«Que notre joie demeure», une pièce révolutionnaire à voir au TNM jusqu’au 19 avril – Bible urbaine

ThéâtreEntrevues

«Que notre joie demeure», une pièce révolutionnaire à voir au TNM jusqu’au 19 avril

«Que notre joie demeure», une pièce révolutionnaire à voir au TNM jusqu’au 19 avril

Déconstruire des concepts de notre société pour tendre vers une évolution

Publié le 19 mars 2026 par Jessica Samario

Crédit photo : Yves Renaud

Le roman à succès «Que notre joie demeure» de Kev Lambert raconte la chute d'un personnage féminin iconique œuvrant dans le milieu de l'architecture. Une adaptation de cette histoire, mise en scène par Maxime Carbonneau et Laurence Dauphinais, est actuellement présentée sur les planches du Théâtre du Nouveau Monde avec de nouvelles supplémentaires jusqu’au 19 avril. J’ai eu la chance d’en discuter avec le duo de créateurs pour en apprendre davantage sur leur vision de ce récit fascinant.

Publié chez Héliotrope en 2022, le roman Que notre joie demeure plonge son lectorat dans l’univers du personnage de Céline Wachowski, une architecte montréalaise de renommée internationale qui est devenue une célébrité parmi les plus riches au monde.

Alors, qu’elle entame un premier grand projet pour Montréal, peu avant sa retraite, un scandale médiatique fait basculer sa réputation. On lui jette une cible sur le dos et on l’accuse de faire partie de la source de nombreux enjeux de société, dont l’embourgeoisement et la discrimination.

À gauche: Maxime Carbonneau. Photo: Guillaume Boucher. À droite: Laurence Dauphinais. Photo: Eva-Maude TC

Un duo qui se complète dans ses multiples interprétations de l’art

D’abord formés comme comédien et comédienne, Maxime Carbonneau et Laurence Dauphinais partagent le travail d’adaptation et de mise en scène de projets depuis plus de dix ans. Ils ont notamment collaboré sur les pièces Si jamais vous nous écoutez, Siri et iShow.

«Avec le temps, on a forgé nos idéaux de ce que devrait être le théâtre, celui qui nous appelle l’un et l’autre et qui est devenu assez complémentaire. Alors, quand on est dans l’écriture, c’est un même cerveau qui collabore. […] C’est aussi un acte politique de collaborer dans un monde qui cherche à créer des figures d’artistes solistes, qui ont une vision du spectacle à l’intérieur de leur tête comme s’il n’y avait aucun collaborateur», a confié Maxime Carbonneau.

Laurence Dauphinais pense également que cette relation de travail nourrit leur imaginaire à travers le temps: «On est la somme de nos influences, du talent des gens qui nous entourent, et au final de leur intelligence. C’est ça que je trouve beau. J’ai l’impression que le fait d’avoir eu Maxime dans ma vie depuis si longtemps et d’avoir fait autant de projets difficiles, ça a fait en sorte que mon cerveau, ma réflexion sur l’art, sur la création, s’est forgée à ses côtés. C’est une richesse infinie.»

Photo: Yves Renaud

Le féminisme dans toute sa complexité

Parmi les nombreux thèmes abordés à travers cette œuvre, on ne peut passer à côté du féminisme et des enjeux que les femmes de pouvoir peuvent rencontrer dans leur carrière.

«En lisant le roman, le premier constat qu’on a fait, c’est qu’il y a très peu de personnages féminins aussi forts et articulés dans la dramaturgie québécoise contemporaine. Une femme qui a toujours eu des valeurs progressistes, féministes, d’inclusion et d’accessibilité à la beauté, se retrouve dans une position d’extrême puissance, et ça vient créer un contrepoint qui fait qu’on se pose des questions en tant que spectateur. Peut-on garder ses valeurs en jouissant du meilleur et du pire du système capitaliste, qui est basé sur des systèmes de pression et d’exploitation?», s’interroge le metteur en scène.

«Céline a eu envie d’accéder à une position de pouvoir, de puissance, une position décisionnelle où elle pourrait rayonner dans toute sa complexité et son intelligence, mais le fait qu’elle soit une femme, ça fait en sorte qu’on a des attentes envers elle qui sont beaucoup plus élevées que celles qu’on aurait eues pour des hommes puissants. Une mauvaise décision fait qu’elle chute, alors qu’on voit des hommes puissants partout sur la planète qui prennent de mauvaises décisions sans chuter de la même manière», a ajouté sa collègue.

Photo: Yves Renaud

Une adaptation accessible et unique en soi

Il faut savoir que l’œuvre percutante de Kev Lambert se lit majoritairement sous la forme de monologues. On y voyage à travers les pensées de chacun des personnages, qui sont tout aussi complexes les uns que les autres, et on y retrouve des dialogues seulement ici et là.

Même s’il voulait, au départ, rester le plus fidèle possible au texte, le duo de metteurs en scène s’est entendu avec l’autrice pour en modifier la forme et prendre plusieurs libertés adaptées à la scène.

«La plume de Kev est exceptionnelle, et on voulait lui rendre hommage, mais à partir du moment où on a eu sa bénédiction, on a fait le choix de créer des scènes qui n’existent pas dans le roman. En effet, on voulait aller plus loin dans le dialogue, et ça nous a fait réaliser que, dans le fond, c’est un thriller, cette histoire-là», a confié Laurence Dauphinais. «Il y a eu une mode de romans narrés au théâtre dans les dernières années, et c’était assez évident, pour nous, que ce n’était pas la direction à adopter pour ce projet. L’histoire aborde de grandes questions de société brûlantes, comme l’embourgeoisement, l’accessibilité au logement, la répartition des richesses et la taxation des gens hyper riches. Il ne fallait pas créer de distance entre le public et l’œuvre.»

«Dans ce roman, il y a à la fois la beauté de la langue de Kev, mais aussi un niveau de difficulté qui ne rend pas son œuvre accessible à tout le monde. Le théâtre permet cette accessibilité, puisqu’on est habitués de voir des gens dialoguer», a renchéri Maxime Carbonneau, avant d’enchaîner avec les autres différences que le public pourra observer dans la pièce.

«On a décidé de créer une nouvelle chronologie qui est en circonvolution temporelle et qui décline une soirée en plusieurs événements. C’est très biographique comment les personnages sont racontés dans le roman et, dans notre cas, ça nous a amenés à parfois inventer des personnages, à en fusionner et à donner énormément d’ampleur à certains qui sont seulement mentionnés.»

Photo: Yves Renaud

Une distribution fidèle à la grandeur de l’œuvre

C’est la talentueuse Anne Dorval qui incarnera le personnage de la fameuse Céline Wachowski, une actrice de renom avec laquelle les créateurs de la pièce ont développé une chimie indescriptible.

«C’est une actrice d’une telle intelligence et d’une telle rigueur. On se retrouve et on se reconnaît dans notre acharnement à vouloir pousser le plus loin possible notre art», a confié Maxime Carbonneau.

«Elle est rentrée dans ce projet-là avec une soif et une curiosité. Elle était une conseillère dramaturgique exceptionnelle pour nous, parce que, tout au long de l’écriture de la pièce, elle retournait dans le roman. C’était tellement important pour elle de rendre justice à toute la complexité des personnages. C’est vraiment beau de la voir faire et de la voir dévorer Céline Wachowski», a complété Laurence Dauphinais.

Elle se retrouvera sur scène aux côtés de dix interprètes qui jongleront avec plusieurs rôles: Hugo B. Lefort, Dany Boudreault, Louise Cardinal, Philippe Cousineau, Macha Limonchik, Iannicko N’Doua, Marc-Antoine Sinibaldi, Zoé Tremblay-Bianco, Russel Yuen et Mounia Zahzam.

«On a une sensibilité envers les interprètes et, de savoir pour qui on écrit, ça nous nourrit énormément. On les entend, on les voit, et on a un désir de les amener dans des endroits. Ça nous inspire et ça devient comme une nouvelle matière à côté du roman», a expliqué Maxime.

«C’est une distribution très forte: ce sont des gens qui ont des propositions franches, surprenantes, et une théâtralité qu’on aime, Maxime et moi. Tout le monde semble heureux de faire partie de l’équipe, et l’énergie est très belle», a repris Laurence avec enthousiasme.

Photo: Yves Renaud

L’élégance et la modernité sur scène

Puisque l’histoire se situe à la fois dans des soirées mondaines de gens célèbres ainsi que dans des bureaux de grands architectes, les décors devaient être élaborés avec soin.

«On a réfléchi à ces notions de beauté, de verticalité et d’audace. Donc, on est allés vers une proposition qui fait penser à une espèce de page blanche qui peut permettre différentes choses, notamment sculpter l’espace avec beaucoup d’élégance et de mouvement, ce qui peut rappeler les maquettes d’architecture», a commenté Laurence pour décrire l’ambiance sur scène.

Elle ajoute que la collaboration de toute l’équipe de concepteurs a été magnifique et essentielle au projet, avec Stéphanie Capistran-Lalonde leur assistante, Geneviève Lizotte à la scénographie, Julie Basse aux éclairages, Félix Fradet-Faguy à la conception vidéo, Antoine Bédard à la trame sonore, Marie-Chantale Vaillancourt et Julia Metzge aux costumes, Justine Denoncourt-Bélanger au maquillage, Marie-Ève Fortier aux accessoires, Anne Thériault au conseil au mouvement, Christian Fortin comme conseiller dramaturgique et Denis Parent aux perruques.

«Denis a un stock de perruques de cheveux naturels exceptionnel et il nous a donné accès à tout ça avec beaucoup de générosité. On avait à peu près cent personnages à rendre avec onze interprètes. Ça fait toute la différence du monde!»

Photo: Yves Renaud

Un dialogue nécessaire pour amorcer un changement

Maxime Carbonneau aimerait que la pièce permette au public de voir le monde actuel sous un autre angle: «En assistant à la chute de Céline Wachowski, on voit les failles du système dans lequel on a tous grandi et des modèles de pouvoir qui nous ont été offerts. J’espère que l’imaginaire des spectatrices et des spectateurs va trouver son chemin pour se dire qu’il est possible d’imaginer un autre monde et qu’on n’est pas juste la courroie de transmission.»

«Céline est un personnage avec une vraie radicalité et un esprit révolutionnaire, même si c’est une multimilliardaire, et ça, c’est un paradoxe très intéressant. J’aimerais que les gens se questionnent là-dessus: on peut, comme société, se remettre en question sur des choses qu’on tient pour acquises», a conclu Laurence Dauphinais.

Pour compléter l’expérience et pour pousser la réflexion encore plus loin, vous pourrez vous joindre à la Table ronde intitulée Que notre œuvre commune demeure, qui aura lieu le 9 avril à 17 h au TNM. Animée par Sonia Blank, architecte et doctorante à l’Université McGill, la discussion creusera les thèmes abordés dans la pièce en compagnie d’intervenants du milieu, notamment des représentants d’Architecture Sans Frontières Québec et de la revue d’architecture Kollectif.

«Ça fait partie de nos démarches d’essayer de tendre le plus de perches pour avoir un dialogue citoyen autour des œuvres et qu’elles ne soient pas seules et autosuffisantes en discours, mais qu’il y ait un réel espace pour échanger et creuser les questions qui sont soulevées par la pièce», a ajouté Maxime Carbonneau en invitant le public à se joindre à la discussion.

Adaptée et mise en scène par Maxime Carbonneau et Laurence Dauphinais, la pièce Que notre joie demeure sera présentée au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 19 avril. Si le cœur vous en dit, profitez également de la rencontre avec les artistes après la représentation du 31 mars. Participez à cette réflexion et déchiffrez vous-même la grande Céline Wachowski! Et vous, que pensez-vous du droit à la beauté?

*Cet article a été produit en collaboration avec le Théâtre du Nouveau Monde (TNM).

La pièce «Que notre joie demeure» de Kev Lambert en images

Par Yves Renaud

  • «Que notre joie demeure», une pièce révolutionnaire à voir au TNM jusqu’au 19 avril
  • «Que notre joie demeure», une pièce révolutionnaire à voir au TNM jusqu’au 19 avril
  • «Que notre joie demeure», une pièce révolutionnaire à voir au TNM jusqu’au 19 avril
  • «Que notre joie demeure», une pièce révolutionnaire à voir au TNM jusqu’au 19 avril
  • «Que notre joie demeure», une pièce révolutionnaire à voir au TNM jusqu’au 19 avril
  • «Que notre joie demeure», une pièce révolutionnaire à voir au TNM jusqu’au 19 avril
  • «Que notre joie demeure», une pièce révolutionnaire à voir au TNM jusqu’au 19 avril
  • «Que notre joie demeure», une pièce révolutionnaire à voir au TNM jusqu’au 19 avril
  • «Que notre joie demeure», une pièce révolutionnaire à voir au TNM jusqu’au 19 avril
  • «Que notre joie demeure», une pièce révolutionnaire à voir au TNM jusqu’au 19 avril

Nos recommandations :

Vos commentaires

Revenir au début