«Extérieur/nuit» de JJ Houle, dans une mise en scène de Charles Voyer, au Théâtre Prospero – Bible urbaine

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«Extérieur/nuit» de JJ Houle, dans une mise en scène de Charles Voyer, au Théâtre Prospero

«Extérieur/nuit» de JJ Houle, dans une mise en scène de Charles Voyer, au Théâtre Prospero

Voyage au bout de la nuit

Publié le 23 mars 2026 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Philippe Latour

Une nuit, trois personnages. Des destins qui s’entrecroisent, qui planent, qui entrent en collision. Une ambiance suffocante, tonitruante, brumeuse et malsaine. Des cliquetis de néons d’une salle de bain malpropre, des violences sexuelles, la marchandisation des corps. Cette création du Théâtre indépendant, présentée ces jours-ci au Théâtre Prospero, est une aventure risquée.

La pièce est d’ailleurs déconseillée aux personnes de moins de 16 ans pour plusieurs raisons fort valables. C’est une œuvre sans compromis, à l’aspect immersif fort réussi, qui oppresse et hypnotise son public.

Il est rare qu’une telle démarche fonctionne réellement, ce qui la rend d’autant plus remarquable.

Photo: Philippe Latour

Écrite par JJ Houle et interprétée avec beaucoup de conviction par Gwendoline Côté, Charles Voyer (qui signe aussi la mise en scène et qui nous propose une saisissante scène de ventriloquie) et Aline Winant, cette pièce revêt des allures de cauchemar lynchien et se déroule pendant l’espace d’une nuit qu’on pourrait qualifier de fatidique, dans une ville sans nom.

Une jeune femme se remémore les viols à répétition qu’elle a fait subir à son ex; une mineure raconte ses errances dans un parc et ses rencontres illicites; un homme qui s’exhibe sur Internet en consommant de la cocaïne perd tous ses repères.

La réalité est brute, et on y plonge immédiatement. La conception sonore d’Antoine Racine est déjà frontalement présente lors de l’entrée en salle du public, à un volume élevé, et le grondement bruitiste et industriel ne s’atténuera plus.

Les personnages planent, évoluent en apesanteur, soulevés par l’ivresse de la liberté nocturne ou les drogues. Le sentiment de décalage est constant, installé par le biais d’une ambiance visuelle fort réussie et d’un recours à des trucages saisissants.

Les lieux où se déroulent les scènes sont interchangeables, mais évocateurs. Un parc près du fleuve, la salle de bain lugubre d’un bar, un appartement minuscule près du Café Titanic, l’endroit parfait pour assister au naufrage de son existence.

Photo: Philippe Latour

Les déclamations lucides des personnages sont à la fois assumées et vulnérables, et nous donnent quelques indices sur leurs vies imparfaites, tout en laissant planer un profond mystère sur leurs motivations.

Il y a des indices qui sont semés ici et là, mais rien de trop concret, et c’est ce qui nous permet de continuer à spéculer longtemps après être sorti de la salle, encore à demi habité∙e par cette visite d’un univers dont on a pris plaisir d’être témoin, mais où nous sommes bien contents de ne pas vivre.

La pièce «Extérieur/nuit» de JJ Houle en images

Par Philippe Latour

  • «Extérieur/nuit» de JJ Houle, dans une mise en scène de Charles Voyer, au Théâtre Prospero
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    Photo: Philippe Latour
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