«L'entrevue éclair avec...» Patrice Lessard, écrivain pour qui l’autodérision en écriture est fondamentale – Bible urbaine

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«L’entrevue éclair avec…» Patrice Lessard, écrivain pour qui l’autodérision en écriture est fondamentale

«L’entrevue éclair avec…» Patrice Lessard, écrivain pour qui l’autodérision en écriture est fondamentale

«La poésie»: tout ce qui est raconté est faux, mais tout dans ce livre est vrai

Publié le 19 mars 2026 par Éric Dumais

Crédit photo : Julie Artacho

Dans le cadre de «L’entrevue éclair avec…», Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur sa personne, sur son parcours professionnel, ses inspirations, et bien sûr l’œuvre qu’il révèle au grand public. Aujourd'hui, on a eu le plaisir de rencontrer une fois de plus l'écrivain Patrice Lessard, qu'on a eu la chance d'accueillir l'année dernière suite à la parution de son roman «Rapines». Cette fois, les Éditions XYZ ont levé le voile sur «La poésie», un ouvrage au sein duquel, après avoir déconstruit le genre policier, il a tenté d'explorer l'impact de l'autodérision à travers son écriture. Il en résulte un livre qui n'est ni de la poésie ni de la philosophie, mais bien une fiction où tout ce qui est raconté est faux, mais où tout est vrai.

Patrice, quel plaisir de te retrouver! Notre dernière discussion remonte à un an, déjà, date où on a eu le plaisir d’en apprendre plus sur Rapines, un livre à travers lequel tu t’es amusé à déconstruire le genre policier. On s’en souvient, tu avais révélé que «le brouillage n’est pas tant un jeu qu’une manière de montrer le réel. Ou d’en fabriquer et d’assembler des morceaux pour produire du texte». Intéressant! Dis-nous: es-tu satisfait des échos reçus depuis sa parution?

«Plaisir partagé! Je me sens effectivement choyé! Le livre a eu une belle réception dans les médias. C’était d’autant bienvenu que je n’avais rien publié depuis six ans. Le point culminant a été une nomination aux Prix littéraires du Gouverneur Général: c’était une première pour moi. C’est un honneur d’être ainsi reconnu par mes pairs.»

«En écrivant, on a souvent le sentiment d’être seul – d’écrire pour rien, sinon pour personne. Ceci étant dit, je ne m’en plains pas: on écrit toujours pour rien, après tout, pourquoi écrire, alors qu’il y a tant d’autres choses à faire en ce monde?»

«J’écris parce que je ne saurais faire autrement. Mais une petite tape dans le dos est toujours la bienvenue!»

En ce 19 mars, les Éditions XYZ ont publié La poésie, ta plus récente œuvre de fiction disponible dès aujourd’hui en librairie. Dans ce récit, on fait la rencontre de Harel, un écrivain désabusé par les nombreux aléas de la vie. De fait, son dernier manuscrit a été refusé et, écœuré, il décide de s’envoler vers Buenos Aires avec l’intention d’en finir une bonne fois pour toutes de cette existence. Comment t’est venue l’idée de mettre en scène cet homme aux abois, et… que va-t-il lui arriver? Dis-nous-en un peu plus pour nous mettre l’eau à la bouche.

«Avant d’en finir, Harel a des choses à faire. Il a apporté avec lui quelques-uns de ses livres de prédilection qu’il veut relire. Aussi, il a décidé qu’il devait écrire un dernier texte. Un texte dont il n’a aucune idée, ni de son sujet ni de sa forme, et qu’il détruira avant de mourir. Un texte que lui seul connaîtra et qui sera anéanti dès sa complétion. Mais bon, ça prend du temps, écrire un texte, surtout quand on n’a aucune idée de ce qu’il sera et que, forcément, on tourne un peu en rond, parce qu’écrire, c’est souvent, longtemps, tourner en rond.»

«Alors, Harel cherche, déambule dans Buenos Aires et se demande ce qu’il écrira, et tout cela prend du temps, et il réfléchit à son suicide, à la forme de son suicide – le sujet de son suicide, il l’a déjà: son suicide est littéraire: le suicide est dans les livres qu’il relit avant de mourir. Mais le texte à écrire, où est-il?»

«Après, pour ce qui lui arrivera… je ne peux quand même pas tout vous dire!»

Cette fois, tu explores «les subtilités de l’autofiction, tout en t’aventurant avec autodérision dans des réflexions philosophiques». Parle-nous de ton processus d’écriture et de son impact sur le plan narratif et le rythme du récit.

«L’autodérision en écriture est pour moi fondamentale. Je ne suis ni philosophe ni poète. Depuis quelques années, je lis beaucoup de textes philosophiques. J’aime beaucoup l’abstraction, je n’ai que peu de goût pour la philosophie pratique, mais la philosophie du langage, l’épistémologie, tout cela me plaît beaucoup.»

«Je ne sais pas si ça a un lien, mais je me suis aussi remis à lire de la poésie, alors que j’avais plus ou moins cessé. Ainsi, la poésie et la philosophie m’ont beaucoup influencé dans l’écriture de La poésie

«Cela dit, ce livre n’est ni de la poésie ni de la philosophie; c’est certainement de la fiction. Ce n’est pas autobiographique. Tout ce que je raconte est faux, mais tout dans ce livre est vrai.»

La thématique centrale du récit, c’est bien évidemment le suicide. Or, tu t’es fait un point d’honneur de l’aborder avec une finesse rare, alternant entre l’humour et l’ironie. Et c’est justement ce contraste entre la voix du narrateur et la gravité du sujet qui rend cette histoire tellement plus digeste. Qu’espères-tu déclencher comme émotions chez tes lecteurs qui iront au bout de cette courte histoire?

«Le suicide en littérature est un thème qui m’intéresse depuis très longtemps. Albert Camus écrivait que le suicide est le seul problème philosophique vraiment sérieux. Je ne sais pas si c’est vrai, mais j’avais envie d’y réfléchir.»

«Les fondements de la volonté suicidaire de mon personnage sont littéraires – ce qui le rend un peu ridicule: se suicider parce qu’un livre a été refusé par un éditeur? Ou imitant Cesare Pavese, ou pastichant d’autres gens dont le suicide n’est qu’imaginaire, littéraire, comme Thomas Bernhard… c’est sérieux? Ça valait la peine d’y réfléchir. J’ai essayé de comprendre ce que ça me ferait, à moi, de déterminer ainsi, artificiellement, une échéance à ma vie – une échéance floue, mais quand même. Je me suis mis dans la peau de ce turlupin. Ce fut difficile à certains moments, mais certainement fécond dans l’écriture.»

«Et voilà qu’on en revient toujours à ça: l’écriture, la littérature.»

Et alors, que peut-on te souhaiter de beau en cette année 2026?

«Je souhaite que vive La poésie! Que vivent les livres!»

La poésie de Patrice Lessard est présentement disponible en librairie  au coût de 19,95 $ (papier) et 14,95 $ (PDF ou ePub). Pour lire nos précédents articles «L’entrevue éclair avec» et faire le plein de découvertes, consultez le labibleurbaine.com/nos-series/lentrevue-eclair-avec.

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions XYZ.

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