«Dans la peau de...» Jean-Charles Panneton, historien, politologue, chroniqueur et militant LGBTQ+ – Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Jean-Charles Panneton, historien, politologue, chroniqueur et militant LGBTQ+

«Dans la peau de…» Jean-Charles Panneton, historien, politologue, chroniqueur et militant LGBTQ+

La radio et l'écriture: un bel équilibre pour transmettre notre histoire

Publié le 30 mars 2026 par Éric Dumais

Crédit photo : Guy Arsenault

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Aujourd’hui, nous avons eu le plaisir de discuter une fois de plus avec Jean-Charles Panneton, historien, politologue, chroniqueur et militant LGBTQ+, puisque les éditions du Septentrion ont fait paraître en librairie son ouvrage le plus personnel à ce jour, et aussi celui qui lui tient le plus à cœur: «Histoires LGBTQ+ au Québec et au Canada». Faites la découverte d'un livre qui donne l'heure juste sur l'histoire de la communauté et qui servira d'outil pédagogique pour tous.

Jean-Charles, c’est un plaisir de t’accueillir à nouveau à cette série d’entrevues! Le temps passe vite… la preuve: en 2021, on a fait connaissance autour de La politique québécoise. Élections, scandales et réformes (1950-1990), et, en 2023, on avait échangé autour des Rendez-vous d’histoire du Québec, où tu donnais une conférence sur l’homosexualité dans l’histoire politique du Québec. Dis-nous tout: quelles ont été tes plus grandes fiertés sur le plan professionnel ces dernières années, et qu’est-ce qui t’occupe l’esprit actuellement?

«Oui, le temps file rapidement. Au printemps 2025, je publiais le troisième et dernier tome sur le gouvernement Lévesque, le plus colosse des trois avec 504 pages! Je ne sais pas si c’était le dernier tome, car je pourrais poursuivre avec d’autres tomes sur les gouvernements péquistes suivants.»

«Parallèlement à la recherche et à l’écriture se sont ajoutées mes chroniques aux émissions Dessine-moi un matin et Aujourd’hui l’histoire. C’est d’ailleurs à partir de ces chroniques qu’a pris forme mon dernier livre Histoires LGBTQ+ du Québec et du Canada, sur une idée lancée par Myriam Lévesque des éditions du Septentrion. Disons que j’aime bien la radio autant que l’écriture pour transmettre notre histoire. J’y trouve un bel équilibre.»

«En ce qui a trait à mes projets, je travaille présentement sur l’écriture d’un livre qui portera sur les 24 heures chrono (comme la série populaire d’ailleurs) de la journée électorale du 15 novembre 1976 et qui sera publié à la date anniversaire. J’ai aussi un second projet qui porte celui-là sur l’hiver et les Québécois: un voyage fascinant dans le temps sur nos perceptions de ce personnage central qu’est cette saison.»

La dernière fois qu’on s’est parlé, tu nous disais être investi à la rédaction du tome trois de ta série intitulée Le gouvernement Lévesque. Sorti en trois volumes de 2016 à 2025, ce dernier chapitre de 504 pages vient clore plusieurs années de recherches à travers lesquelles tu as raconté l’histoire du gouvernement le plus marquant de l’histoire contemporaine du Québec. Qu’est-ce qui t’a motivé, il y a une dizaine d’années, à te lancer dans cet ambitieux projet d’écriture?

«Pour être honnête, je n’avais peut-être pas bien mesuré l’ampleur d’un tel projet… mais c’est Denis Vaugeois, mon éditeur à l’époque et historien reconnu, qui m’a convaincu de me lancer. Il faut dire qu’il est convaincant! Plus sérieusement, il m’a mis en contact avec ses anciens amis et amies ministres. C’était un projet pour un historien qui se présente une fois dans la vie, très stimulant en soi, car, en plus des entrevues, il y avait de nombreux fonds d’archives et notamment les procès-verbaux des conseils des ministres qui étaient très éclairants.»

«Bien qu’il m’a fallu relever de nombreux défis, je ne regrette pas d’avoir fait ce projet. J’en suis assez fier.»

Tout récemment, les éditions du Septentrion ont fait paraître en librairie ton plus récent ouvrage, Histoires LGBTQ+ au Québec et au Canada, un livre qui se veut «un rappel nécessaire, vibrant, urgent et profondément humain», dans un monde «bousculé par la montée de l’extrême droite populiste et des discours de haine». Le sujet est vaste: les grandes luttes et avancées sociales, l’homosexualité en politique, le Village gai de Montréal, les unions et mariages civils de conjoints de même sexe, et on en passe. On est curieux de savoir: est-ce qu’il y a eu un élément déclencheur pour que l’historien en toi décide d’écrire sur le sujet?

«C’est probablement le projet qui m’est le plus personnel. Comme militant LGBTQ+, la grande histoire de la communauté recoupe mon histoire personnelle. Plusieurs des périodes abordées, du moins depuis le début des années 1980, je les ai vécues. Mais ce qui m’a le plus motivé à faire ce livre, c’est le fait que j’entendais toutes sortes d’inexactitudes sur l’histoire de la communauté, et plus encore dans les discours politiques d’extrême droite.»

«Je crois que, dans le contexte politique et social actuel, il faut plus que jamais se rappeler cette histoire qui constitue un formidable outil pédagogique qui s’avère essentiel et pas seulement pour la communauté LGBTQ+, mais pour tout le monde.»

Tu le dis toi-même dans l’introduction de ton livre, «cette histoire [de la communauté LGBTQ+], aussi ancienne que l’humanité elle-même, est tissée de combats, de drames, de victoires éclatantes et de figures extraordinaires». En effet, dans l’Antiquité, l’homosexualité était admise et acceptée, et c’est la montée en puissance du christianisme qui a tout renversé. Raconte-nous brièvement ce chapitre sombre de l’histoire, et dis-nous quelles sont ces figures extraordinaires qui ont lutté, parfois au péril de leur vie, pour dénoncer la discrimination et revendiquer l’égalité des droits.

«En fait, ce sont les trois grandes religions monothéistes qui ont forgé une binarité culturelle rigide de l’homme et de la femme, en rejetant tout ce qui n’entrait pas dans ces normes sociales. Avant ces religions, les civilisations de l’Antiquité vivaient avec l’homosexualité si bien qu’on en retrouve des traces dans leurs littératures et mythologies. Je pense ici au célèbre couple de Ganymède et Zeus. Même chose pour plusieurs peuples autochtones en Amérique.»

«Mais avec l’arrivée des colons européens et des missionnaires, ce sont les valeurs judéo-chrétiennes qui ont triomphé. Quant aux figures extraordinaires, elles sont nombreuses, mais je dirais qu’à travers les époques, on retrouve des personnages tels qu’Oscar Wilde, Elsa Gidlow, James Baldwin et Harvey Milk.»

«Il faudrait aussi parler des alliés de la communauté. Je pense spontanément au Français Robert Badinter. Mais il y aurait une très longue liste à dresser… D’ailleurs, j’en dresse une pour un prochain livre sur des histoires LGBTQ+.»

Pour ceux et celles qui suivent assidûment les actualités et qui désespèrent d’entendre au quotidien, en 2026, des discours haineux qui écorchent les homosexuels, les personnes trans, les identités de genre, comment se fait-il, d’après toi, que l’on connaisse, dans nos sociétés modernes, un tel recul, alors qu’un progrès inouï a pourtant été réalisé depuis des décennies, en Amérique du Nord comme en Europe?

«Il faut dire que les luttes menées dans les années 1970 et 1980 ont permis un certain nombre d’avancées pour l’égalité des droits des personnes LGBTQ+. Mais dans le contexte actuel, notamment avec l’élection de Donald Trump aux États-Unis, un discours de haine s’est libéré.»

«Parallèlement, à cette droite populiste et religieuse, il y a aussi des mobilisations importantes: la grande manifestation de près de 200 000 personnes à Budapest en juin 2025 pour protester contre l’interdiction de manifester du très conservateur premier ministre hongrois, Viktor Orban, qui en est un exemple flagrant.»

«Et des combats judiciaires dans plusieurs pays permettent des avancées aussi. Je dirais en conclusion que jamais les droits ne sont acquis et qu’il faut toujours rester vigilants et mobilisés pour ne pas reculer. C’est notre seule garantie pour le droit d’aimer qui l’on veut et de vivre conformément à notre nature profonde.»

Histoires LGBTQ+ au Québec et au Canada de Jean-Charles Panneton, publié aux éditions du Septentrion, est actuellement en vente dans une librairie près de chez vous au coût de 29,95 $ (papier) ou 14,99 $ (PDF ou ePub). Et pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le labibleurbaine.com/nos-series/dans-la-peau-de.

*Cet article a été produit en collaboration avec les éditions du Septentrion.

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