Après le bestseller «La femme de ménage», la suite mérite-t-elle d’être lue? – Bible urbaine

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Après le bestseller «La femme de ménage», la suite mérite-t-elle d’être lue?

Après le bestseller «La femme de ménage», la suite mérite-t-elle d’être lue?

Quand le malheur s’abat à nouveau sur Millie Calloway

Publié le 7 janvier 2026 par Éric Dumais

Crédit photo : J'ai Lu @ Tous droits réservés

Le nom de Freida McFadden, l’auteure la plus lue en France et au Québec en 2025, forte du succès commercial de son bestseller La femme de ménage – et c’est sans parler de ses autres romans «Le boyfriend», «La prof» et «La psy» – est sur toutes les lèvres. Et si l’écrivaine américaine, qui se tient loin des projecteurs, a connu un tel succès, c’est en grande partie grâce aux aventures de l’ex-taularde Millie Calloway, qui ont su redonner un souffle de vie au thriller domestique, genre à la mode chez une pléiade d’auteurs contemporains, dont Leslie Wolfe («La chirurgienne»), Alice Hunter («La femme du serial killer») et Shari Lapena («Le couple d’à côté»).

Récemment, je vous ai glissé quelques mots sur La femme de ménage, une lecture qui m’a captivé autant que l’adaptation cinématographique mettant en vedette Sydney Sweeney dans le rôle-titre et, malgré les grandes forces du récit, de même que le talent indéniable de l’auteure à brouiller les pistes pour nous laisser dans le brouillard le plus complet, reste que l’écriture de Freida McFadden est d’une révoltante simplicité, que la psychologie de ses personnages manque cruellement de profondeur, et qu’il faut admettre qu’elle a du mal à renouveler la mécanique de ses récits pour innover un tant soit peu.

Et alors, est-ce que la suite des aventures de Millie Calloway vaut la peine d’être lue? Bien honnêtement, moi, je me suis royalement ennuyé, sauf peut-être pour l’un des tomes, qui m’a réconcilié avec une saga qui connaît des hauts, mais surtout des bas.

Dans Les secrets de la femme de ménage, on retrouve Millie Calloway des mois après les événements tragiques qui se sont déroulés dans la demeure huppée des Winchester, alors qu’elle vit maintenant seule dans un studio du Bronx, l’un des quartiers chauds et dangereux de New York. Toujours active comme femme de ménage, elle travaille, au début du récit, chez une mère monoparentale nommée Amber Degraw, qui est tellement absente que sa fille de neuf mois Olive appelle Millie «maman», tellement cette dernière s’en occupe plus que sa vraie mère…

Cet épisode signera d’ailleurs la fin de son contrat chez Amber, car celle-ci ne digérera pas une telle humiliation. Millie Calloway, toujours à court d’argent, devra donc se trouver un nouvel emploi, encore et encore.

Je l’avoue d’emblée: j’ai été déçu dès les premières pages, car l’auteure m’avait laissé en haleine à la toute fin du premier tome, alors que Millie avait accepté un entretien d’embauche, sous la recommandation de Nina Winchester, pour travailler chez une certaine Lisa Killeffer, une dame qui a cette drôle de manie de faire courir ses doigts sur ses couteaux de cuisine en lui parlant. Comme lecteur, on s’attend à reprendre le récit là où il s’est arrêté, mais Freida McFadden avait une autre idée en tête, puisqu’elle a préféré créer une ellipse assez longue et floue durant laquelle Millie serait venue en aide à de nombreuses femmes aux prises avec des maris violents, avec l’aide d’Enzo, le jardinier mystérieux qui travaillait chez les Winchester.

D’ailleurs, parlons-en d’Enzo: vous vous rappelez, dans La femme de ménage, à quel point ce personnage est asocial, froid et austère, surtout en présence de Millie? Il est tellement dans sa bulle que tout le monde – sauf Nina, bien sûr – ignore qu’il parle couramment anglais, et si Millie Calloway le trouve sexy au point de fantasmer sur lui et même de s’essayer à la séduire à un moment du récit, Enzo se referme telle une huître, la laissant en plan, humiliée.

Alors comment se fait-il que, dans le deuxième tome, Millie et Enzo soient tombés en amour, au point de vivre ensemble en appartement, alors que le jardinier n’a jamais manifesté le moindre désir envers Millie? Si vous vous rappelez bien, il éprouvait une vive flamme pour Nina Winchester, mais, comme elle a déménagé en Californie avec Cecelia à la suite de la mort d’Andy, ils ont préféré, tous les deux, prendre un nouveau départ.

Mais à quel moment Millie et Enzo ont-ils bien pu tomber en amour?

Ainsi, durant ma lecture, j’ai dénoté un tel nombre d’invraisemblances et d’incohérences que j’ai eu du mal à me laisser aller dans cette suite où on suit Millie Calloway, d’abord chez Amber Degraw, puis chez les Garrick, un autre couple fortuné de Manhattan qui, malgré les apparences, cache une terrible vérité.

Moi qui n’ai pas du tout cru au réalisme de l’histoire d’amour unissant Millie à Enzo, vous vous doutez bien de mon étonnement – et le mot est faible – lorsque j’ai appris qu’une nouvelle de 107 pages, parue chez City, a été écrite pour «combler la longue ellipse entre le tome deux de la série (Les secrets de la femme de ménage) et le tome trois (La femme de ménage voit tout, car l’auteure craignait que ses lecteurs soient déçus de ne pas avoir assistés au mariage des deux tourtereaux.

Si l’idée en a peut-être séduit plusieurs, reste qu’on n’avait pas réellement besoin de revivre le fil de cette journée, car l’ellipse aurait davantage mérité d’être mieux travaillée dans le deuxième tome pour que l’on comprenne mieux le fil narratif des événements vécus entre les deux premiers livres.

Qu’à cela ne tienne, dans La femme de ménage se marie, on retrouve donc Millie et Enzo, quatre heures avant leur mariage à la mairie, au moment où la protagoniste reçoit un coup de fil d’un inconnu la menaçant de lui trancher la gorge: «Tu as fourré ton nez au mauvais endroit, et maintenant tu vas en payer le prix», lui lance-t-il à travers le combiné.

Ainsi, la journée de ses rêves débute avec cette menace lourde de conséquences qui lui noue l’estomac, et, pour une raison qui lui est personnelle, elle préfère ne pas en parler à Enzo, prétextant qu’elle a reçu l’appel d’un énième télévendeur.

Au fil des pages, Freida McFadden essaie tant bien que mal d’instaurer une ambiance inquiétante, mais l’écriture reste naïve, et le fil des événements, pauvre à souhait. À un moment, elle craint qu’un inconnu se cache dans sa garde-robe; à un autre, elle panique un brin, car elle ne rentre plus dans sa robe de mariée, et le temps file. Ces péripéties sont si insignifiantes qu’on enchaîne les pages sans grand entrain, attendant patiemment le fameux moment où le harceleur entrera enfin en scène.

Mais malheureusement, la finale de ce court livre provoque tellement peu de vagues, qu’au final, j’ai eu l’impression d’avoir perdu trente précieuses minutes de mon temps.

Heureusement, le troisième tome, La femme de ménage voit tout, est celui que j’ai préféré après La femme de ménage, car il apporte enfin un vent de renouveau dans la vie de Millie et Enzo.

En effet, ces derniers ont vieilli et sont maintenant des quarantenaires, heureux parents de deux enfants – Ada, une jeune fille de onze ans et Nico, le benjamin – et ils sont les propriétaires d’une maison de Long Island, qu’ils ont eue à rabais (car n’oublions pas que leurs revenus sont toujours aussi modestes). Si Millie est maintenant travailleuse sociale, Enzo, lui, travaille toujours à temps plein pour sa compagnie de jardinage.

Et ce nouveau départ – pour ce couple toujours aussi improbable à mes yeux – semble être sur une bonne lancée, puisqu’ils vivent maintenant dans une impasse tranquille, aux côtés de deux voisins: Suzette et Jonathan Lowell, un drôle de couple sans enfant, qui vivent dans la maison juste à côté, et Janice et son fils Spencer, dans la maison d’en face.

Vous vous doutez bien que leur voisinage ne leur laissera pas une seule minute de répit, puisque des événements étrangement inquiétant – une des voisines scrute leurs moindres faits et gestes par sa fenêtre, une autre joue la séductrice avec Enzo pour rendre folle de jalousie Millie – bref, une ambiance dérangeante à souhait vient donner une nouvelle tangente à ce récit qui, malgré qu’il soit plus haletant que Les secrets de la femme de ménage, n’offre rien de bien transcendant.

Je me doute bien qu’il y avait de nombreuses raisons d’écrire une suite à La femme de ménage, vu le succès marketing remporté par ce livre, mais Freida McFadden n’a hélas pas réussi à maintenir le niveau de qualité au fil des tomes.

Même si vous avez adoré La femme de ménage, vous n’allez pas forcément aimer les autres tomes de la série, je préfère vous en avertir. Je vous recommande plutôt de lire La prof, mon préféré de Freida McFadden, ou même La psy, dont le succès est unanime. Et pour les fans de l’auteure, son nouveau roman La locataire paraîtra chez City le 11 février, et l’adaptation au cinéma de Les secrets de la femme de ménage a déjà été confirmée, et le tournage aura lieu en 2026, avec le retour de Sydney Sweeney dans le rôle principal.

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