ThéâtreCritiques de théâtre
Crédit photo : Suzanne O'Neill
Le show beige, une production coup-de-poing présentée à La Licorne jusqu’au 5 mars, joue avec les codes à la fois sinistres et réjouissants du mal de vivre. Avec un humour mordant et intelligent, des répliques virtuoses et sinueuses, des formules assassines, et des thèmes réalistes mais universels, c’est un grand texte qui signale l’arrivée d’un talent à surveiller.
De quoi ça parle, concrètement? Des diverses pressions sociales qu’on subit pour être heureux et performer. De l’ostracisation réservée aux personnes qui osent montrer des signes de faiblesse face à cette pression constante. De la lente prolifération parfois étouffante de la routine. De la difficulté progressive qu’on a à composer avec l’actualité anxiogène, alors même qu’il est de plus en plus difficile d’y échapper.

Photo: Suzanne O’Neill
On se retrouve donc devant une succession de tableaux mis en scène d’une fort imaginative façon par Pascale Renaud-Hébert, qui utilise un arsenal d’accessoires et de costumes qui brillent, et des transitions impressionnantes.
Tout ça est réglé au quart de tour et joué par cinq interprètes en grande forme. Du rendez-vous galant qui devient malaisant entre Ariel Charest (un trésor national) et Benoît Drouin-Germain, en passant par de l’activisme pyromane dans un grand magasin à rayons où travaille Irdens Exantus en mode «employé enthousiaste, mais légèrement engourdi», le rythme est vif et divertissant.
Qui, au juste, vit bien avec l’anxiété constante de l’existence contemporaine? Pas nos personnages. Ils et elles trouvent l’amour dans les endroits les plus improbables, notamment pendant une conversation avec le service à la clientèle entre Raphaëlle Lalande et Simon Lacroix, qui prend une tournure qui s’approche du stoïcisme. Il y a des ruptures – sur un divan, ou à la suite d’une fiévreuse observation poétique – et de la tristesse, aussi. De la tristesse… pendant une game de Twister.

Photo: Suzanne O’Neill
La superposition des situations absurdes et des tirades émérites est souvent réussie et frôle à quelques reprises les cimes du grand art. La vivacité d’esprit de l’autrice se transforme, une fois sur scène, en une grosse bouffée d’énergie hilarante et libératrice.
Comme antidote à la grisaille ambiante de l’hiver, on a connu de pires prescriptions.
«Le show beige» de Camille Giguère-Côté en images
Par Suzanne O'Neill
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