon Gosselin

Verdict: tu restes une expérience à vivre

Finalement, tu portes en toi une beauté sincère et, par moments, tu es touchant au plus haut point. Si tu rejoins ceux et celles qui ont déjà gardé une lettre dans un tiroir ou une pensée au fond d’eux, cette expérience leur parlera assurément.

Tu n’es peut-être pas le spectacle qui m’a transformé, mais tu es celui qui m’a rappelé que j’ai encore une lettre à écrire.

Bien à toi,

Guy-Philippe Côté

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