ThéâtreCritiques de théâtre
Crédit photo : Frédérique Ménard-Aubin
«À partir du mois de septembre l’année dernière, je n’ai plus rien fait d’autre qu’attendre un homme: qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi.»
Dans la pénombre se dessine la silhouette de l’actrice. Assise sur une chaise, elle enfile ses escarpins lentement avec une précision chirurgicale. Ce tableau d’une beauté indéniable ouvre la pièce et donne le rythme à la prochaine heure et quart à laquelle le public assistera.
Chaque geste de la comédienne est minutieusement chorégraphié. Malgré cette volonté d’insuffler du mouvement, la proposition dans son ensemble demeure statique.

Photo: Frédérique Ménard-Aubin
Ce choix est régi par une volonté de ne pas polluer le récit intime d’affects superflus et laisser émerger chez les spectateur·rices leurs propres ressentis. Pour ma part, j’ai souri à certaines blagues légères et grivoises. Je reconnais la beauté de l’œuvre et la performance de l’actrice pour sa capacité de mémorisation, mais j’ai trouvé le tout monotone.
En fait, je me demande en quoi il s’agit d’une adaptation théâtrale lorsqu’un texte littéraire est déclamé intégralement? Pour celles et ceux qui ont lu le livre, quelle est la valeur ajoutée d’assister à la représentation scénique?
Minimalisme, le mot d’ordre
Pas de flafla non plus du côté de la scénographie. L’actrice semble cloîtrée dans une boîte en bois évoquant le carcan dans lequel elle se vautre, se soumettant à l’attente de son amant. Un homme marié des pays de l’Est qu’elle compare au séduisant Alain Delon, bien qu’il soit plutôt rustre et vulgaire.
Des images évanescentes de corps nus sont projetées sur un écran à l’arrière, se déformant et devenant floues et abstraites. Elles évoquent le souvenir d’ébats sexuels et teintent le récit d’une nonchalance sensuelle.
Malgré ces effets visuels, on ne peut détourner les yeux de l’actrice à la beauté classique, au jeu tout en douceur et en réserve. Vêtue d’une robe noire en apparence hostile, elle transpire l’incandescence.
Oui, je sais. Je reviens encore et toujours à Julie Le Breton, mais c’est pour elle que le public se déplace au Quat’Sous. Et les honneurs qui lui sont dédiés sont amplement mérités.
Une pièce d’actualité?
Par le passé, on a reproché à l’écrivaine Annie Ernaux, pourtant une grande intellectuelle, le récit de cette passion obsessionnelle, comme si elle bafouait ses convictions féministes. Comme si elle se soumettait volontairement au contrôle d’un homme et reniait son indépendance.

Photo: Frédérique Ménard-Aubin
Pourtant, n’y a-t-il pas plus universel comme thème dans la littérature féminine que ce temps mis en suspens pour un homme?
Je crois que le sujet est encore très actuel, bien qu’en 1992, on ne baignait pas encore dans l’ère numérique, et qu’aimer au temps des réseaux sociaux ajoute une coche d’angoisse de plus aujourd’hui.
Ceci dit, le passage du récit à la scène aurait-il pu être teinté d’un peu plus de dynamisme, sans nécessairement basculer dans le larmoiement ou altérer l’écriture sublime d’Ernaux? Je pose la question.
La pièce «Passion simple» au Théâtre de Quat'Sous en images
Par Frédérique Ménard-Aubin
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Photo: Frédérique Ménard-Aubin -
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