ThéâtreCritiques de théâtre
Crédit photo : Valérie Remise
Suite à l’attentat qui visait l’autrice des romans Grimblegitch, et ce, en raison de ses propos controversés, qui ne sont pas sans rappeler la polémique autour de J.K. Rowling, la production confie aux trois anciennes vedettes le mandat de boucler le dernier volet de la saga.
S’ensuit la résurgence de rivalités à peine voilées entre les acteur·rices ainsi que la quête obsédante et périlleuse de contrôle, de reconnaissance et d’amour.

Photo: Valérie Remise
L’auteur de la pièce, Jon Lachlan Stewart, s’intéresse ici à l’industrie hollywoodienne capitaliste et à la mécanique derrière les franchises cinématographiques. Ces blockbusters à gros déploiement, à la formule insipide déjà maintes fois rejouée. La pièce brouille les pistes entre la fiction et la réalité, alternant entre les scènes de tournage et des extraits d’entrevue où les trois stars déchues — Gabriel Favreau, Chloé Germentier et Rebecca Vachon — racontent leur retour inattendu sous le feu des projecteurs.
Avec beaucoup d’humour et de sarcasme, les célébrités se soumettent à des performances exigeantes et rigoureuses qui perturberont leur santé mentale et physique: sexe, drogue, abus sexuels du passé qui refont surface.
Une scénographie ingénieuse et des acteurs doués
Je l’avoue, l’histoire ne m’a pas autant conquise que la recherche inventive de procédés scéniques.
Bien que le décor soit minimaliste, trois chaises et une plateforme lumineuse, la mise en scène est quant à elle ingénieuse. En effet, les scènes lors desquelles les acteur·rices miment au ralenti des cascades sur fond vert avec le ventilateur dans le tapis, sont hilarantes.
L’aspect sonore, comme les glitchs, illustre bien les ruptures de ton et teinte d’étrangeté cet objet théâtral insolite. Les éclairages de Joëlle LeBlanc sont à la fois glaciaux, comme ce milieu aride, fake et intempestif, et à la fois chauds comme l’ardeur brûlante des protagonistes, qui déploient toute leur candeur et leur énergie. Côté ambiance, c’est parfaitement réussi.
Parmi la distribution, Rebecca Vachon nous hypnotise avec sa volonté maladive d’être vue et aimée. Elle est à la fois drôle, fragile et frondeuse. On a l’impression qu’elle va se décomposer sous nos yeux.
Gabriel Favreau est tout aussi convaincant, naviguant avec aisance entre l’humour et les scènes plus tragiques. Cet être abîmé, avide de sexe, porte sur ses frêles épaules le poids du passé.
Quant à Chloé Germentier, à la fois docile et naïve, elle se transforme sous nos yeux: elle se rebelle, quitte à enliser tout le monde dans la déchéance et le vice. Elle prend en main le tournage, et même les relations publiques, comme si le vedettariat l’avait pourrie.

Photo: Valérie Remise
Tirer dans les coins
J’ai toutefois eu de la difficulté à suivre la trame narrative de cette pièce, surtout lorsque l’intelligence artificielle s’est invitée dans l’histoire. Je comprends que l’IA est un réel enjeu dans le milieu du cinéma et de la télévision, et pas seulement à Hollywood, mais au Québec aussi.
J’ai trouvé qu’on étirait l’élastique, car ce récit est déjà suffisamment flamboyant et dense sans qu’il y ait la nécessité d’y ajouter une couche de sensationnalisme.
C’est la raison pour laquelle, malgré une scénographie ingénieuse et fort divertissante, j’ai eu l’impression d’être bombardée de plein de saynètes, tantôt saugrenues, tantôt touchantes. Au final, ce récit m’aura laissée plutôt mitigée, voire indifférente.
La pièce «Le testament des célébrités» en images
Par Valérie Remise
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