ThéâtreCritiques de théâtre
Crédit photo : Valérie Remise
C’est ce roman que Denis Marleau a adapté et mis en scène pour la salle Michelle-Rossignol du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, et c’est l’un des spectacles qui constitue une fort belle fin de saison à Montréal.
C’est aussi un solo qu’interprète avec beaucoup d’aplomb Mani Soleymanlou, qui agit à la fois comme maître de cérémonie, hôte et narrateur. Mais aussi comme une doublure de Gil, dans des projections vidéo aussi loufoques que sympathiques, dans lesquelles il porte une perruque et roule ses R.

Photo: Valérie Remise
Ce qui saute aux yeux, dans cette traversée effrénée du territoire, c’est que Gil visite beaucoup de pays européens à un moment charnière de leur histoire, frôle de près quelques mouvements politiques et citoyens, sans être pleinement conscient de leur importance névralgique. Mais peut-on l’en blâmer? Dans l’effervescence du mouvement et de la découverte, on a rarement le temps d’opérer un certain recul et de plonger dans les subtilités de l’histoire.
Ce contexte, c’est le fils qui nous le fournit après avoir analysé et poétisé non seulement les innombrables cartes postales destinées à une jeune femme rencontrée au pavillon allemand d’Expo 67 quelques semaines avant son départ, mais aussi les quelques lettres où il s’inquiète de leur futur potentiel.
Un devoir de mémoire
Olivier Kemeid rend hommage à son père, mais il a pris le parti de ne pas embellir ou maquiller son propos. Gil est là dans toute sa frivolité, préjugés inclus. Il se fâche d’être dans l’impossibilité de se déplacer en France, alors qu’a lieu un mouvement social incontournable: «Les Français sont parmi les gens les plus stupides de la Terre»,
Cet hommage est, disons-le, émouvant. Soleymanlou, lui-même tiraillé dans son œuvre par les questions identitaires qui assaillent Gil, joue à la fois le fils et le père. Il est la courroie de transmission d’un dialogue fantasmé, que le décès du père n’aura pas permis de son vivant.
Sa performance toute en retenue est une classe de maître.

Photo: Valérie Remise
Les Grands Explorateurs
La référence est un peu datée, mais la mise en scène m’a fait penser à une conférence des Grands Explorateurs. Sur scène, un immense écran surplombe une série de bureaux couverts de documents et de cartes. Les projections vidéo servent de parenthèse au récit, mais aussi de ponctuation, d’illustrations, de repères.
Le voyage est géographique et historique, et fait à son tour voyager les spectateurs et spectatrices.
Nul besoin de faire de l’esbroufe ou d’user d’artifices pour admirablement interpeller son public: un bon texte, une interprétation béton, les phrases de Kemeid, un voyage dans le temps, et le tour est joué.
La pièce «Le vieux monde derrière nous» en images
Par Valérie Remise
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Photo: Valérie Remise -
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L'avis
de la rédaction
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