«Inconnus», une première autofiction pour Marianne Brisebois – Bible urbaine

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«Inconnus», une première autofiction pour Marianne Brisebois

«Inconnus», une première autofiction pour Marianne Brisebois

Apprendre à se connaître soi-même à travers un paradoxe identitaire

Publié le 9 avril 2026 par Jessica Samario

Crédit photo : Tous droits réservés @ Éditions Hurtubise

Le 8 avril, les Éditions Hurtubise ont fait paraître la toute première autofiction de Marianne Brisebois intitulée «Inconnus». Dans ce septième roman de l’autrice, on retrouve Laurence, une jeune femme en pleine quête identitaire à la suite de son divorce. Ayant perdu tous ses repères, l’autrice et professeure de français en langue seconde enchaîne les rencontres avec des voyageurs qui lui feront découvrir des côtés d’elle-même qui lui étaient complètement étrangers. Elle part vivre en Angleterre pour une durée indéterminée, non seulement en recherche constante de nouveautés, mais aussi pour pouvoir reconnecter avec son écriture.

Transposer l’humain dans des histoires nuancées

Depuis cinq ans, Marianne Brisebois a conquis un lectorat avec sa plume à la fois sensible et assumée. Dans son écriture contemporaine, elle aborde des thématiques universelles avec profondeur, notamment à travers les relations interpersonnelles et la découverte de soi.

Son premier roman, Sauf que Sam est mort (2021), a ouvert la voie à un parcours littéraire foisonnant suivi de Quelques solitudes (2022), Tant que ce sera l’été (2023), Mais l’automne est arrivé (2023) et Fragments d’Olivier (2025).

«J’ai fait mon bout de chemin en pente montante, et c’est ça qui me rend vraiment fière de la place que j’ai prise dans le monde littéraire. Chacun de mes livres a rejoint son public», a affirmé l’autrice.

«J’aime le fait de retrouver une certaine signature dans chacun de mes romans avec les relations intenses, les dialogues drôles et décomplexés, malgré les thèmes et les personnages complètement différents. Ce qui me motive, c’est de toujours incarner une nouvelle voix narrative.»

S’inspirer de son vécu pour créer à nouveau

Marianne Brisebois avoue être transportée par la fiction en premier lieu, puisque c’est ce qui fait émerger chez elle davantage d’idées.

«On me demande souvent si mes romans sont inspirés de ma propre vie et j’ai toujours dit que non. Des fois, on m’obstine. On me dit que ça ne se peut pas», a-t-elle raconté en riant. «Il y a des thèmes contemporains et des personnages qui ont sensiblement mon âge. Même si quelque chose est proche, ça ne veut pas dire qu’on raconte une histoire vécue.»

Elle était donc surprise elle-même de se lancer dans un projet d’autofiction avec le roman Inconnus, qu’elle considère comme très représentatif de sa réalité des dernières années.

«Comme le personnage de Laurence, j’ai vécu une rupture après une très longue relation. Puis, mes repères, mes certitudes et ma stabilité se sont envolés d’un coup», a-t-elle révélé.

Dans le roman, Laurence vit une sorte de panne d’écriture, puisque son attention est constamment dirigée dans cette urgence de vivre le moment présent. Il ne restait donc plus de place pour coucher ses pensées sur papier et laisser libre cours à son imagination. Elle affirme même qu’elle «ne savait plus attendre, alors elle ne savait plus créer».

L’autrice confirme vivre une relation similaire avec la création: «J’ai un rapport amour-haine avec mon processus d’écriture, parce que je le sais qu’il émerge de l’ennui, qui est très utile à la création. Étant donné que je suis énergique et que j’ai un cerveau toujours en ébullition, quand je ne me sens pas stimulée, on dirait que je vais sublimer cette énergie dans l’écriture.»

Se trouver soi-même tant dans son identité que dans ses découvertes

«L’identité propre du voyage a fini par tomber, laisser place à une revendication de qui je suis vraiment, non pas un canevas vide sur lequel déverser ses référents.»

Dans cet extrait et dans la suite du roman, on comprend que Laurence vit un paradoxe identitaire, puisqu’elle est attachée à sa langue, à sa culture et à son métier, mais elle se sent aussi bien dans des relations éphémères avec des voyageurs qui ne la connaissent pas réellement.

«Dans ce passage, Laurence est en Angleterre depuis un moment et elle commence à avoir l’impression qu’elle se met de côté dans une culture qui n’est pas la sienne, qu’elle vient avec un bagage de culture, de connaissances, de goûts personnels qu’elle a mis de côté pendant qu’elle s’abreuvait de nouveautés», a déclaré l’autrice.

Au fil de ses rencontres, Laurence développe des relations à travers lesquelles elle s’exprime constamment en anglais et la liberté que ça lui procure l’étonne, comme si «verbaliser ses émotions dans une langue étrangère était plus facile».

«Inconnus» de Marianne Brisebois est en librairie dès maintenant! Photo: tirée de la page Facebook de l’auteure

«C’est comme si c’est toi qui parles, mais ce n’est pas toi en même temps. Au lieu de chercher la finesse des mots exacts, on est juste soulagé de ce qu’on arrive à dire, et ça crée un mur entre notre vulnérabilité et la personne qui est avec nous», a expliqué la créatrice du roman.

S’épanouir en tant que femme en déconstruisant les modèles déchus

Une profonde remise en question du personnage principal sur ses désirs, son avenir et son rôle à jouer illustre une recherche d’épanouissement qui est souvent restreinte pour les femmes dans la société d’hier et d’aujourd’hui.

«Dans mes romans en général, je tiens toujours à incarner des personnages féminins forts et j’aime aussi qu’ils se choisissent eux-mêmes. Je pense que ça permet de faire réaliser pourquoi ça nous confronte autant. C’est parce qu’on est habitué·es à des modèles féminins qui ne font que vivre dans le don de soi, en priorisant l’autre, en restant dans la douceur, et qui ne s’autorisent jamais des parts d’égocentrisme», a partagé Marianne Brisebois, heureuse de transposer des idées féministes dans son œuvre.

Au début du roman Inconnus, le personnage de Laurence quitte son mari après qu’il ait reçu le diagnostic d’une maladie chronique qui l’a fait sombrer dans la dépression.

«On pourrait se dire Voyons, elle se victimise alors que c’est lui qui est malade! C’est vrai, mais être avec quelqu’un toujours en dépression, ça l’empêchait de vivre sa vie pleinement, d’avoir de l’énergie, d’être dans un milieu positif à la hauteur de ce qu’elle avait comme aspirations et comme ambitions», a justifié l’autrice.

Dans ses relations éphémères qui ont suivi, Laurence considère peu le ressenti des autres, puisqu’elle se cherche elle-même.

«Elle a quand même la lucidité de voir qu’elle instrumentalise certaines relations où elle évite de se mettre dans la peau de l’autre pour se prioriser elle-même. Je trouve que ça donne une perspective intéressante où la femme n’est pas toujours une victime et ça démontre bien qu’elle a la force de prendre des décisions pour elle», a renchéri l’artiste.

Retrouver un sentiment d’appartenance dans les amitiés significatives

Comme vous l’aurez compris, ce livre raconte plusieurs histoires avec des hommes étrangers, mais il est pourtant dédicacé à une femme en particulier, Mylena.

L’autrice tenait à lui dédier cette œuvre afin de signifier l’importance qu’elle a eue lors de cette période trouble de sa vie: «Ma meilleure amie Mylena est la personne qui me connaît le mieux, qui connaissait mes désirs d’adolescente, les choses que j’exprimais sans penser aux conventions de la vie d’adulte. Quand il y a eu ces grands bouleversements où je me suis retrouvée à vivre pour moi-même, elle est vraiment revenue dans ma vie. Pourtant, elle incarne une certaine familiarité, elle se trouve dans ma zone de confort. Ç’a été une relation à laquelle je me suis accrochée pour me recentrer sur moi-même et pour ne pas me perdre en étant portée par la nouveauté.»

De belles amitiés habitent d’ailleurs les pages de ce livre, notamment celles que Laurence entretient avec son colocataire Santiago et sa sœur Monica, un autre personnage féministe qui amène des réflexions pour sortir des tabous.

Après cette aventure chargée en émotions, en réflexion et en apprentissage, l’autrice a retrouvé l’espace et l’inspiration pour partager son histoire romancée avec nous et pour se déposer à son tour.

«Je pense que, pendant longtemps, l’erreur était de croire qu’après avoir vécu toute cette effervescence de nouveautés, j’allais considérer que je serais déposée quand j’allais me sentir comme avant. C’est faux, parce que j’ai cheminé et je ne suis plus la même personne qu’il y a quatre ans. Mon voyage en Angleterre m’a vraiment permis de reconfirmer mon sentiment d’appartenance à ma vie ici à Montréal. J’ai appris ce qu’était mon équilibre à moi», a conclu Marianne Brisebois.

Ce printemps, plongez dans le roman Inconnus de Marianne Brisebois, une histoire à la fois libératrice et profondément touchante. Vous retrouverez son livre au coût de 27,95 $ dans vos librairies indépendantes préférées ou à 20,99 $ en version numérique.

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions Hurtubise.

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