LittératureDans la peau de
Crédit photo : Les éditions du Septentrion @ Tous droits réservés
Elizabeth, on vous souhaite la bienvenue! C’est un plaisir d’échanger avec vous. Vous avez été journaliste à la Société de Radio-Canada et professionnelle de l’informatique au gouvernement du Canada, expérience qui vous a permis, entre autres, de rédiger de nombreux articles sur la numérisation du gouvernement et le transfert des connaissances. Parlez-nous brièvement de votre parcours et des défis que vous avez toujours su relever avec brio.
«Pour les défis, ç’a toujours été la méthode essai-erreur… et j’ai eu ma dose d’erreurs!»
«J’ai eu un immense plaisir à pratiquer d’abord le métier de journaliste au début de ma vie professionnelle. Puis, dans les années 1990, j’ai pu utiliser cette expérience au moment de la création du portail principal du gouvernement du Canada. Pensons à toutes les transformations qui ont suivi: la grande marée de données numériques, personnellement, je ne l’avais pas vue venir! C’est là qu’on a commencé à utiliser le storytelling comme méthode de partage des connaissances.»
«J’ai donc appris à valoriser les anecdotes et, plus tard, lorsque j’ai retrouvé le récit de mon grand-père Louis-Arthur Richard sur le peintre Horatio Walker, j’ai reconnu qu’il était un bon conteur, mais aussi que ses archives débouchaient sur une réflexion plus profonde sur la gestion du patrimoine, l’histoire de l’art et l’histoire administrative.»

Le 2 juin, les éditions du Septentrion vont faire paraître en librairie le livre Horatio Walker. Regards intimes sur le peintre et l’île D’Orléans. Souvenirs de Louis-Arthur Richard, un livre dirigé par vous-même, et qui porte sur ce peintre et photographe ontarien (1858-1938), dont l’œuvre entière est vouée à la campagne québécoise, plus particulièrement à l’île d’Orléans, qu’il a tant chérie de son vivant. Comment en êtes-vous arrivée à travailler sur ce projet, et qu’est-ce qui vous fascine tant chez cet artiste?
«J’ai trouvé une copie du récit principal de ce livre – un tapuscrit sur papier carbone fragile – dans les dossiers de mon père, le fils de Louis-Arthur. Il s’agissait d’une centaine de pages, friables et un peu écornées, mais bien classées. En plongeant dedans, j’ai découvert… une bande de copains, tous inconditionnels des charmes de l’Île d’Orléans!»
«L’artiste Horatio Walker et ses amis artistes ou fonctionnaires, comme mon grand-père, s’extasiaient sur la beauté du lieu, se mobilisaient pour le protéger, mais surtout, ils racontaient les gens de l’Île. Walker parlait des marins qui avaient fait le tour du monde, des forgerons doublés de commentateurs politiques, des habiles fermières riant de son accent tout en continuant leurs tâches.»
«Le livre décrit aussi les drames familiaux de Walker, et on comprend, à la lecture, que les gens de l’Île l’ont aidé à soigner ses blessures. Il s’agit bien d’une histoire d’amour!»
Ce livre, qui intéressera à coup sûr les amateurs d’histoire de l’art et du patrimoine, regorge de souvenirs et d’archives écrites de Louis-Arthur Richard, qui a été l’ami, le voisin et le liquidateur de la succession d’Horatio Walker. Il contient aussi des textes inédits accompagnés d’essais de spécialistes, tels que Gilles Gallichan, Anne-Yvonne Jouan, Pierre Lahoud, John R. Porter et Anne-Elizabeth Vallée. Dites-nous sur quoi portent les différentes parties de ce livre exactement.
«J’ai eu le privilège de faire ce livre avec des spécialistes en histoire de l’art et du patrimoine, artistes et archivistes. Ils et elles utilisent les détails anecdotiques pour réinterpréter le legs du peintre.»
«Pierre Lahoud nous accueille avec un survol du destin artistique et patrimonial de l’Île d’Orléans. Anne-Élisabeth Vallée voit la page qui se tourne sur «une grande époque dans l’histoire de la peinture canadienne», comme la décrit Louis-Arthur Richard. John R. Porter fait un portrait inédit de Charles Joseph Simard, un visiteur régulier de Walker, dont l’influence sur la politique culturelle fut déterminante jusqu’à sa mort prématurée en 1931. Gilles Gallichan relie l’histoire de Sainte-Pétronille à la construction de l’image culturelle, artistique et symbolique de l’île d’Orléans. Anne-Yvonne Jouan raconte comment Horatio Walker a fait de Sainte-Pétronille un foyer d’art toujours actif de nos jours.»
«Pour ma part, j’explore le lien fusionnel entre l’artiste et les habitants.»
Et qu’espérez-vous que les lecteurs et lectrices retiennent de cet ouvrage, un coup la dernière page tournée?
«Le témoignage de Louis-Arthur Richard nous transporte au cœur de ce qui est vraiment un art de vivre à l’Île, bien que les insulaires aient été coupés du continent pendant 300 ans. Nul doute que le pont construit en 1935 a ouvert d’importantes opportunités, mais la protection de ce précieux patrimoine demeure un souci.»
«L’Île, c’est comme Chartres…», chante Félix Leclerc: c’est une construction puissante dans l’imaginaire québécois, mais toujours à protéger.»
«Ce livre met aussi en valeur une génération de fonctionnaires méconnue et nous fait remonter à la naissance du Musée de la Province, l’actuel MNBAQ. C’est en 1926 – il y a cent ans –, nous révèle John R. Porter que le musée fut fondé, et les œuvres de Walker occupèrent une place centrale dans ses collections initiales de l’entre deux guerres.»
«Mais le vent tourne, en art comme en toutes choses. Les scènes glorifiant la tradition agricole ont été balayées par les jeunes artistes préfigurant la vague du Refus global, et ont forcé cette page de l’histoire de l’art canadien à se tourner.»

«Le Père Célestin». Photo: https://www.mnbaq.org/
Les œuvres d’Horatio Walker, majoritairement exposées à New York, contribuent à la renommée internationale de l’artiste, lui qui repose en paix à la Chapelle anglicane St-Mary’s. D’ailleurs, ce lieu accueillera exceptionnellement le public à l’occasion du lancement de ce livre le 4 juin prochain. Pour vous, quel est le legs majeur de cet artiste qui incarne «la page qui se tourne sur une grande époque de la peinture canadienne»?
«Horatio Walker aura été l’artiste canadien le plus accompli de sa génération, à une époque où il n’y avait pas d’écoles d’art au Canada. Mais surtout, Walker aura fait connaître et apprécier le savoir-vivre «canadien-français» chez nos voisins du Sud!»
«Les collectionneurs de New York, Chicago et autres grandes villes industrielles du Gilded Age, l’époque du développement industriel sauvage, se faisaient compétition pour avoir dans leurs maisons opulentes, le portrait du fermier Célestin Rousseau, méditant sur sa corde de bois.»



