«À la recherche de ma bonne étoile» de Jane Gonçalves: entre blessures d'enfance et quêtes de sens – Bible urbaine

LittératureBiographies

«À la recherche de ma bonne étoile» de Jane Gonçalves: entre blessures d’enfance et quêtes de sens

«À la recherche de ma bonne étoile» de Jane Gonçalves: entre blessures d’enfance et quêtes de sens

Un témoignage vibrant où la résilience devient lumière

Publié le 20 octobre 2025 par Nancy Boulay

Crédit photo : Tous droits réservés @ https://jane-goncalves-autrice.com/

C'est en écoutant le balado de Simon Sinek, celui qui affirme que tout le monde a un livre en tête, que Jane Gonçalves a eu envie de s'écrire. Elle, à l'aube de ses 40 ans, qui n'avait jamais cessé de se reconstruire. «À la recherche de ma bonne étoile» est né de ce besoin viscéral: mettre des mots sur un parcours cabossé, comprendre pour mieux guérir, et offrir un peu d'espoir à ceux et celles qui grandissent dans les dédales de la protection de l'enfance.

Un récit personnel aux contours flous

Dans l’avant-propos, l’autrice explique qu’elle n’a pas été suivie par la DPJ, mais par la protection de l’enfance en France, qu’elle souhaite écrire pour les enfants de la protection de la jeunesse, pour les intervenants qui les accompagnent, et pour les adultes qui veulent comprendre.

Une intention noble, sincère, mais parfois maladroitement incarnée.

Le livre, présenté comme un mélange entre récit personnel et guide de développement, se divise en trois parties: son histoire, ses apprentissages, puis des lettres adressées à ses lecteurs. Mais dès les premières pages, on réalise que ce n’est pas tant l’histoire d’une enfant placée dans un système défaillant que celle d’une femme qui, malgré tout, a trouvé la force d’exister.

Jane avait quatorze ans quand tout a basculé. À l’hôpital, elle confie à sa médecin la dépression qui la ronge, les violences et l’alcoolisme qui habitent la famille d’accueil où elle habite depuis ses six mois. Elle ne voulait pas en partir, elle voulait aller mieux.

Et c’est là que sa vie s’est fragmentée: un signalement, un adieu précipité et une culpabilité qui ne la quittera jamais tout à fait.

Les cicatrices de l’enfance

De foyer en hôpital psychiatrique, d’internat en centre de réadaptation, la jeune fille apprend trop tôt que l’amour, pour elle, sera conditionnel. Que ceux qui prennent soin d’elle le font parce qu’ils sont payés pour. Cette réflexion, presque anodine dans le récit, serre la gorge…

Jane souffre du syndrome de Marfan, une maladie génétique qui rend son corps fragile, presque élastique. Elle parle de ses douleurs, mais aussi de celles qu’on ne voit pas. Celles qui s’incrustent dans la mémoire et se réveillent chaque fois qu’on tente d’aimer ou de faire confiance.

Elle évoque la mort, souvent. Celle de son père biologique, à la veille de ses dix ans. Celle d’Olivier, rencontré à l’hôpital. Celle de sa mère, qu’elle n’a jamais vraiment eue, partie trop tôt d’un cancer. Et chaque fois, la même question: «Pourquoi?»

Pourquoi certains enfants doivent-ils tout affronter, pendant que d’autres grandissent dans des bras sûrs?

Mais à travers ces pertes, Jane développe ce qui deviendra sa boussole: la résilience. Cette phrase, qu’on pourrait inscrire au fronton de sa vie, revient comme un mantra: «Il faut avancer dans l’adversité».

Une narration à la fois riche et inégale

La première partie, celle de son enfance, aurait pu être un puissant témoignage sur le système de la protection de l’enfance. Mais le récit, morcelé, reste souvent en surface. Elle évoque des négligences, sans jamais les nommer. On devine des zones sombres, sans qu’elles soient éclairées. L’attachement du lecteur s’en trouve affaibli: on voudrait comprendre, mais on reste à distance.

Les sauts temporels, les ellipses et l’absence de repères clairs brouillent la lecture. À certains moments, on ne sait plus si on lit l’histoire d’une survivante ou celle d’une femme qui se cherche encore.

Et pourtant, malgré ces maladresses, on s’accroche. Parce qu’on sent la sincérité, la fragilité, et ce besoin urgent de faire la paix avec son passé.

Une renaissance entre études, maternité et déracinement

À 19 ans, Jane trouve un premier emploi, qu’elle perd quatre jours plus tard. Trop lente, dit-on. Trop marquée, peut-être. Mais elle s’accroche, en psychologie, elle apprend à nommer ce qu’elle ressent. Elle rencontre Benjamin, déménage avec lui à Paris, et termine son doctorat.

Puis vient le grand départ: Montréal, 2012. Un nouveau pays, une nouvelle vie, un fils, qu’elle appelle pour nous Champion. Mais les démons d’hier refont surface. La fatigue, la peur de ne pas être à la hauteur, la solitude. Elle demande de l’aide. Beaucoup.

Quand elle découvre que son fils est autiste, elle réalise qu’elle l’est aussi. Et tout s’éclaire: ce sentiment d’être différente, cette hypersensibilité, cette difficulté à naviguer dans les relations humaines. Elle en parle sans détour, avec une authenticité touchante. Mais parfois, aussi, avec une confusion qui désarme.

Car tout n’est pas autisme, tout n’est pas diagnostic. Et si le livre cherche à sensibiliser, il frôle parfois la justification. Dire non à des Froot Loops à cause de l’autisme? Non. Par moments, on sent la femme qui cherche à tout expliquer, à tout rationaliser. Et c’est ce qui rend sa démarche à la fois humaine et imparfaite.

Une deuxième partie lumineuse: le guide que l’on attendait

C’est dans la deuxième partie que le livre trouve tout son sens. Là, Jane cesse de raconter et commence à transmettre. Elle partage les apprentissages tirés de son parcours: la nécessité de se connaitre, de s’aimer, de se pardonner.

Elle parle d’estime de soi, de confiance, d’attachement, d’hygiène de vie, de résilience. Elle rappelle que l’on peut grandir malgré les blessures, que chaque échec est une occasion de grandir, et que dire non est parfois l’acte le plus sain qu’on puisse poser.

Cette deuxième partie vaut, à elle seule, la lecture du livre. Parce qu’elle fait du bien. Parce qu’elle nous ramène à nous-mêmes. Parce qu’elle rappelle que, peu importe notre histoire, on a tous le droit de recommencer.

Sa plume, ici, se fait plus posée, plus claire. Elle ne raconte plus sa vie: elle nous tend la main.

Une troisième partie bafouilleuse

Les lettres qui ferment le livre se veulent universelles, mais manquent de cohérence. La lettre aux jeunes adultes est bienveillante, pleine d’espoir. Celles aux professionnels et aux décideurs, moins réussies. Jane mélange les systèmes français et québécois, cite des rapports de 1970 pour justifier des constats contemporains, et perd un peu le fil.

Son ton devient moralisateur, parfois même condescendant. Comme si elle oubliait que les adultes qu’elle interpelle portent eux aussi leurs blessures. On aurait aimé plus d’humilité, moins de leçons.

Jane termine son livre en partageant les ressources d’aide disponibles au Québec et en France, un ajout pertinent et bienveillant qui témoigne de son souci d’accompagner celles et ceux qui pourraient se reconnaître dans son parcours.

Un récit imparfait, mais nécessaire

À la recherche de ma bonne étoile: récit de persévérance d’une jeune placée dans les méandres du système de protection de l’enfance n’est pas un livre d’une enfant de la protection de la jeunesse. C’est celui d’une femme qui a traversé la tempête et qui, à travers l’écriture, a trouvé une forme de guérison.

Il ne parle pas vraiment de la persévérance d’une jeune placée dans les méandres du système, mais plutôt de la résilience d’une adulte qui refuse de se définir par ses blessures.

Ce livre, malgré ses failles, se lit avec le cœur. On y trouve des maladresses, des longueurs, des contradictions. Mais on y trouve aussi des vérités simples, puissantes, universelles: celle qu’on peut se relever, même quand tout semblait perdu.

La première partie touche. La deuxième élève. La troisième s’éparpille. Mais au final, on referme le livre avec le sentiment d’avoir croisé une femme vraie, imparfaite, profondément humaine.

Et ça, c’est peut-être ça, sa bonne étoile.

L'avis


de la rédaction

Nos recommandations :

Vos commentaires

Revenir au début