«Le bézoard» de Pascale Montpetit chez Québec Amérique: une histoire de résilience – Bible urbaine

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«Le bézoard» de Pascale Montpetit chez Québec Amérique: une histoire de résilience

«Le bézoard» de Pascale Montpetit chez Québec Amérique: une histoire de résilience

Comprendre l'incompréhensible

Publié le 20 novembre 2025 par Edith Malo

Crédit photo : Québec Amérique

Après 35 ans de thérapie et beaucoup de recul, Pascale Montpetit a accepté l'invitation de Danielle Laurin, directrice littéraire de la «Collection III» chez Québec Amérique. Elle se confie sur trois événements marquants de sa vie: l'inceste commis par son père, ses troubles alimentaires et son cancer de la glande thyroïde diagnostiqué à 19 ans. C'est une incursion bouleversante dans la psyché et le passé tortueux de la comédienne et autrice, où elle démystifie le lien complexe avec un père aimant, mais pervers, son rapport malsain à la nourriture, et ses troubles psychosomatiques résultant de traumatismes psychologiques. Et n'allez pas penser que la comédienne se victimise; au contraire, bien que cette histoire soit stupéfiante et choquante à nos yeux, l'humour s'immisce dans le ton et dans la forme.

Ce récit autobiographique s’appelle Le bézoard, c’est-à-dire une accumulation très dense de matière non digérée pouvant se coincer dans l’estomac ou l’intestin.

On peut dire que le morceau est enfin sorti. La comédienne régurgite des années de souffrance. Elle mue, laissant derrière elle «l’exuvie. La dépouille». Des mots exquis comme celui-ci, des phrases métaphoriques qui frappent l’imaginaire, c’est ce qui fait la beauté de ce récit tordu.

L’écriture concise et précise semble jaillir avec une aisance spontanée chez celle qui signe sa première œuvre littéraire.

Un milieu familial chaotique, voire surréaliste

Issue d’une famille d’intellectuel·les en apparence normale et conforme (un père psychiatre et une mère universitaire provenant d’une famille de juristes), Pascale Montpetit, entourée de ses trois sœurs, grandit plutôt dans un milieu chaotique. Son père pique des colères violentes. Un jour qu’il s’acharne sur l’une de ses filles, une autre lui mord le dos au sang. Indifférente à cette scène surréaliste, la mère lit en écoutant du Bach.

«C’est comme ça que j’ai été élevée. Vol au-dessus d’un nid de coucou». Un beau portrait de famille.

Aujourd’hui, la comédienne n’éprouve aucune rancune envers cette mère distante qui semble l’avoir livrée en pâture à un père tordu et incestueux. D’une part, parce qu’elle ignorait les actes ignobles auxquels se prêtait le père durant la petite enfance de Pascale et, d’autre part, ce qui semblait être de l’hostilité à l’égard de son poupon s’avérait être un trouble inconnu à l’époque: la dépression post-partum.

Ainsi, sur 169 pages, l’autrice relate les abus, ses problèmes de boulimie et plusieurs de ses découvertes médicales. Elle cite souvent le psychanalyste français Bruno Clavier, qui note une corrélation entre la boulimie, les problèmes de glande thyroïde et les filles ayant vécu l’inceste.

Le pouvoir du cerveau est fascinant. L’amnésie traumatique qu’il provoque pour protéger l’intégrité de l’enfant, c’est ce que la comédienne a vécu. C’est à ses 19 ans, alors qu’elle est atteinte d’un cancer de la glande thyroïde, que son père lui fait une proposition indécente: il veut avoir une relation sexuelle avec elle. Cet événement perturbant sera l’élément déclencheur d’une quête de vérité où elle décidera de confronter son père sur les actes odieux qu’il a commis.

De là, surgiront de nombreux flashbacks plus ou moins flous.

L’auteure et comédienne Pascale Montpetit. Photo: Québec Amérique @ Tous droits réservés

L’autodestruction pour se protéger 

On ne peut demeurer insensible à cette lecture, encore moins devant le dévoilement d’autant de vulnérabilité et de résilience à la fois.

Comment, en effet, accorder le pardon à un père incestueux?

«Un inceste, ça ne fait pas nécessairement mal au corps, mais ça vous pourrit la vie pour toujours. Avec l’inceste, vous prenez la perpétuité. Surtout quand les faits se sont passés tôt, au moment où vous êtes en train de vous bâtir, au moment où vous n’êtes pas encore quelqu’un».

Ce père venait d’une lignée de dix enfants, dont huit ayant été hospitalisés en psychiatrie. Lui-même était schizophrène et paranoïaque, et il a été interné au cours de sa vie. Il s’est d’ailleurs suicidé il y a 40 ans. La génération qui a précédé celle de Pascale était déjà pervertie. Le grand-père Esdras avait abusé de l’une de ses filles, et des rumeurs d’inceste entre frères et sœurs circulaient. 

«Moi, j’ai appris la langue paternelle avant la langue maternelle. Ça a commencé avec un pénis dans la bouche avant d’apprendre à parler. La pipe à papa. Il a fallu que je réapprenne la langue française du début. Que je trouve appui sur un langage qui ne soit pas à double sens et plein de pièges.»

La perversité de cette relation réside également dans le statut professionnel du père. User de son expertise en psychiatrie pour manipuler son enfant et insinuer des mensonges qui parlent en sa faveur, c’est juste ignoble. 

Des abîmes jaillit la lumière

Malgré ce parcours sinueux, on ressent l’énergie vivifiante de Pascale Montpetit à travers son écriture, son côté téméraire et sa grande résilience. Je me suis exclamée haut et fort à plusieurs reprises: «Ben voyons donc!», scandalisée et exaspérée devant les comportements incongrus et condamnables de son père.

Je n’ai pas tant ri, malgré cette volonté de l’autrice, peut-être plus à travers ses multiples thérapies, certaines décousues et frôlant la fourberie. J’ai surtout été ébahie devant son amour des mots et sa manière particulière à elle de les enfiler parfois avec tendresse, parfois crûment.

Avec ce récit, la comédienne prouve qu’elle a plus d’une corde à son arc et qu’elle est loin d’avoir les pieds dans la même bottine, comme lui rabrouait son père autrefois.

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