LittératureDans la peau de
Crédit photo : Alma Kismic
Ariane, enchanté! C’est la toute première fois qu’on a l’occasion de t’accueillir pour un brin de jasette qui s’annonce déjà bien sympathique! Ne perdons pas de temps! Native du Bas-Saint-Laurent, tu vis à Québec depuis une bonne dizaine d’années. Tu as étudié en littérature ainsi qu’en éducation, et tu es conseillère pédagogique au collégial. Parle-nous brièvement de ta passion pour les mots et pour la psychologie humaine.
«Enchantée! Comme plusieurs auteurs, le besoin de m’exprimer à l’écrit m’habite depuis l’enfance. Je me perdais dans les univers complexes que je créais dans ma tête et je n’avais pas le choix de les documenter sur papier pour m’y retrouver! Je pouvais m’enfermer dans ma chambre pendant des heures pour écrire; des journaux intimes, des paroles de chansons, des poèmes, mais surtout d’innombrables histoires et un peu trop de fan-fiction.»
«Je pourrais vous faire la liste des films pour lesquels j’ai essayé de réécrire la fin dans un cahier Canada, étant donné que la version originale ne me convenait pas!»
«Aujourd’hui, mon grand intérêt pour tous les genres littéraires confondus vient du fait qu’à la base, je suis à la recherche de bonnes histoires, peu importe le médium utilisé pour les transmettre. Dans les romans, j’ai un faible pour les infimes détails qui sont le reflet d’un regard sensible sur l’existence. J’aime, sans distinction, être amusée, troublée, émue, horrifiée.»
«Ma passion des mots vient donc d’abord de mon grand appétit pour la lecture. La création, pour moi, était avant tout individuelle et secrète. Il m’a fallu un certain temps pour réaliser qu’elle me servirait aussi à connecter avec les autres.»
En bonne amoureuse des mots, tu as fait paraître, en 2019, un premier roman, Les mouches en papier (Éditions du Carré), de même qu’une autofiction réfléchie, avec une pincée d’humour, sur le corps des femmes et l’influence des réseaux sociaux, avec Ma laideur n’influence personne (L’instant même), en 2024. On aimerait t’entendre sur ces thèmes que tu as explorés à travers l’écriture et qui trouvent un écho fort en toi.
«Avec Ma laideur, j’ai eu envie d’écrire de façon décomplexée sur le corps. Je voulais incarner un exemple d’acceptation de soi, et la meilleure façon de le faire, c’était de me mettre à nu moi-même en faisant l’historique de ma propre relation avec mon corps.»
«Cette thématique se retrouve une fois de plus dans mes écrits, puisque Constance ouvre le premier tome des Triplettes en nous soulignant d’emblée qu’elle est laide, à la différence de ses sœurs qui sont plutôt magnifiques. C’est un sujet qui a été difficile pour moi, à l’adolescence, mais je choisis de l’aborder, toujours avec humour. Il y a quelque chose de puissant qui s’opère quand on décide de foncer dans la vie sans se réduire soi-même à ses propres insécurités. En ce sens, le personnage de Constance est un bel exemple de résilience, car elle arrive à ne pas se laisser engloutir par une opinion négative d’elle-même et à poursuivre ses aspirations.»

Le 9 avril, les Éditions Hurtubise ont dévoilé les tomes 1 et 2 d’une trilogie à venir, Les triplettes – Constance l’imparfaite et Agathe l’amoureuse. Dans cette série au rythme trépidant et à l’humour fin, au centre de laquelle brillent des personnages réalistes, imparfaits, certes, mais assurément attachants, tu abordes, avec le trait de lucidité qu’on te connaît, l’image corporelle, l’anxiété de performance chez les jeunes, ainsi que les relations toxiques qui gâchent une vie. D’où t’est venue l’envie d’écrire cette histoire autour du trio d’adolescentes Constance, Agathe et Bérengère, et pourquoi l’avoir fait en trois volets?
«Pour être parfaitement honnête, je n’arrivais pas à faire une sélection parmi ces thèmes, et il me semblait exagéré qu’un seul personnage principal traverse tout ce que j’avais en tête au cours d’une seule histoire.»
«L’idée des triplettes est venue de ce désir de créer trois arcs narratifs. Chaque triplette aurait sa voix et son histoire, en alternance dans chacun des tomes. Le fait de multiplier les personnages, mais de se limiter à une seule famille, me permettait d’aller plus loin dans les relations entre sœurs et d’explorer davantage la dynamique avec leurs parents.»
«Arrêter après deux tomes, dans ce contexte, aurait tracassé mon besoin de cohérence. On ne fait pas de duologie quand on a la chance d’être trois!»
Une chose est sûre, qui dit triplettes dit trois fois plus d’action, mais aussi trois fois plus de drama! À travers ce miroir d’un quotidien que plusieurs de nos lecteurs et lectrices reconnaîtront, qu’espères-tu susciter, chez chacun et chacune, comme émotion, une fois la dernière page tournée?
«Au risque de paraitre clichée, je souhaite insuffler un peu d’humour dans la vie des jeunes lecteurs et lectrices qui s’en mettent déjà amplement sur les épaules. J’espère humblement amener un peu de légèreté entre les pages et traiter des grands apprentissages de l’adolescence avec bienveillance.»
«Une enseignante d’origine française m’a un jour dit qu’au Québec, nous avions tendance à stigmatiser l’erreur plutôt que de la voir comme une opportunité d’apprentissage. C’est quelque chose qui me revient souvent en tête, d’autant plus que je travaille en éducation. L’adolescence est une période durant laquelle nous sommes en pleine évolution. En mettant en scène des personnages imparfaits dans des scènes quotidiennes, qui se trompent, qui subissent les échecs et qui se relèvent, j’espère encourager les jeunes à poser un regard plus doux sur leurs propres imperfections.»
Le troisième et dernier tome, Bérengère la performante, paraîtra quant à lui au courant de l’automne. Sans trop divulgâcher notre plaisir, peux-tu au moins nous donner un avant-goût de ce qui nous attend dans quelques mois? Vraiment, ce fut un plaisir de discuter avec toi. À très bientôt!
«Le tome 2 se clôt sur un changement important dans la dynamique familiale des triplettes. Celui-ci va affecter profondément Bérengère, à qui ce tome est dédié. Ses convictions seront ébranlées et quelques accrochages sont à prévoir avec Mom.»
«En ce qui concerne ses sœurs, le tome 3 débute avec l’entrée en secondaire 5 et toutes les réflexions qui viennent avec cette dernière étape. Si la voie de Bérengère semble tracée depuis des années, pour Agathe et Constance, l’avenir est de plus en plus incertain. Les amitiés seront mises à rude épreuve, et il y aura des départs (et des retours!) dans le clan des triplettes.»
«Est-ce que Constance va finalement se faire un chum? Est-ce qu’elle connaîtra au moins une réussite dans un projet parascolaire? Comment Agathe va-t-elle vivre avec la popularité grandissante de Cédrick? Et surtout, avec qui les triplettes iront-elles au bal?»
«Pour le savoir, il faudra attendre le mois d’août, bien sûr. 😉»



