LittératureThrillers et polars
Crédit photo : J'ai Lu @ Tous droits réservés
«Lu d’une traite! La fin m’a estomaquée!», signe Freida McFadden sur la couverture. Eh oui, Mens-moi à l’oreille a eu droit, lui aussi, à la critique – pas si objective que ça – de l’autrice «à la mode», qui est sans doute rémunérée par les maisons d’édition pour aider leurs auteurs∙es à vendre leur livre. Tous les trucs sont bons dans le domaine du marketing pour inciter à dépenser, n’est-ce pas?
Si ça fonctionne, tant mieux, mais moi, ça ne m’incite jamais à acheter un livre.
Pour ma part, je l’ai lu d’une traite, oui, mais au contraire de l’auteure de La femme de ménage, la fin ne m’a pas du tout estomaqué. À mon sens, la révélation finale est digne d’un bon film d’enquête où le coupable, à la toute fin, est dévoilé et inculpé pour les crimes commis. Tout est bien qui finit bien, quoi.
Selon moi, Amy Tintera n’a pas réussi à créer l’effet de surprise auxquels nous ont habitués les nouvelles voix du thriller, et plus spécifiquement celles du thriller domestique, qui ont vraiment le sens de la twist, au-delà de la révélation d’un coupable qu’on n’aurait jamais soupçonné.
Cela dit, même s’il y a peu de chance que vous criez d’étonnement lorsque vous attaquerez le sprint final, reste que Mens-moi à l’oreille, en raison de sa structure narrative flirtant entre récit et épisodes de podcasts, reste un bel exercice de style et, somme toute, une excellente histoire à se mettre sous la dent.
«Le podcast Mens-moi à l’oreille déterre une affaire non résolue au Texas»
L’autrice américaine a imaginé l’histoire de Lucy, une jeune femme divorcée, sans emploi et sans amis, qui revient à Plumpton, sa petite ville d’enfance au Texas, cinq ans après qu’un crime y ait été commis. Après avoir vécu l’enfer sur terre en devant la suspecte numéro un aux yeux de la population, elle a décidé de mettre les voiles à Los Angeles pour laisser ce sombre chapitre derrière elle. Mais voilà que sa Grand-mère, seule personne sur Terre qu’elle aime d’un amour vrai, fêtera bientôt ses 80 ans, et elle tient à ce que sa petite fille soit de la partie.
Or, Lucy s’est juré de ne jamais remettre les pieds dans ce satané bled texan – elle a seulement été accusée d’avoir assassiné sa meilleure amie, Samantha alias Savvy, après tout.
Au départ réticente, elle finit pourtant par accepter l’invitation, mais elle vient vraiment à reculons: «Je soupire. Je ne peux pas dire non au seul membre de ma famille que j’apprécie. L’une des seules personnes que j’apprécie tout court.»
Évidemment, l’idée de revenir à Plumpton ne lui plaît pas du tout, car ses parents n’ont jamais démenti les accusations qui ont été portées contre leur fille, comme s’ils n’étaient pas tout à fait convaincus de son innocence, en somme.
Avouez que c’est vexant.
Et surtout, comme dans tout patelin qui se respecte, les commérages vont bon train, et Lucy est vite devenue la cible de toutes ses commères médisantes qui ont toujours été persuadées qu’elle a tué.
Après tout, elle avait du sang sur les mains ce fameux soir…

Amy Tintera. Photo: Stephanie Girard
«Il est probablement injuste de dire qu’un podcast a ruiné ma vie. En réalité, ma vie a été détruite la nuit où Savvy a été assassinée.»
Pour nous, comme lecteurs, il est difficile d’adopter une position sûre, puisqu’on connaît à peine cette Lucy et, ce qui n’aide pas son cas, c’est qu’elle souffre d’une grave amnésie survenue lors de cette soirée fatidique.
Quant à Lucy, elle est convaincue de sa non-culpabilité, mais, comme elle a un trou de mémoire aussi grand qu’une crevasse laissée par une météorite, sa crédibilité en prend pour son grade.
Ainsi, quelques jours après son arrivée, elle apprend à sa grande surprise que sa Grand-mère lui a tendu un guet-apens: séduite par l’aura et le charme de Ben Owens, qui «rêve» d’interviewer Lucy dans l’un des épisodes de son podcast, il a joué la carte de la séduction auprès d’elle pour qu’elle convainque sa petite fille de venir passer quelques jours à Plumpton.
Oui, c’est un méchant coup bas.
Et lui, son entrevue avec Lucy il finira par l’avoir, mais il devra user de patience, et de tact aussi.
Ainsi, de chapitre en chapitre, l’histoire progresse, certes à pas feutrés, et les épisodes du podcast Mens-moi à l’oreille s’accumulent. De Gil Bradford, qui a découvert le corps de Samantha en allant jogger, à Ivy Harper, la mère de la victime, et Joanna Clarkson, l’une des premières résidentes de Plumpton, jusqu’à Nina Garcia, l’une des meilleures amies de Lucy au lycée, Ben Owens suit toutes les pistes possibles pour tenter de faire la lumière sur cette affaire jusqu’ici irrésolue.
Quant à Lucy, lorsque certaines vérités finiront par refaire surface, certaines bribes de souvenirs lui reviendront en mémoire. C’est d’ailleurs lors de ses moments «d’éveil» qu’un détail à travers la narration m’a un brin énervé: le fantôme de Savvy revient d’entre les morts pour hanter les souvenirs de Lucy, qui finit carrément par halluciner son amie morte à travers différentes scènes.
L’idée d’Amy Tintera était sûrement d’ajouter un peu d’humour noir à son histoire, mais j’ai trouvé qu’au contraire, ça lui enlevait une épaisse couche de réalisme, déjà que le suspense n’est pas des plus dynamique. Peut-être qu’avec quelques bons effets spéciaux, l’idée passerait mieux au cinéma, mais en fiction, j’ai trouvé que ça n’avait pas sa place.
À vos paris: Ben Owens, finira-t-il par trouver l’identité de celui ou de celle qui a commis l’irréparable? Vous vous doutez bien que oui. Et alors, est-ce Lucy la meurtrière? À vous de le découvrir!
L'avis
de la rédaction



