«Dans la peau de...» Maeva Guedjeu, poétesse et auteure qui fait valser les mots au rythme de ses émotions – Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Maeva Guedjeu, poétesse et auteure qui fait valser les mots au rythme de ses émotions

«Dans la peau de…» Maeva Guedjeu, poétesse et auteure qui fait valser les mots au rythme de ses émotions

Un premier recueil de nouvelles qui donne une voix aux femmes

Publié le 31 octobre 2025 par Éric Dumais

Crédit photo : Gabrielle Dallaporta

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Aujourd’hui, nous avons eu le bonheur de rencontrer Maeva Guedjeu, une poétesse et auteure ottavienne d'origine camerounaise qui a récemment fait preuve de courage et de résilience en venant à la rencontre d'une nouvelle culture, ici même au Canada. Alors que les Éditions L'Interligne ont dévoilé son premier recueil de nouvelles, intitulé «Des silences et des murmures», on a eu envie d'en savoir plus sur cette succession d'histoires où elle nous dévoile des portraits de femmes à travers lesquels elle a trouvé «des silences bruyants et des murmures étouffés».

Maeva, on te souhaite la bienvenue à ce portrait d’auteure en cinq questions! Tu es diplômée en littérature négro-africaine de l’Université de Douala, au Cameroun, et c’est en 2023 que tu as fait le grand saut en venant t’installer au Canada. Une fois fraîchement arrivée dans la capitale, tu as entrepris des études en travail social à l’Université d’Ottawa. Alors, deux ans plus tard, es-tu fière de la trajectoire parcourue, de Camerounaise à Ottavienne?

«Bonjour, Bible urbaine. Merci de me recevoir aujourd’hui. Oui! Je suis fière du chemin parcouru entre hier et aujourd’hui. Partir de chez soi et repartir de zéro dans un pays qui était jusque-là un nom sur la carte du monde, c’est une entreprise qui nécessite du courage. On en devient plus résilient. Entre découverte de la nouvelle terre d’appartenance et redécouverte de soi, on s’engage vers une identité nouvelle; beaucoup plus grande, beaucoup plus colorée.»

«Deux années semblent être peu, mais, pour moi, cela représente un univers traversé, des défis, des découvertes, des rencontres merveilleuses. Ce sont aussi des projets de vie: les études et la littérature

«Je porte à la fois une satisfaction justifiée et une motivation ferme à poursuivre mon aventure en tant qu’Ottavienne.»

D’hier à aujourd’hui, ton cœur n’a jamais vraiment cessé de battre la mesure pour ta passion première, la littérature. Et plus spécialement pour la poésie, scène pour laquelle tu as su te montrer fort active. D’où vient cette sensibilité artistique pour les mots et les sonorités, et qu’est-ce qui te fait le plus de bien dans l’écriture en général?

«Tout a commencé avec la poésie. Mes premières inspirations ont été des textes de poésie à huit ans. J’ai du mal à définir quel en a été l’élément déclencheur, mais ce dont je me souviens, c’est qu’il s’agissait de répondre à une invitation de la nature.»

«J’ai la certitude que la poésie fait partie de l’essence de notre humanité. Je suis une personne hypersensible aussi. La littérature en général, et la poésie en particulier dans ma vie, répondent au besoin de vivre, d’exister dans l’espace, de communiquer, de partager. Avec la poésie, il est plus facile, pour moi, de me dissimuler. Je suis une amoureuse de la musique, d’où cette musicalité qui habite mon écriture. J’aime faire valser les mots au rythme de mes émotions.»

«Avant d’emprunter le chemin de la plume, j’ai toujours été une lectrice passionnée. Mon cœur de lectrice a toujours fondu devant la poésie. Même dans le roman, je suis facilement entraînée par une écriture dont la poésie ne cherche ni à s’effacer ni à se justifier.»

Le 22 octobre, les Éditions L’Interligne ont fait paraître en librairie ton premier ouvrage, Des silences et des murmures, un recueil de nouvelles qui est bien plus qu’un simple hommage à la féminité; «c’est un appel à la pleine conscience des relations, une invitation à revisiter les moments charnières de la vie et à tendre l’oreille aux murmures réparateurs de l’expérience humaine», et ce, à travers le regard d’une galerie de personnages féminins de tous âges. Raconte-nous comment l’inspiration derrière ces histoires est venue jusqu’à toi.

«C’est un regard sincère posé sur moi et mon entourage.»

«Des silences et des murmures s’est présenté à moi sous la forme de questionnement sur les parcours de vie des femmes autour de moi. Au moment où je cherchais un repère dans cette kyrielle de représentations féminines, j’ai trouvé à travers leurs histoires des silences bruyants et des murmures étouffés. Cela représente toutes les fois où j’ai pleuré, espéré ou chanté avec elles. J’ai trouvé ma place auprès d’elles; tout comme la voix de la nouvelle Sorore, j’ai choisi de leur donner la parole.»

«C’est mon langage d’amour envers les femmes de ma vie et toutes les femmes en général. Donner vie à des expériences bien que singulières, mais infiniment significatives dans la construction d’une humanité plus forte et une féminité plus résiliente.»

Au fil des pages, tu abordes divers thèmes qui sont chers à tes yeux: d’abord, celui du départ, avec lequel tu es familière, mais tu explores également le poids des silences, les traumatismes, bien sûr, ainsi que «les élans d’amour et les quêtes d’identité qui façonnent l’intime et l’humain». Parle-nous de leur importance, et dis-nous aussi pourquoi tu as préféré la forme du recueil de nouvelles à celle du roman, par exemple, pour raconter ces différentes trajectoires humaines?

«Je crois que le silence est une prison invisible. Lorsqu’une douleur, aussi infime soit-elle, est passée sous silence, elle est capable d’engendrer les plus grandes tragédies de l’humanité.»

«L’être humain, comme il se présente au monde, se construit à travers les liens de filiation et d’amour, les déceptions et les rejets. L’importance de s’attarder sur ces thèmes se justifie simplement par mon envie de voir éclore des liens sociaux forts, loin de cette impatience et de cette fragilité qui caractérisent le monde moderne. Tout va trop vite. C’est une invitation à vivre des expériences humaines authentiques basées sur l’empathie, l’amour du prochain, la justice, etc.»

«La diversité des expériences a motivé le choix du genre littéraire lors de la conception de mon livre. Il était hors de question d’invisibiliser une voix au profit d’une autre. Je souhaitais créer ce panorama d’identités et une symphonie des expériences. La nouvelle m’a permis de donner à chacune de mes héroïnes un espace pour défendre son histoire jusqu’à la dernière ligne.»

Toi qui as toujours eu une grande affinité avec la poésie, aimerais-tu nous partager, en vers s’il vous plaît – et les rimes ne sont pas obligatoires ici! – les raisons pour lesquelles nos lecteurs et lectrices devraient absolument porter une attention particulière à ton livre?

«Je vous propose un extrait de mon poème Voyages, car il s’agira de cela dans Des silences et murmures: ouvrir son cœur au voyage».

Demain c’est certain je partirai

Où? Je n’en ai aucune idée

Vers d’autres contrées

Voir d’autres réalités

Rire de nouvelles inanités

Vivre d’autres inégalités

 

Demain viendras-tu avec moi

Courir sur les vagues et les tempêtes

Surfer sur le temps et ses contretemps

Naviguer sur le soleil dans un ciel épanoui

Viendras-tu, toi?

Vêtu de tes victoires et tes défaites

Flanqué de ton boubou dans ce vent

Le cœur dansant sur l’horreur

Pourras-tu…

Des silences et des murmures de Maeva Guedjeu, publié aux Éditions l’Interligne, est actuellement en vente dans une librairie près de chez vous au coût de 22,95 $ (papier) ou 17,99 $ (PDF et ePub). Et pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le labibleurbaine.com/nos-series/dans-la-peau-de.

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions l’Interligne.

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