«Epidermis Circus» au Théâtre Périscope à l'occasion du Festival Carrefour – Bible urbaine

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«Epidermis Circus» au Théâtre Périscope à l’occasion du Festival Carrefour

«Epidermis Circus» au Théâtre Périscope à l’occasion du Festival Carrefour

Éloge du sac de viande

Publié le 1 juin 2026 par Guy-Philippe Côté

Crédit photo : Hélène Cyr

Des mains, une table, une caméra placée au ras de la surface et un grand écran installé au centre de la salle forment tout le nécessaire pour «Epidermis Circus». La marionnettiste dano-canadienne Ingrid Hansen a conçu et interprété la pièce originale, sous la direction de Britt Small. C'est maintenant Andrée-Anne LeBlanc qui assure la production québécoise de ce cabaret, parvenant à soutirer le genre de rire incontrôlable qu'on croyait avoir définitivement perdu en entrant dans un théâtre. L'œuvre du collectif britanno-colombien SNAFU Theatre (Society of Unexpected Spectacles) était présentée jusqu'au 30 mai au Théâtre Périscope, à travers la programmation du Festival Carrefour de Québec.

Un voyage absurde et irrévérencieux

Le spectacle se déploie sous la forme d’un cabaret de marionnettes manipulées presque exclusivement avec les mains. Ne cherchez aucune véritable histoire à suivre: l’œuvre propose une succession de sketchs irrévérencieux où l’anatomie humaine sert d’unique outil comique.

Or, la morale est simple: nous sommes de simples sacs de viande propulsés dans l’immensité d’un vide cosmique. Le cabaret nous invite donc à embrasser cette étrangeté.

Autant en rire un bon coup ensemble.

Photo: Shelby Antel

La virtuosité technique au service de l’illusion

La mécanique même du spectacle repose sur un défi technique redoutable. Andrée-Anne LeBlanc travaille à vue sur le côté de la scène pendant qu’une caméra capte ses manipulations en temps réel. Le public voit ainsi deux réalités en même temps. La main nue de l’actrice travaille sur la table, alors que le personnage vivant se déploie à l’écran.

Car l’agilité de la marionnettiste relève de la précision d’un horloger. Les spectateurs perçoivent l’action en très gros plan: l’exigence devient donc totale. Le moindre mouvement mal calibré briserait l’illusion.

Néanmoins, la dextérité de l’interprète surpasse tout. Le public rit aux éclats devant ce tour de force.

Une galerie de personnages excentriques

La galerie de créatures insolites naissant sous nos yeux constitue le véritable moteur comique du spectacle.

C’est Florence Phalange qui lance les hostilités. À l’écran, les doigts repliés de l’actrice imitent parfaitement des lèvres bavardes. Cette simple main incarne soudain une maîtresse de cérémonie d’un certain âge. Ses numéros glissent invariablement vers la pornographie absurde.

Vient ensuite Bébé Tyler: deux doigts marchent sur la table en guise de minuscules jambes. Puis, une petite tête de poupée est fixée sur le dos de la main, transformant le membre en bambin imprévisible. Il prend son bain, va à la plage, puis improvise une séquence redoutable.

Dans celle-ci, il perd la tête au sens propre du terme.

Les hauts et les bas d’un cabaret éclaté

Bien que la majorité des tableaux atteignent leur cible, quelques longueurs subsistent. Par exemple, le numéro mettant en scène des oranges engagées dans une danse explicite tombe un peu à plat. Pour les autres sketchs, l’esprit de rêve éveillé rappelle l’humour de Mario la marionnette des Appendices en version bon enfant. Or, l’approche s’égare dans cette proposition précise. L’effet comique s’émousse ainsi.

Le cabaret rebondit toutefois avec d’autres trouvailles visuelles. En effet, une vache miniature multiplie les apparitions discrètes. Puis, elle devient la vedette d’un numéro final impressionnant: une ferme entière se construit à l’écran.

Tous les décors sont extraits un à un de la bouche de l’interprète. L’interaction avec le public s’avère aussi particulièrement marquante. Un bas et un sous-vêtement y vivent une tragédie amoureuse digne de l’histoire de Roméo et Juliette.

Ma propre convocation à l’avant de la scène en témoigne — je ne l’oublierai pas de sitôt.

Photo: Jam Hamidi

Un apogée visuel déconcertant

L’apogée humoristique survient lors d’un tableau inclassable. L’interprète a placé deux miroirs de chaque côté de son visage et, par un habile jeu de reflets, ses traits se sont déformés et se sont multipliés à l’écran. L’image accompagnait aussi la chanson «Chocolat» des Merkin Sisters. Ce passage, surgi de nulle part, a provoqué l’hilarité générale. Il s’impose comme le moment le plus réussi.

La structure du spectacle demeure toutefois décousue. L’ensemble baigne dans une absurdité assumée, mais ces constats découlent de la nature même du format. Epidermis Circus réussit néanmoins un pari improbable: il déclenche l’hilarité avec nos propres mains — cette partie du corps qu’on ne regarde même plus. Ces membres acquièrent ainsi une vitalité saisissante. Ils supplantent la présence de bien des acteurs en chair.

En somme, recommandé pour les spectateurs de 14 ans et plus, ce spectacle remplit sa promesse avec brio.

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