ThéâtreCritiques de théâtre
Crédit photo : Maryse Boyce
Le Théâtre La moindre des choses a amorcé, en 2020, une rocambolesque trilogie avec la pièce Poisson glissant, suivie en 2024 de Terrain glissant.
La conclusion de cette belle aventure sur la quête du bonheur prend une forme complètement éclatée dans Glissant glissant, une production boudée par la plupart des organismes gouvernementaux qui a dû avoir recours à une campagne de sociofinancement, et dont les ambitions originales ont donc été drastiquement amputées.

Photo: Maryse Boyce
Les créateurs, François Ruel-Côté et Cédrik Lapratte-Roy, ont décidé de s’amuser ouvertement de l’aspect un peu fauché du produit final, avec une humilité rafraîchissante, qui donne le ton à une succession de scènes à l’humour féroce qui finissent toujours par déraper vers l’absurde le plus réjouissant.
La représentation est perturbée par de nombreuses interruptions, quelques incidents, des décrochages, la visite impromptue d’un extra-terrestre, une peine d’amour…
Les interprètes, qui travaillent pour un salaire dérisoire, sont quand même soudés et investis, la plupart d’entre eux étant des complices de longue date ou des collaborateurs et collaboratrices fréquent(e)s de la troupe.
Simon Beaulé-Bulman rêve d’un beau rôle à la télé qui lui apporterait un peu de notoriété et, éventuellement, une certaine stabilité financière. Laurence Laprise est à la fois heureuse et triste de jouer avec ses collègues une probable dernière fois. Olivier Morin fait figure de centre moral dans l’ensemble, toujours au rendez-vous pour calmer les ardeurs de ses comparses.
Et ardeurs, il y a! En cours de route, on a droit à de la colère, du chant, de la danse, une bagarre, une surdose, de la quasi-nudité, de délicieuses projections à saveur politique, une intelligence artificielle qui outrepasse son mandat originel, des remises en question, une fin du monde, des cris du cœur, un manifeste et une quantité impossible à comptabiliser d’éclats de rire.

Photo: Maryse Boyce
Car, malgré la noirceur passagère du propos, on rit de bon cœur du début à la fin.
Le théâtre est une expérience de partage, et ça, la bande l’a bien compris. Dès son entrée en salle, le public est chaleureusement accueilli, les interprètes prennent un peu de temps pour jaser de tout et de rien, on distribue de la pizza et de la bière (en quantité limitée) pendant la représentation, et les gradins sont placés de façon à ce que les événements qui se déroulent sur scène nous éclaboussent de toute leur splendeur.
S’il s’agit réellement d’un chant du cygne pour Ruel-Côté, c’est un superbe adieu, un solide réquisitoire contre la précarité des artistes, qui transforme l’amertume des créateurs en munitions célébratoires qui atteignent violemment leurs cibles.
Avec goût, dans la bonne humeur, mais avec une rage au cœur absolument légitime.
La pièce «Glissant glissant» du Théâtre La moindre des choses en images
Par Maryse Boyce
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Photo: Maryse Boyce -
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