«Tron: Ares» de Joachim Rønning: une suite qui mériterait d’être effacée de nos mémoires – Bible urbaine

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«Tron: Ares» de Joachim Rønning: une suite qui mériterait d’être effacée de nos mémoires

«Tron: Ares» de Joachim Rønning: une suite qui mériterait d’être effacée de nos mémoires

15 ans d’attente pour... ça?

Publié le 14 octobre 2025 par Maxance Vincent

Crédit photo : Disney @ Tous droits réservés

Mercredi dernier, au Cinéma Banque Scotia, j'ai assisté à un programme double unique présenté en IMAX 3D et mettant en vedette «Tron: Legacy» ainsi que le nouvel opus de la franchise, «Tron: Ares». Cette suite est apparue 15 ans après que Joseph Kosinski, qui en était encore à ses balbutiements en tant que réalisateur, ait totalement révolutionné le cinéma numérique, comme l’a fait Steven Lisberger en 1982 avec son film culte à travers lequel Kevin Flynn (Jeff Bridges) est transporté dans un monde entièrement virtuel. Je l'avoue, je n’ai pas tant d’affinité avec le premier «Tron», mais un visionnement de «Legacy» m'a confirmé que c’est l’une des œuvres d’art les plus importantes de notre ère post-numérique, c'est-à-dire une méditation complexe et essentielle sur notre avenir en tant qu’humains dans un monde qui, dès 2010, commençait tranquillement à baigner dans des technologies qui effacent les sentiments – et donc les pensées – humaines.

Et cet aspect est représenté dans le film au moment où Kevin Flynn, qui vit dans le monde virtuel nommé «The Grid» depuis une vingtaine d’années, essaie de se souvenir des moments qu’il a passés avec son fils, Sam (Garrett Hedlund) dans le monde réel, mais… il en est incapable. Ses souvenirs se sont estompés dans l’éther numérique de l’univers qu’il a passé toute sa vie à concevoir, en oubliant le plus important de sa vie humaine.

Une chose est sûre, la présentation en IMAX 3D de Tron: Legacy nous coupe le souffle à chaque instant: les détails des plans architecturalement précis de Joseph Kosinski et de Claudio Miranda sont d’une beauté poétique rare pour une superproduction hollywoodienne (encore plus chez Disney), et les costumes, impeccablement conçus par Michael Wilkinson, sont toujours aussi iconiques, même 15 ans après sa sortie.

Photo: Disney @ Tous droits réservés

On aurait presque pu croire que le cinéaste norvégien Joachim Rønning, qui a poursuivi son travail avec Disney après Pirates of the Caribbean: Dead Men Tell No Tales, Maleficent: Mistress of Evil et, son meilleur film, Young Woman and the Sea, reprendrait les pistes scénaristiques qui ont été laissées par Kosinski il y a plus d’une décennie pour Tron: Ares, puisque la relecture contemporaine qui a été faite du film de Lisberger est toujours fort pertinente dans une ère qui est de plus en plus noyée par les technologies numériques, et désormais l’intelligence artificielle.

Mise à part une référence visuelle directe à Legacy dans la première scène du film et une mention confirmant que Sam Flynn a quitté la compagnie ENCOM «pour des raisons personnelles», le volet Ares ignore tout ce que Legacy a façonné et, à travers son scénario, rien n’est dit à propos de l’actualité numérique, ce qui aurait donné lieu à un récit qui aurait imaginé les figures numériques du «Grid» s’immiscer dans le monde réel.

Au début du film, nous comprenons qu’il y a une rivalité évidente entre deux entreprises, qui sont à la recherche d’un code créé par Kevin Flynn: ENCOM, qui est présentement dirigée par Eve Kim (Greta Lee) et Dillinger Systems, mené par Julian Dillinger (Evan Peters), petit-fils du corrompu Ed Dillinger (joué par le regretté David Warner dans le premier film). Évidemment, c’est un combat entre le bien et le mal pour le contrôle du code qui mènera à une stabilisation des systèmes d’intelligence artificielle que tout ce beau monde désire contrôler – un récit somme toute assez classique qui aurait pu être davantage captivant.

Eve (nommée d’après le personnage biblique qui, dans sa première action dans le film, façonne avec le code un arbre de fruits sans réelle signification pour le reste de l’œuvre) veut certainement utiliser ce dernier de façon bienveillante, puisqu’elle a perdu sa sœur d’un cancer rare sans traitement efficace, alors que Julian, lui, désire créer un profit rapide en vendant ses technologies chez différentes entités militaires.

C’est en raison de cela qu’un programme nommé Ares (Jared Leto) est créé, une entité intelligente, d’une force surpuissante qui, avec sa compagne Athena (Jodie Turner-Smith), bâtira une armée à l’intérieur du Grid dans le but de l’intégrer au monde réel. L’idée est certes intéressante, mais l’histoire devient vite prévisible lorsqu’Ares, à l’instar de Pinocchio ou du monstre de Frankenstein (un passage du roman de Mary Shelley est d’ailleurs cité à plusieurs reprises, «I am fearless, and therefore powerful»), atteint une conscience par lui-même et désire devenir un membre de la société humaine.

Photo: Disney @ Tous droits réservés

Le retour de Nine Inch Nails est l’un des seuls points forts du film

Julian, au fil du récit, devient de plus en plus méchant, puisqu’il réalise qu’il ne peut plus contrôler Ares et c’est pourquoi il prend tout un tas de décisions irrationnelles qui inquiète sa mère (jouée ici par Gillian Anderson, incroyablement sous-utilisée), ce qui le mène vers les scènes les plus ridicules d’un film qui, visuellement, est assez bien construit, mais qui n’a rien d’autre à offrir, à l’exception de l’incroyable bande-son de Nine Inch Nails.

Si Rønning ne pouvait pas avoir Daft Punk, compositeurs de Tron: Legacy qui ont mis fin à leurs activités en 2021, Trent Reznor et Atticus Ross étaient assurément les deuxièmes meilleurs choix possibles pour un film de ce genre. Ceux-ci ponctuent chaque scène d’action avec un rythme endiablant à travers leur musique, et vont même jusqu’à briser les attentes des spectateurs en y insérant des paroles à travers la bande sonore.

Malgré les efforts déployés, la réalisation de Rønning laisse tellement à désirer que seule la musique du film devient l’unique point fort des séquences qui devraient théoriquement nous époustoufler, notamment par l’utilisation de caméras IMAX pour la moitié du film, de l’artifice de la 3D, et de couleurs vives représentant l’enfer rouge que vit Ares, jusqu’à ce qu’il soit libéré par le blanc pur de Kevin Flynn, où Jeff Bridges reprend l’un de ses rôles les plus connus.

Contrairement à Kosinski, que je considère comme un réel artisan du cinéma numérique, Rønning n’est pas capable de créer un style qui lui est propre. Il préfère imiter, et à plusieurs occasions en plus, les compositions de Kosinski et de Miranda, mais il n’a pas la formation architecturale qu’a le réalisateur de Top Gun: Maverick pour imaginer des plans réellement efficaces. Le résultat: on assiste inlassablement au jeu du chat et de la souris entre les soldats du Grid conçus par Dillinger et Eve, qui se poursuivent à l’infini dans les rues de Vancouver. Ici, il n’y a aucun réel développement psychologique ou de méditation sur des thèmes importants qui résonnent avec notre société contemporaine.

De plus, les scènes d’action de Tron: Ares, malgré une palette visuelle détaillée par le directeur photo Jeff Cronenweth, sont filmées de façon quelconque, sans réelle intention artistique. Elles deviennent vite redondantes, puisqu’elles n’offrent rien de nouveau, alors que les deux derniers opus ont encouragé davantage la révolution dans l’utilisation d’effets visuels entièrement créés par ordinateur. Dans Ares, ces effets sont si communs, surtout dans le cinéma de nos jours, qu’ils n’impressionnent plus, ou du moins pas de la même manière que chez Lisberger et Kosinski.

Photo: Disney @ Tous droits réservés

Des personnages sous-développés et une énième performance risible de Jared Leto

Dans ce nouveau volet, nous passons pas mal de temps avec Ares et Eve, mais il n’y a aucune réelle chimie entre eux, contrairement à la relation entre Sam et Quorra (Olivia Wilde) dans Legacy. Jared Leto campe l’être programmé avec la même monotonie que son pire rôle au cinéma, celui du docteur Michael Morbius dans le grand classique du nanar Morbius, et il nous rappelle par la même occasion pourquoi il est l’un des «acteurs» les moins intéressants de l’industrie à l’heure actuelle. Sa présence à elle seule donne au film une mauvaise ambiance que Joachim Rønning est incapable de surpasser.

Greta Lee, quant à elle, essaie tant bien que mal d’insuffler du charme dans le jeu de son personnage, mais n’est malheureusement pas en mesure de rehausser un scénario incroyablement bancal. Elle aura assurément un futur en tant que star à l’écran (nous l’avions d’ailleurs remarquée dans Past Lives de Celine Song), mais ici, Eve est si mal personnalisée à travers cette histoire que même la meilleure actrice aurait eu de la difficulté à interpréter ce rôle.

C’est malheureux, mais c’est la raison pour laquelle nous n’avons aucune proximité avec les personnages de cet opus, contrairement au volet Legacy, à travers lequel le scénario prenait le temps d’examiner les effets que les choix de Kevin Flynn ont eus sur son propre fils, lequel essaie tant bien que mal de comprendre pourquoi il a été abandonné durant son enfance.

Parlant de Flynn, je tiens à souligner la présence de Jeff Bridges, qui est aussi inutile que la référence gratuite au premier film de Lisberger, lors duquel Ares se transporte dans un univers numérique avec la même qualité visuelle du film de 1982. Rønning ne semble vouer aucun respect aux œuvres précédentes, mis à part une utilisation de nombreux référents visuels destinés à un fan astucieux qui applaudira à chacun des clins d’œil qu’il retrouvera à l’écran.

Kevin vient guider Ares dans sa quête pour devenir un vrai garçon, mais il n’apporte aucun poids au récit ni à la progression du personnage-titre. C’est un film aussi vide de sens et de créativité que la technologie qui remplace progressivement la pensée humaine, empêchant les spectateurs de réfléchir à cette prolifération fulgurante de l’intelligence artificielle dans nos vies.

Rønning, avec l’ajout d’une scène post-générique, nous promet déjà qu’un autre opus sortira prochainement, mais contrairement à la scène finale de Legacy, il n’y a, à mon sens en tout cas, plus d’intérêt à poursuivre cette franchise. Après tout, le but premier des films de Lisberger et de Kosinski, c’était de méditer sur notre avenir en tant qu’humains, dans un monde de plus en plus avancé technologiquement parlant. Et aussi de démontrer tout le potentiel cinématographique du numérique.

Photo: Disney @ Tous droits réservés

Après avoir discuté avec le cinéaste l’an dernier à l’occasion de la sortie en salle de Young Woman and the Sea, alors qu’il était en plein montage pour Tron: Ares, j’étais curieux de voir enfin le produit final depuis notre conversation. Malheureusement, j’ai vite réalisé que cette suite, qui arrive beaucoup trop tard, n’allait pas avoir le même impact culturel que celle de Joseph Kosinski, qui a révélé la naissance d’un artiste qui continue toujours d’étonner de film en film, et ce, depuis les quinze dernières années. Récemment, son chef-d’œuvre F1: The Movie reste, à mon humble avis, le meilleur film de l’année!

Joachim Rønning est un cinéaste louable, mais avec la machine Disney, il semble incapable de réaliser un film qui lui ressemble, comme son œuvre de 2012, Kon-Tiki, qui a été nommée aux Oscars. En attendant, il ne reste plus qu’à espérer que son prochain projet, un film original titré Here Be Monsters, agira comme un retour aux sources d’un réalisateur qui en a grandement besoin…

Le film «Tron: Ares» de Joachim Rønning en images

Par Disney @ Tous droits réservés

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