«Nomme-moé» à l'ESPACE GO: féminisme et humour absurde, un duo gagnant? – Bible urbaine

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«Nomme-moé» à l’ESPACE GO: féminisme et humour absurde, un duo gagnant?

«Nomme-moé» à l’ESPACE GO: féminisme et humour absurde, un duo gagnant?

Une histoire d'amitié drôle et touchante

Publié le 10 mars 2026 par Edith Malo

Crédit photo : Marie-Andrée Lemire

L'ESPACE GO présente, jusqu'au 21 mars, «Nomme-moé», une pièce pour le moins insolite où les enjeux de féminisme sont enrobés d'un humour déjanté et irrévérencieux. Portée par un duo d'actrices sensibles et hilarantes, Myriam Fournier («Avant le crash») et Elisabeth Sirois («Sorcières»), auxquelles se joint Sharon James, connue, notamment pour ses prestations musicales dans «Mamma Mia!» et «Le Bodyguard», cette coproduction du Théâtre de l'Opsis risque fort de déstabiliser le public. Attention, ovni théâtral à bâbord!

Alors qu’elles marchent dans la rue, Chloé et Ève, deux amies aux antipodes l’une de l’autre, sont témoins d’un accident. Fortement ébranlées, elles tentent de se changer les idées en jouant au jeu Nomme-moé. En apparence insignifiant, le concept de ce jeu consiste à nommer un certain nombre de choses sur un sujet donné. Par exemple, «Nomme-moé cinq raisons de tromper ton chum» ou «Nomme-moé dix marques de dentifrice».

Lentement, les questions basculent vers des sujets plus tabous: «Nomme-moé cinq chanteurs qui ont violé des femmes». Sur un ton humoristique, parfois grossier, on rit jaune ou à gorge déployée, abasourdie par un langage cru et direct. Cependant, on saisit parfois mal l’approche de certains sujets, notamment ce name dropping de chanteurs. Les personnages cafouillent pour démystifier la nature des actes qui sont reprochés à ces hommes, jouant sur la mince ligne de ce qui est permis de dire.

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Photo: Marie-Andrée Lemire

Où cela va-t-il? On l’ignore.

Le texte ratisse large en repoussant les limites. Par exemple, l’énoncé «Nomme-moé cinq exemples d’appropriation culturelle», semble présent dans le texte seulement pour justifier l’entrée en scène d’Erica (Sharon James), une maquilleuse professionnelle venue leur donner un tutoriel.

Son apparition spontanée et abracadabrante est à l’image d’une structure peut-être volontairement décousue. Ainsi, il est préférable de plonger dans la proposition sans trop se poser de questions. Ceci dit, elle amène l’un des thèmes centraux de la pièce: la représentation de la femme avec les stéréotypes de beauté qu’on veut lui apposer.

Effleurer le sujet du féminisme

La comédienne Elisabeth Sirois signe ici un texte à la fois décapant, saugrenu et surprenant. La fin, pour le moins inattendue, risque de vous jeter à terre. Ceci dit, avec une phrase d’accroche comme: «Peut-on dénoncer des diktats féminins sans être décriée comme étant contre-solidaire?», je me serais attendue à un parti pris plus féroce et assumé.

Toutefois, le texte demeure souvent en surface, sans présenter de réel argumentaire.

Bien sûr, la pièce cible un enjeu majeur, soit la représentation de la femme dans la publicité et les magazines, ainsi que cette pression de performer l’image de soi féminine en s’aliénant des standards de beauté commandités par les industries de mode et de cosmétiques. Ça, c’est réussi, bien que volontairement grotesque. 

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Photo: Marie-Andrée Lemire

En effet, à la mise en scène, on reconnaît la signature du talentueux Olivier Morin (Théâtre du Futur), maître des codes de l’absurde. La scène du maquillage est particulièrement réussie en termes de procédés scéniques hilarants. Eve, qui a accepté d’être le cobaye de la maquilleuse, voit son image projetée sur un écran. Erica lui saupoudre la face à grandes pelletées de fard trop foncé pour son teint. On ne sait plus où regarder: la scène, ou la projection des simagrées de la désopilante Elisabeth Sirois?

Cette dernière est d’ailleurs MA découverte. Sa dégaine frondeuse, son apparence fruste et son langage vulgaire et irrévérencieux sont rafraîchissants et tellement drôles. Elle vole le show!

Bien que l’humour absurde soit à son paroxysme dans cette pièce, les deux amies auront un choix déchirant à faire, et c’est ce qui nous donnera accès à leur fragilité et à leur sensibilité.

L’amitié au féminin: LE thème gagnant

La pièce Nomme-moé repose sur l’interprétation de deux actrices complices, le Yin et le Yang. Eve, plus cinglante et sans filtre, qui dit haut et fort ce qu’on préfère taire (et, maudit que ça fait du bien!) C’est la seule, en fait, qui dénonce les diktats de beauté.

Chloé (Myriam Fournier), elle, est tout le contraire de son amie: mariée, mère de deux enfants, rayonnante, élégante et distinguée, mais visiblement excédée par cette vie léchée et en apparence parfaite. À la fois naïve et candide, elle lâche avec parcimonie sa verve mordante, demeurant toujours sur la ligne du politiquement correct.

Leurs personnalités contrastées et très caricaturales, ainsi que leurs échanges moqueurs, sont non seulement drôles, mais fort attachants.

Ainsi, ces femmes défilent sous nos yeux, dans un décor simpliste, qui pourrait évoquer un catwalk, peut-être même un pont vers un autre monde… Je n’en dis pas plus.

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Photo: Marie-Andrée Lemire

En somme, leur amitié, qu’elles qualifient elles-mêmes d’improbable, est, à mon humble avis, là où se loge le véritable succès de cette pièce, qui est loin d’être moralisatrice ou à mission éducative. Au contraire, on dirait qu’elles rient de nous, de notre propension à jouer les chiens de poche, à se laisser dicter des tutos broche à foin pour se grimer la face.

Mais c’est quoi la solution, au final? La pièce ne propose aucune réponse. Elle lance dans l’univers des questions, et c’est à nous de nous arranger avec ça.

Une chose est sûre, on ressort de l’ESPACE GO avec des anecdotes truculentes à partager, en riant entre nous de cet objet théâtral excentrique. Et les gens en parlent à la sortie de la salle, croyez-moi.

La pièce «Nomme-moé» à l'ESPACE GO en images

Par Marie-Andrée Lemire

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