3 bonnes raisons de lire «N'oublie pas les étoiles» de Véronick Talbot – Bible urbaine

Littérature3 bonnes raisons de

3 bonnes raisons de lire «N’oublie pas les étoiles» de Véronick Talbot

3 bonnes raisons de lire «N’oublie pas les étoiles» de Véronick Talbot

Parfois, il suffit d'une rencontre pour rallumer la lumière qu'on croyait éteinte

Publié le 3 novembre 2025 par Nancy Boulay

Crédit photo : Mélissa Wilcox (pour l'illustration de la couverture)

Il y a des romans qu'on ouvre sans s'attendre à être bouleversé et qui, pourtant, s'installent tranquillement dans nos pensées, comme une présence discrète qui ne veut plus repartir. «N'oublie pas les étoiles» de Véronick Talbot fait partie de ceux-là. Ce n'est pas un livre bruyant ni spectaculaire: c'est une histoire qui respire à hauteur d'humain. Celle d'un homme et d'une femme qui ne se cherchent pas, mais qui finissent par se trouver, là où plus rien ne semblait possible. Nathan a perdu Sofia, son ex-amoureuse, qui s'est enlevé la vie quatre mois plus tôt. Florence, elle, gravite dans une relation qui ne lui ressemble plus, à force de toujours avoir voulu plaire. Tous deux avancent dans un brouillard de doutes et de fatigue, jusqu'à ce que leurs chemins se croisent. Ce roman, c'est la lenteur de la guérison, la fragilité du recommencement, la lumière qu'on retrouve parfois au détour d'une rencontre inattendue.

Parce que la douleur y est racontée avec justesse

Nathan quitte Terrebonne et s’installe à Québec avec l’espoir flou que changer de décor suffira à alléger le poids du passé. Dans les premières pages, il visite la maison qu’il avait imaginée avec Sofia: celle qu’ils avaient rêvée ensemble, qu’Antoine, son meilleur ami, avait dessinée pour eux. Il en parcourt les pièces une dernière fois, sans descendre au sous-sol, incapable de s’y rendre, et trace au bas du mur menant à celui-ci un signe infini, comme un adieu silencieux.

Ce que Véronick Talbot réussit à transmettre avec une justesse touchante, c’est la vérité du deuil. Le quotidien qui reprend, même lorsqu’on n’en veut pas. Les boîtes qu’on n’ouvre pas. Les conversations qu’on évite. La mémoire qui s’invite malgré soi, dans un parfum, une chanson, un rayon de lumière. L’autrice ne cherche jamais à provoquer les larmes; elle raconte ce qui reste quand les cris se sont tus. Elle observe, elle murmure, elle laisse ses personnages respirer.

On sent tout le poids de la perte dans la retenue du style. Pas de pathétisme, pas d’effets. Simplement la vérité nue de ceux qui survivent parce qu’ils n’ont pas le choix. Et dans cette pudeur, quelque chose de profondément apaisant: la certitude que la douleur n’efface pas tout, qu’elle teinte.

Parce que l’amour y est imparfait, mais vrai

Florence mène une existence bien rangée: chaque jour, le cadran sonne à 5 h 01, suivie d’une course, d’un smoothie vert et d’un agenda plein à craquer. Attachée politique, elle vit au rythme des échéances et de son couple avec Julien, un homme aussi méthodique que prévisible. Ensemble, ils forment un duo fonctionnel, mais sans souffle.

Elle ne se sent ni vue ni entendue, comme si elle avait effacé une partie d’elle-même pour cadrer avec ce qu’on attend d’elle.

Après un souper trop arrosé avec ses collègues-amis, Florence croise Nathan qu’elle ne connaît pas encore dans un restaurant. L’alcool la désinhibe: elle se confie, sans détour, à cet homme. Elle lui parle avec une sincérité sans filtre, comme si le hasard lui offrait un moment de répit. Elle lui raconte sa lassitude, ses peurs, sa difficulté à quitter ce qui ne lui fait plus de bien. Il l’écoute, sans juger. Et dans cette écoute naît un espace.

Ce n’est pas un coup de foudre, c’est une secousse. Une attraction lente, teintée de culpabilité, de maladresse et de curiosité. Elle, encore liée à un homme qu’elle n’aime plus tout à fait; lui, prisonnier d’un fantôme. Pourtant, quelque chose circule entre eux: une douceur, un calme. Ils se découvrent sans se toucher, s’observent à distance, intrigués, comme si chacun reconnaissait chez l’autre une douleur familière.

L’autrice évite les raccourcis romantiques. L’amour n’est pas ici un remède, mais une façon d’apprendre à se regarder autrement. L’un et l’autre se rappellent qu’aimer, ce n’est pas toujours se sauver: c’est parfois simplement oser exister côte à côte. C’est ce réalisme émotif qui rend le roman si juste. Parce qu’il nous rappelle que l’amour n’est pas toujours flamboyant. Parfois, il se contente d’être vrai.

Et c’est là toute la force du livre: cette capacité à rendre l’ordinaire touchant. L’autrice transforme une discussion autour d’un café, une marche dans les rues de Québec, un dîner à deux, en moments suspendus où l’émotion affleure sans éclater.

L’auteure Véronick Talbot. Photo: Tous droits réservés

Parce qu’on y trouve la beauté des recommencements

N’oublie pas les étoiles n’est pas un roman sur la fin: c’est un roman sur l’après. Sur ce moment où l’on recommence à respirer, timidement, sans trop savoir comment. Nathan apprend à apprivoiser la solitude; Florence, à se retrouver après des années d’effacement. Deux renaissances parallèles qui se frôlent jusqu’à se rejoindre.

Puis vient Paris. Ce voyage professionnel qui prend des allures de parenthèse. Dans l’avion, Florence avoue ne pas aimer voler; Nathan, au décollage, lui prend spontanément la main. Geste simple, plein de douceur. Le lendemain, ils partagent un repas tardif, se racontent sans se censurer. Le jour suivant, ils marchent, découvrent la ville ensemble, comme s’ils y apprenaient à respirer. Sous la tour Eiffel, il l’embrasse d’abord avec tendresse, puis avec fougue.

Pas par passion, mais par reconnaissance: envers la vie, envers l’instant.

Leur histoire n’est pas parfaite; elle est tachée de passé, de peur, de culpabilité. Et pourtant, elle fait du bien. Parce qu’elle porte en elle la possibilité d’avancer même quand tout semble brisé. La reconstruction n’a rien de spectaculaire, mais elle est authentique. L’autrice parvient à transformer le quotidien en poésie, à rappeler que la vie se réinvente dans les détails.

La romancière nous offre des personnages vrais, des dialogues crédibles, une humanité positive. On s’attache à eux parce qu’ils ressemblent à tout le monde: vulnérables, imparfaits, sincères. La beauté du roman, c’est de rappeler que l’espoir ne revient pas en un éclair; il se glisse lentement dans les recoins du réel.

On referme N’oublie pas les étoiles avec le sentiment d’avoir navigué sur une étendue d’eau profondément humaine. Ce n’est pas une lecture qui cherche à consoler, mais à comprendre, à apaiser. Un livre qui observe la fragilité sans la dramatiser, et qui rappelle que la lumière revient toujours, même si elle prend du temps.

Véronick Talbot signe un texte lumineux, écrit dans un français riche et nuancé, où chaque mot semble choisi avec soin. Elle parle de deuil, d’amour et de renaissance avec la même justesse, sans jamais tomber dans la lourdeur.

Et quand la dernière page se tourne, on reste un moment immobile, le cœur un peu serré, la tête encore pleine d’images. Parce que, oui, on finit par y croire: il y a toujours des étoiles, même quand on ne les voit plus.

Le roman N’oublie pas les étoiles de Véronick Talbot est disponible en version papier au coût de 24,95 $ et en copie numérique aux formats PDF ou ePub (18,99 $). Découvrez d’autres suggestions de lectures en consultant notre série d’articles «3 bonnes raisons de…».

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions Hurtubise.

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