ThéâtreEntrevues
Crédit photo : Ludovic Gauthier
Une femme engagée qui a toujours rêvé d’un monde meilleur
«Le théâtre et la littérature, ce sont mes médiums. C’est ça que je faisais avant de faire de la politique. Je faisais du théâtre engagé, j’écrivais des livres, toujours sur des thèmes assez engagés», m’a avoué Catherine Dorion, rejointe au bout du fil.
Pour la femme de 43 ans, la politique, ce n’est pas une job dans un Parlement, c’est plutôt «l’espèce de lien qui se fait entre la tête pis le cœur quand tu décides de voir avec la communauté comment on va s’organiser. C’est quoi nos valeurs? C’est quoi qu’on va mettre de l’avant? C’est comment qu’on veut que ça fonctionne?»

Pour elle, c’est autant politique d’écrire que d’être à l’Assemblée nationale!
Ainsi, lorsque Martin Leclerc de Juste pour divertir l’a appelée à la fin de son mandat pour lui avouer – même si elle devait s’en douter! – que plusieurs Québécois et Québécoises avaient été touchés par sa façon de faire, pour lui, c’était une évidence: les gens en voulaient plus. Et un show de théâtre serait plus que bienvenu, selon lui. «Reviens-moi», lui avait-il dit en guise d’au revoir.
À ce moment-là, Catherine Dorion se sentait bien trop écoeurée pour dire oui. Mais après avoir terminé l’écriture de Les têtes brûlées: carnets d’espoir punk, qui raconte ses années en politique, elle a réalisé, au fond, qu’elle n’avait pas tellement envie de rester dans un «voici comment c’était». Elle précise: «Je voulais continuer de rêver avec le monde pour lui dire «voici comment ça pourrait être». Pis là, je me suis dit: «Ostie, là, il va m’avoir. Je l’ai donc rappelé».
«Peut-on encore espérer réparer le monde, ou bien tout est-il déjà foutu?»
Avec Sciences po 101 – Traité d’insoumission à l’usage du vrai monde, le trio Dorion-Massé-Gagné-Fecteau s’est donné comme mission d’écrire et de monter un show qui allait «revenir à la base de c’est quoi la politique».
Catherine Dorion explique: «La politique, de la façon dont elle nous est présentée, c’est un peu comme un spectacle où l’on est des spectateurs passifs. Oui, on vote une fois aux quatre ans, mais la plupart du temps, on reste très passifs. Pis, on se rend ben compte que ce n’est pas vraiment de la démocratie. C’est une représentation de la démocratie, mais on n’a pas l’impression d’être en démocratie.»
C’est la raison pour laquelle ils ont imaginé un spectacle hybride et participatif, situé à la frontière de la conférence et du théâtre documentaire, pour trouver une façon de savoir comment les gens du public se sentent en dedans.

De gauche à droite: Alexandre Fecteau, Catherine Dorion et Vincent Gagné-Massé. Photo: Camirand
Car comme le dit si bien Catherine Dorion: «On ne sait pas de quoi l’avenir va être fait, mais ce qu’on sait, c’est qu’on peut décider d’agir pour tenter d’influencer notre monde, plutôt que de rester comme des spectateurs.»
Et le fait d’ajouter une part d’interactions avec le public durant le spectacle – en l’invitant à applaudir ou même à voter –, c’est une façon, pour les créateurs, de rendre ce «mini peuple», comme elle se plaît à l’appeler, enfin actif. Pour vrai.
«Est-ce qu’ils sont comme nous? Est-ce qu’eux autres aussi ils sentent que notre système est déglingué et ne fonctionne plus? Ou c’est juste nous qui sommes cyniques?»
Des mots qui résonnent, au point de donner l’envie d’y croire
Catherine Dorion est catégorique: pour elle, le seul espoir réside dans l’action. «Le but, c’est même pas de croire en l’espoir pour avoir de l’optimisme; c’est se sortir du désespoir.» Et pour elle, le public a plein de moyens pour y arriver; il a juste besoin qu’on le recadre, qu’on lui ouvre les yeux.
À travers ce show d’une heure et demie, Catherine Dorion et Vincent Massé-Gagné, forts de leur vécu en politique, «[…] fouillent les manières dont le peuple pourrait transformer son sentiment d’impuissance en une puissante boussole de sens qui éloigne la peur et le raccorde à lui-même.»

Photo: Ludovic Gauthier
Celle qui admet qu’il y a quelque chose de pas très naturel avec cette idée de lire des nouvelles en continu, à l’heure où la surcharge informationnelle est à son apogée, se demande si c’est toujours possible de renouer avec ce désir qu’on a, tous et toutes, de se fabriquer un monde meilleur.
«T’sé, on ne peut pas juste être en train de s’informer. L’information, la vraie, c’est aussi comment vont mes voisins, comment va ma mère, comment vont mes enfants, comment va mon quartier, comment va ma vie, comment va ma santé mentale…»
Elle ajoute: «Je pense qu’il faut renouer avec l’actualité en chair et en os, pour recréer des liens en chair et en os, pour recréer une solidarité en chair et en os, qui va faire que, quand des p’tits maudits ou des gros maudits vont venir nous manger la laine sur le dos, eh bien, au lieu d’être désemparés devant un écran et tous divisés, on va avoir développé des liens de solidarité qui vont représenter une vraie force politique populaire.»
Un show à la limite du stand-up qui donne l’espoir d’un monde plus harmonieux
Pour celles et ceux qui se posent la question, on vous le confirme: vous allez rire un bon coup en allant voir Sciences po 101. De son propre aveu, l’ex-politicienne m’a avoué qu’elle ne se doutait pas que ça deviendrait un show d’humour!
«Oui, on avait l’intention de mettre quelques petites jokes ici et là pour que ça ne soit pas juste déprimant, car on se disait, mon Dieu, le monde va peut-être avoir envie de se tirer une balle dans la tête en sortant, mais non, on a été très étonnés du rire qui est là tout le long! Il y a quelque chose du stand-up qui est vraiment présent. On l’a découvert en le faisant.»
Mais la plus grande surprise pour Catherine Dorion et ses acolytes, ce sont les réactions du public à des moments clés du spectacle. «Chaque soir c’est une constante. On dit: Qui ici se sent impuissant par rapport à ce qui arrive?, pis tout le monde applaudit. Pis quand on dit Qui a confiance en nos systèmes politiques actuels pour nous sortir des problèmes qu’on vit actuellement?, y’a personne qui applaudit.»

Photo: Ludovic Gauthier
En tout cas, si on peut vous promettre une chose, c’est qu’après avoir vu Sciences po 101, vous allez ressortir du Grand Théâtre de Québec avec la certitude d’avoir retrouvé l’espoir. Et pourtant, comme l’avoue mon interlocutrice, Vincent et elle n’offrent pas de grandes solutions; ils ne font que recadrer nos pensées pour que les solutions apparaissent magiquement dans notre tête.
«On pense qu’on n’a pas de prise dans nos vies immédiates, mais ce qu’on réalise, c’est qu’il y a des prises partout, en fait; c’est juste qu’on ne les voit pas. On a une image bien clichée de c’est quoi s’impliquer. Souvent, c’est bien plus que de s’accrocher à sa posture morale ou à ce qui fait du sens pour nous. Ou de ne pas se laisser empoisonner dans des façons de penser qui ne sont pas les nôtres, qui veulent nous obliger à nous piler dessus, et à enlever notre temps à ceux qu’on aime pour le donner à un système qui n’a plus d’allure.»
En guise de mot de la fin, elle ajoute: «À partir du moment où on est capable de regarder en face dans quelle situation on est collectivement, c’est là qu’on commence à trouver de vraies solutions. Si on fait semblant de croire en quelque chose auquel on ne croit pas, on reste pris dans les mêmes erreurs tout le temps.»
Retrouvez sur la scène du Grand Théâtre de Québec Catherine Dorion et Vincent Massé-Gagné dans Sciences po 101 – Traité d’insoumission à l’usage du vrai monde, un spectacle drôle, intelligent et richement documenté qui vous donnera envie de redevenir l’être humain actif qui a toujours sommeillé en vous! Pour acheter vos billets, rendez-vous au www.grandtheatre.qc.ca.
*Cet article a été présenté en collaboration avec Juste pour divertir.
Le spectacle «Sciences po 101 – Traité d’insoumission à l’usage du vrai monde» en images
Par Ludovic Gauthier
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Photo: Ludovic Gauthier -
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