ThéâtreEntrevues
Crédit photo : Danny Taillon
Une proposition qui ne se refuse pas
«Si on me veut, j’y suis!», a lancé d’emblée Muriel Dutil, une actrice d’expérience qui trempe dans le métier depuis 60 ans. Aujourd’hui âgée de 82 ans, je dois avouer qu’au premier abord, elle impressionne, puisqu’au-delà de sa belle aura, on remarque toujours, à travers ses yeux, cet éclat d’intelligence, de dynamisme et de douce folie qui pétille toujours autant.
Celle qui a joué plus de cent rôles au théâtre, à la télévision et au cinéma m’a avoué, alors qu’on venait tout juste de prendre place dans la cafétéria du théâtre, qu’elle avait hâte de commencer à jouer dans Parachute libre, puisque c’est sa quatrième collaboration avec le metteur en scène et directeur artistique Martin Faucher.

Muriel Dutil. Photo: Danny Taillon
«C’est quelqu’un de tellement enthousiaste. Il est pétillant. Et quand il donne des notes, c’est aussi un comédien, donc, il joue. C’est une pièce qu’il adore; ça se voit, ça se sent, ça se ressent».
Assis sagement aux côtés de celle qu’il a surnommé, à un moment de l’entretien, «la mastodonte du jeu», se trouvait le jeune comédien Ismaïl Zourhlal, qui m’a fait le plaisir de se joindre à nous pour une discussion qui s’annonçait déjà passionnée. Et moi, j’étais d’autant plus heureux de réunir une grande dame de théâtre et un jeune comédien prometteur.
Arrivé du Maroc en 2008 à l’âge de 9 ans, Ismaïl, depuis sa sortie de l’École nationale de théâtre du Canada, a déjà eu le privilège de côtoyer Muriel sur le plateau de tournage du long métrage Juste Xavier de Stéphane E. Roy, où elle interprétait la mamie et où il jouait un rôle secondaire. Mais comme il le dit si bien: «Le fait qu’on m’offre un rôle, c’est vraiment un cadeau!»
Le jeune comédien a d’ailleurs été content de recevoir l’appel du metteur en scène. «On dirait que c’est toujours quand je viens de me réveiller que je reçois les bonnes nouvelles par rapport à des propositions de jouer au théâtre. J’étais très heureux et honoré qu’on pense à moi. J’ai dit «oui!» directement, sans même avoir lu le texte de la pièce. On m’a dit que j’allais jouer avec Muriel et Pierrette, donc j’ai vu ça comme une opportunité d’apprendre.»
Un spectacle tout en humour, en tensions dramatiques et en rythme
Parachute libre n’est pas la pièce la plus connue du répertoire du dramaturge et scénariste américain David Lindsay-Abaire, l’un des auteurs de théâtre le plus en vogue ces dernières années. Pour ma part, je l’ai découvert avec Kimberly Akimbo, lauréat de cinq Tony Awards, au Centre Segal fin 2025, et en 2019, c’est Duceppe qui présentait Le terrier («Rabbit Hole»), avec notamment Pierrette Robitaille, au cœur de la distribution.
«J’ai tout de suite aimé l’écriture de cet auteur. L’humour, la profondeur des personnages, la surprise, cette sorte de suspens, le plaisir, la joie… Il y a, à travers ce texte, beaucoup de tendresse, beaucoup de conflits, beaucoup de dynamisme», m’a confié Mme Dutil, ravie de sa lecture de la pièce. «Et un duo avec Pierrette Robitaille… quel plaisir!»

Muriel Dutil et Pierrette Robitaille. Photo: Danny Taillon
S’il y a autant de rythme dans Parachute libre, c’est bien parce qu’on devient les spectateurs et spectatrices d’un duel aussi drôle qu’émouvant entre deux septuagénaires qui défendent chacune leur territoire. Dans l’histoire, Muriel Dutil interprète le personnage de Marilyn qui, par sa simple présence, vient perturber le quotidien d’Alice, jouée par Pierrette Robitaille.
«Ce qui est intéressant avec ces deux personnages-là, c’est qu’ils n’ont pas du tout le même caractère; ce sont des opposés. Alice Binder (la malcommode) est dans cette chambre depuis quatre ans. Elle aime le silence. Marilyn Dunne (l’enjouée), arrivée depuis tout juste trois semaines, envahit son espace. Elles n’arrêtent pas de bouger dans tous les sens comme des mouches. Les répliques sont drôles, très punchées. Et l’humour réside justement dans cette espèce de tourbillon qu’elle crée autour d’elles.»
De son côté, Ismaïl Zourhlal interprète le rôle de Sami, le préposé aux résidents. «Sami, c’est comme le petit rayon de soleil. Il est là, mais on dirait qu’il n’est pas là en même temps. Il s’occupe de tous les pensionnaires, mais j’ai l’impression que chaque porte qu’il ouvre, c’est une histoire différente. Chaque relation qu’il entretient avec chacun des personnages est personnalisée», a expliqué le comédien.
Avec ce sourire de l’acteur qui connaît de mieux en mieux son personnage, il a ajouté: «De plus, il est honnête, patient, bienveillant; c’est un joyeux luron. Lui, il pense à son amourette avec sa patronne, mademoiselle DiSalvio, et, chaque fois qu’on le pointe du doigt par rapport à ça, il réagit comme s’il essayait de cacher un secret. Mais il cache mal son jeu dans à peu près tout. En plus, l’ironie, c’est qu’en dehors de son 9 à 5, il a le désir de devenir acteur. Est-il un bon acteur, finalement? Joue-t-il bien son jeu? Ou est-ce qu’il le fait exprès?»
Tant de questions auxquelles je ne répondrai pas afin de vous laisser la surprise intacte. Or, ce que je peux vous révéler, c’est que le personnage de Sami, le troisième en importance dans ce spectacle, va devenir, directement ou indirectement, victime et/ou complice de ce duel qui oppose Alice et Marilyn, les deux résidentes. «C’est une guerre de territoires. Il y a quelque chose d’animal dans cette notion du territoire qu’elle possède chacune», a renchéri Muriel.
Où cela va-t-il les mener? Va savoir…! Je n’en sais pas plus que vous!

Geneviève Alarie, Ismaïl Zourhlal et Muriel Dutil. Photo: Danny Taillon
Une écriture remplie d’intelligence et d’humanité
Les deux acteurs s’entendent sur le fait que le caractère humain de l’écriture de David Lindsay-Abaire, qu’ils ont tous deux qualifiée d’intelligente, est l’un des points forts de ce texte. «C’est surtout parce que c’est une pièce qui traite de réalités humaines qui nous touchent tous», m’a avoué l’interprète de Marilyn.
«La beauté de ce récit, qui aurait pu se dérouler dans un tout autre contexte, c’est qu’il offre une déstigmatisation de la vieillesse, de l’âge d’or, de ces centres-là. À travers les aventures des résidents, on apprend à connaître les histoires de chacun d’eux et à évoluer avec eux», a complété Ismaïl.
Et à quoi devons-nous nous attendre exactement?
«C’est éclaté! Ça va un peu dans tous les sens, mais du bon côté. C’est une pièce tellement dynamique qu’on en voit de toutes les couleurs durant près de deux heures! C’est un show très rythmé, à l’américaine; c’est très tac au tac», promet l’interprète de Sami.
Muriel Dutil, toujours avec cet air taquin qui lui sied à merveille, s’est souvenue d’une réplique de Martin Faucher, le metteur en scène, qui définit très bien toute la vivacité et le caractère vif de la pièce que vous découvrirez très prochainement: «Rappelez-vous, on n’est pas dans un Tchekhov!»
Voilà qui est bien résumé.
Attendez-vous à vivre une montagne russe d’émotions, du 6 mai au 13 juin, en assistant à l’une des représentations de Parachute libre, pièce qui clôt la saison 2025-2026 initiée par nulle autre que Denise Filiatrault. Pour le plaisir de retrouver sur scène Muriel Dutil et Pierrette Robitaille, ainsi que Geneviève Alarie, Mathieu Gosselin, Ismaïl Zourhlal et Éric Robidoux, ça vaut déjà le déplacement! Pour acheter vos billets, visitez le www.rideauvert.qc.ca/parachute-libre/ Bon spectacle!
La pièce «Parachute libre» de David Lindsay-Abaire en images
Par Danny Taillon
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Muriel Dutil. Photo: Danny Taillon -
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