«Quichotte», d'après Cervantes: un tout nouvel univers à découvrir au TNM jusqu’au 6 juin – Bible urbaine

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«Quichotte», d’après Cervantes: un tout nouvel univers à découvrir au TNM jusqu’au 6 juin

«Quichotte», d’après Cervantes: un tout nouvel univers à découvrir au TNM jusqu’au 6 juin

La fiction, un réel pouvoir d’empathie

Publié le 7 mai 2026 par Jessica Samario

Crédit photo : Yves Renaud

Après avoir travaillé ensemble sur les pièces «La nuit des rois» en 2022 et «Orgueil et préjugés» en 2025, le duo de créateurs Rébecca Déraspe et Frédéric Bélanger s’unit à nouveau pour présenter une toute nouvelle version de «Quichotte» de Cervantes. Cette fois, il est un professeur de littérature trouvant refuge dans un bordel alors que la guerre éclate à l’extérieur et que tous les marginaux se font attaquer sans pitié. Cette œuvre originale sera à l'affiche du Théâtre du Nouveau Monde (TNM) avec de nouvelles supplémentaires jusqu’au 6 juin.

Un couple de création qui se renouvèle constamment

D’entrée de jeu, le metteur en scène, Frédéric Bélanger, considère sa relation de travail avec l’autrice Rébecca Déraspe comme une sorte de couple de création. Au fil des projets, ils apprennent l’un de l’autre et se complètent dans l’objectif de toujours créer le meilleur spectacle possible.

«Elle est la plume, et moi, j’essaie de mettre ses mots en images et de faire en sorte que le sens du texte se retrouve sur scène. Elle y apporte sa langue, sa curiosité, ses interrogations et ses réflexions. Moi, j’y apporte mes univers et ma fantaisie. On est toujours en dialogue», a-t-il déclaré pour commencer.

Photo: Yves Renaud

«Chaque projet a sa couleur et a rencontré des défis différents. La pièce Quichotte, c’est une collaboration qui a été très différente des autres», a ajouté sa partenaire en mentionnant que leur travail commun ne se compare pas d’un projet à l’autre, puisque c’est une nouvelle aventure toutes les fois. «Ce que j’aime beaucoup en travaillant avec Frédéric, c’est qu’il n’oublie jamais le spectateur et la spectatrice.»

Une œuvre classique réinventée de toute pièce

«Don Quichotte a été adapté souvent et on n’avait pas envie de reproduire l’œuvre. […] Ce sera l’esprit de Quichotte, mais ce ne sera pas celui qu’on a toujours connu», a expliqué le metteur en scène.

On y retrouve donc le personnage emblématique qui a cette obsession pour le rêve et l’imaginaire, mais il évoluera dans un contexte absolument nouveau. Les deux artistes tenaient à offrir une version qui porte un sens et qui résonne dans notre société d’aujourd’hui.

«Comme autrice, ma grande question était “Pourquoi on monte Quichotte aujourd’hui? ”», a confié Rébecca Déraspe. «Le mythe de Quichotte nous sert à nous reconnecter avec notre indignation. Mais cette indignation ne sert à rien si elle n’est pas organisée. Est-ce par la fiction qu’on va changer le monde? Par le militantisme? Par le journalisme en témoignant du réel? Est-ce que le réel, en ce moment, est plus porteur d’indignation que la fiction? Ce sont toutes ces questions qui ont traversé l’écriture de la pièce.»

Son collègue se posait également des questions tout au long de la création: «Quichotte est un rêveur, un idéaliste qui veut changer le monde. Tout le fantasme, l’évocation et l’imaginaire de Quichotte naviguent entre le réel et l’irréel. Où est la frontière? Qui a raison? Est-il réellement fou ou pas?»

Photo: Yves Renaud

Une distribution en pleine synergie

Le grand Quichotte sera interprété par nul autre que le comédien de renom Normand D’Amour, et sa prestation s’annonce phénoménale.

«Je le connaissais comme acteur, mais pas comme humain. Le théâtre, c’est beaucoup ça: des rencontres humaines. Quand je me suis assis avec Normand, il était déjà Quichotte. Il a une grande candeur. C’est un rêveur. […]  Au théâtre, on vit des choses intensément pendant un court laps de temps et ça brasse. Il faut beaucoup d’amour, et il faut laisser les égos de côté. J’avais l’impression que Normand avait ça en lui. Il était capable d’entrer en dialogue avec tout le monde et de faire en sorte de porter ce projet jusqu’à la fin», a révélé le metteur en scène.

Dans cette pièce, le personnage de Dulcinée, interprété par Marie-Andrée Lemieux, n’est plus qu’un mirage. On la retrouve à part entière et avec une personnalité forte.

«Dans le roman, Dulcinée n’existe pas. C’est un fantasme que Quichotte projette. C’est, pour moi, un moteur d’écriture de donner à Dulcinée un corps, un désir et une capacité de prendre des décisions et de se battre», a précisé l’autrice.

«Avec Marie-Andrée, Dulcinée ne demeure pas qu’une image; elle se tient debout et elle est prête à défendre quelque chose. Il y avait en elle une rage qui, à la fois, venait du cœur et de la tête. C’était l’égal de Quichotte, en fait», a ajouté son collègue.

Le trio principal sera complété par Benoit McGinnis dans le rôle de Sancho. Selon le metteur en scène, les autres personnages forment un chœur dans le cabaret bordel, lequel suit Quichotte dans ses aventures imaginaires. Ce chœur est composé de Debbie Lynch-White, Yann Aspirot, Marie-Pier Labrecque, Catherine Beauchemin, Métushalème Dary et de Félix Lahaye à l’interprétation. Ils seront accompagnés, sur scène, du trio de musiciens formé de Jean-Phillipe Perras, Adrien Bletton et Guido Del Fabbro.

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Photo: Yves Renaud

Certains parmi eux ont déjà collaboré avec Frédéric Bélanger et Rébecca Déraspe sur d’autres créations, et certains fouleront les planches du TNM pour la toute première fois.

«Les gens nouveaux arrivent avec leurs idées et leur façon de travailler qui bousculent, mais de façon différente, et auxquelles il faut s’adapter. Ça nous pousse à nous dépasser. C’est important de ne pas toujours recréer les mêmes choses. Par exemple, j’ai mon univers, mais ces rencontres-là nourrissent mon imaginaire», a ajouté le metteur en scène.

La frontière entre réalité et fiction

Le rôle de la fiction est au cœur de l’œuvre de Quichotte et amène une réflexion sur notre propre vision de son utilité.

«Pour moi, la fiction sert à être à l’écoute des autres et des histoires qui nous permettent d’aimer les humains. Après, je suis de moins en moins convaincue que c’est suffisant. On a aussi besoin de s’ouvrir aux témoignages du réel et d’être conscient de ce qui se passe ailleurs et à côté de chez nous aussi. On a besoin des deux», a confié Rébecca Déraspe pour partager sa perception.

«Faire du théâtre, c’est infiniment politique. Pour moi, dans cette action, il y a cette notion d’ensemble. Je pense que ça fait de nous des êtres humains qui sont plus à l’écoute. Il y a une clé là-dedans pour vivre dans un monde où l’on se tient et qu’il y a une solidarité, pas juste feinte. Pour moi, le théâtre, c’est un art particulièrement collectif, et c’est ça qui le rend éternel», a-t-elle ajouté.

Photo: Yves Renaud

«Je revendique le droit au rêve, que ce soit dans du beau ou du moins beau. Quand ça touche l’âme profondément, ça fait en sorte qu’on développe un sentiment et de l’empathie. Si tout pouvait reposer sur le verbe aimer, je pense que notre monde irait beaucoup mieux», a conclu Frédéric Bélanger.

Quichotte, cette création de Rébecca Déraspe et de Frédéric Bélanger, inspirée de l’œuvre de Cervantes, foulera les planches du Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 6 juin. Pour aller plus loin dans les réflexions et pour partager vos impressions, assistez à la représentation du 26 mai, qui sera suivie d’une rencontre avec les artistes. Place au théâtre!

*Cet article a été produit en collaboration avec le Théâtre du Nouveau Monde (TNM).

La pièce «Quichotte», d'après Cervantes, en images

Par Yves Renaud

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