«Glenn Gould, naissance d’un prodige», une pièce psychologique sur l’art à voir au Théâtre du Rideau Vert – Bible urbaine

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«Glenn Gould, naissance d’un prodige», une pièce psychologique sur l’art à voir au Théâtre du Rideau Vert

«Glenn Gould, naissance d’un prodige», une pièce psychologique sur l’art à voir au Théâtre du Rideau Vert

Exceller, mais à quel prix?

Publié le 18 mars 2026 par Jessica Samario

Crédit photo : Danny Taillon

Comme deuxième pièce de la saison hivernale, le Théâtre du Rideau Vert présente, jusqu’au 18 avril, «Glenn Gould, naissance d’un prodige», une adaptation québécoise d’Emmanuel Reichenbach mise en scène par Frédéric Bélanger. Basée sur la pièce d’Ivan Calbérac, cette œuvre s’intéresse surtout à la vie personnelle du pianiste torontois de renommée mondiale, qui vivait avec une immense pression artistique ainsi que des obsessions hypocondriaques. J’ai eu la chance d’en discuter avec le metteur en scène ainsi qu’avec l’interprète de Glenn Gould, Maxime de Cotret.

L’art à la fois grandiose et éphémère

Cette adaptation québécoise veut montrer l’envers du décor de l’artiste. On met la lumière sur la relation qu’il entretient avec son art, ainsi que la relation complexe qu’il a entretenue avec ses parents, surtout sa mère, qui a tout fait pour lui imposer le succès.

Cette pièce fictive, basée sur l’histoire d’un véritable artiste, sortait le metteur en scène de sa zone de confort. Il a donc trouvé un angle intéressant de cette œuvre pour mieux se l’approprier.

Photo: Danny Taillon

«C’est pour ça que j’ai exigé qu’il y ait un musicien sur scène, qu’on sorte du réalisme et qu’il y ait une poésie qui embarque. C’est ça que j’ai envie de dire et qui fait que je m’amuse avec les interprètes en répétition. Est-ce que ça se démarque de ce que j’ai fait avant? Je ne pourrais pas le dire, parce que j’essaie d’être moi, en fait», a admis Frédéric Bélanger, en pensant à voix haute à la genèse du projet.

Travailler sur cette création a fait réfléchir les deux artistes au temps qui passe et aux artistes populaires à travers le monde qui seront de parfaits inconnus pour les générations futures, un peu comme Glenn Gould aujourd’hui.

Ils se sont aussi intéressés à cette pression intense qui vient avec une célébrité phénoménale.

Glenn Gould, un artiste bien mystérieux

«Ce qui est intéressant avec Glenn Gould, c’est que c’est un artiste entier. Ce n’est pas qu’il ne voulait pas faire de concession, mais il était bien seulement quand il avait le contrôle de son art et de sa musique en studio, et non en concert. […] On se demande alors si l’artiste a besoin de répondre à tous les spectres qu’on lui impose. Est-ce qu’il peut réussir à rayonner en ne se dénaturant pas et en faisant uniquement ce qu’il aime?», s’est demandé le metteur en scène.

Ces questionnements nécessaires témoignent autant d’enjeux dans le milieu culturel que d’enjeux au sein de la société. Pourquoi un artiste devrait-il se conformer aux attentes des agences et du public? Cela ne va pas à l’encontre de l’art en soi? Glenn Gould incarne en quelque sorte ce débat qui traverse le temps.

«Je pense que son hypocondrie et son désir de ne pas être sur scène ont eu raison de lui, et que cette pression qu’il se donnait pour essayer de trouver ce qu’était l’art était toujours omniprésente. Cette grande question qui est techniquement infaillible», a commenté à son tour l’interprète. «Son doigté et la façon dont il réussissait à véhiculer la musique, cette rapidité physique qu’il était capable d’avoir, pour moi, c’est une autre sorte de langage, probablement celui qui est le plus clair pour lui. C’est son corps qui s’exprimait par ses doigts!»

Photo: Danny Taillon

C’est pourquoi le deuxième interprète de Glenn Gould, Gaël Lane Lépine, est aussi essentiel sur scène. De cette façon, le personnage est séparé en deux pour s’exprimer dans deux langages distincts: les paroles et la musique. Ce personnage énigmatique représente un beau défi à jouer et, selon Maxime de Cotret, c’est un travail d’équipe de faire ressentir au public qui il était, tant à travers son attitude, ce qu’il dégage, que dans ses interactions.

«Il ne faut pas caricaturer quoi que ce soit. Il faut plutôt laisser la place à Glenn Gould. C’est-à-dire que les mots ont été choisis par l’auteur et que ce n’est pas à moi de trouver le sens du personnage. On le trouve ensemble dans le travail qu’on a fait en salle de répétition avec les collègues. On fait apparaître une aura de mystère quand même un peu plus palpable de ce qu’a été Glenn et de ce qui va rester de lui. Au final, ce sont eux qui viennent ponctuer toute l’histoire, qui donnent la substance à Glenn, car sans les autres, sans sa mère, il ne se serait jamais révélé», a-t-il déclaré.

Maxime de Cotret partage la scène avec Danielle Proulx, Henri Chassé, Étienne Pilon, François-Simon Poirier et Catherine Renaud.

Les frontières floues entre l’amour et l’ambition

On parle beaucoup de la relation de Glenn Gould avec sa mère, Flora (Danielle Proulx), puisqu’elle démontre une dualité saisissante: l’amour et l’acharnement, en quelque sorte. Cette pression vers le succès soulève des questions morales sur la façon d’élever son enfant, même si c’est pour son bonheur. Est-ce vraiment le cas? Le débat serait sans fin.

«Ses parents voulaient transmettre leur passion de la musique à leur fils et, dès son plus jeune âge, ils ont vu sa douance. Ils avaient une conviction sans faille que c’était le musicien de l’heure. Est-ce correct ou non de l’avoir poussé autant vers le succès? Je ne crois pas qu’il y ait de bonne ou de mauvaise réponse à cette question. Quand on voit un potentiel chez quelqu’un, surtout chez son enfant qu’on aime plus que tout et qu’on veut voir réussir, jusqu’où est-on prêt à aller?», interroge Frédéric Bélanger.

«Flora a tout misé sur le talent de Glenn, car elle voulait percer aussi, mais il avait plus l’étoffe d’un artiste qu’elle. C’était plus facile pour un homme à l’époque. Force est d’admettre qu’elle n’a pas fait ça pour rien. Est-ce qu’il aurait été différent sans sa mère? Assurément, mais que serait-il devenu? Lui-même le dit, dans la pièce, qu’il n’aurait été personne. Si c’est vrai, on ne le saura jamais, parce que c’est le chemin qui a été emprunté pour lui», ajoute Maxime de Cotret.

Photo: Danny Taillon

Une scène fidèle à l’époque

La mise en scène fera voyager le public dans le temps, mais aussi à travers l’énergie de l’artiste et de sa musique.

«Le défi, c’est de traverser les époques des années 1940 aux années 1980. Comme il y a beaucoup de lieux dans la pièce, on est partis dans les photos d’archives, avec Francis Farley-Lemieux, concepteur des décors, pour voir où il était bien. On a donc essayé de créer un mélange entre son studio et sa maison», a expliqué le metteur en scène.

«Et on a voulu avoir les deux Glenn sur scène: Maxime et Gaël, qui est son homologue musicien, qui accompagne les acteurs. Deux pianos se trouvent dans deux univers différents, soit celui dans le studio et celui à l’extérieur, et les deux se répondent. C’est comme un miroir.»

«C’est très chaleureux. C’est vraiment un spectacle analogue; il n’y a presque rien de digital. Cette chaleur-là, cette richesse-là à l’œil et au son, on dirait que ça représente un retour à l’essentiel», ajoute le comédien.

Non seulement on retrouvera l’aspect vintage dans les décors, mais aussi dans les costumes élégants. Selon les deux artistes, Glenn Gould avait son style bien à lui, qui était à la fois «moderne et un peu rebelle».

L’humanité et l’empathie au cœur de l’œuvre

«J’aimerais que le public ressente une profonde empathie pour la différence, qu’il soit plus à l’écoute de son contresens intérieur, car je pense qu’il y a tellement de monde qui se ment en n’étant pas qui il veut être. J’aimerais aussi que ce décalage et cette affirmation de soi prennent le dessus», a révélé Maxime de Cotret en réfléchissant au sens de la pièce.

Photo: Danny Taillon

«On a travaillé sur l’humanité avant tout pour ne pas condamner les personnages, que ce soit la mère, le père ou Jessie. Il y a une empathie à développer et de l’amour. Ce sont des êtres complexes qui essaient d’évoluer et d’avancer. C’est ce qu’on a envie que les gens ressentent le plus, qu’ils se laissent bercer par cette histoire aussi. Ce sont des humains qui sont devant nous et qui nous racontent une histoire qui est profondément vraie. Chaque spectatrice et chaque spectateur a sa propre clé pour interpréter le spectacle. Et si ça déclenche une curiosité pour Glenn Gould et qu’ils écoutent sa musique aussi, c’est tant mieux», a conclu Frédéric Bélanger en exprimant ses intentions artistiques.

En somme, cette pièce promet un beau moment de théâtre, tant pour la beauté de la musique jouée que pour son décor, que par l’interprétation de personnages complexes et les réflexions qu’elle soulève.

La pièce Glenn Gould, naissance d’un prodige, mise en scène par Frédéric Bélanger, foulera les planches du Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 18 avril. Choisissez vos billets en ligne et prenez note que la représentation du 26 mars sera suivie d’une causerie en compagnie des artistes, que celles du 15 et du 17 avril se feront en théâtrodescription. De plus, celle du 17 avril sera traduite en langue des signes québécoise et, finalement, celle du 16 avril sera présentée avec surtitrage codé en français. Sur ce, bon spectacle!

La pièce «Glenn Gould, naissance d’un prodige» en images

Par Danny Taillon

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