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D’ailleurs, Hamilton est l’un des producteurs exécutifs de ce film qui a été en partie financé par la Formule 1 et qui met plein le paquet à l’écran en termes de références (dont Ayrton Senna, en particulier, qui joue ici un rôle important dans le récit), sans oublier l’apparition de divers caméos à l’intérieur d’un univers très connu pour les adeptes suivant les courses à longueur d’année.
Cela pourrait signifier que cette œuvre de 155 minutes n’est rien de plus qu’une publicité glorifiée pour une marque qui n’a pas besoin d’être connue davantage. Pire encore, elle pourrait être considérée comme étant de la propagande, puisque le dernier film qui a été en partie financé par un groupe sportif, ici je fais référence à la FIFA, qui avait contrôlé la trame narrative de leur biopic, United Passions, en peignant les figures les plus corrompues de l’association sous une lumière incroyablement positive.

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Évidemment, il est clair qu’un film en partie soutenu par la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA) fait la promotion de leur sport, mais le fait d’avoir choisi le cinéaste Joseph Kosinski pour visualiser ce monde, lequel a également dirigé Top Gun: Maverick, transforme un pur objet commercial en une réelle œuvre d’art.
Aux côtés de son partenaire à la direction photo, Claudio Miranda, Kosinski visualise des courses automobiles d’une intensité incroyablement cinématographique comme nous ne les avons jamais vues auparavant. Et ici ce n’est pas de l’hyperbole: ce que Kosinski et Miranda fabriquent à l’intérieur d’une histoire relativement standard n’a encore jamais été fait cinématographiquement parlant.
Une succession de courses à couper le souffle élèvent le récit
En utilisant la même approche que Top Gun: Maverick, c’est-à-dire en posant plusieurs caméras IMAX à l’intérieur et à l’extérieur de l’objet principal du film (cette fois-ci, une voiture de course), Kosinski et Miranda captent l’adrénaline et les dangers de la course automobile comme aucun cinéaste n’a su faire à ce jour.
Ceux-ci font la démonstration précise de ce que la force G peut accomplir lorsqu’une voiture roule à pleine vitesse, en montrant également comment elle peut véritablement flotter dans l’air lorsque son pilote est totalement en contrôle de l’appareil. Toutes les séquences de course, sans équivoque, nous coupent le souffle et élèvent un récit que nous avons déjà vu à maintes reprises, à savoir un vétéran du sport sortant de la retraite pour aider un ami de longue date pour conseiller à titre de mentor un jeune athlète avec de grandes ambitions.
Brad Pitt joue ce vétéran, Sonny Hayes, qui, après un grave accident, a mis fin à sa carrière avant même d’atteindre le sommet de la Formule 1. Depuis ce jour, il gagne sa vie à travers des courses de bas niveau alors qu’il vit dans sa roulotte, seul, divorcé et en n’ayant aucune communication avec sa famille.
La course, ce sport qui lui a apporté du succès et de la joie dans sa vie, a aussi été la cause de ses plus grands échecs. Il a tout misé sur ce sport, qu’il continue de pratiquer, et ce, malgré toute la souffrance qu’il a vécue sur les plans physique, psychologique et personnel.
Pour se rappeler des erreurs de son passé, Sonny porte un jeu de cartes sur lui, une représentation symbolique des mises sur sa vie qu’il a faites depuis son accident.

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La course automobile a tellement ruiné sa vie que nous nous demandons pourquoi Sonny accepte l’offre de guider le jeune Joshua Pearce (Damson Idris) après que son ami Ruben Cervantes (Javier Bardem) lui ait proposé de joindre l’équipe du APXGP (Apex Grand Prix), qui souffre d’énormes difficultés financières. S’ils ne remportent pas un Grand Prix durant la prochaine saison, ceux-ci seront vendus à un compétiteur, et c’est le souhait principal de l’un des membres du conseil d’administration, Peter Banning (Tobias Menzies), qui fait tout son possible pour qu’APXGP n’en remporte aucun.
Lorsque Hayes est au volant d’une course de Grand Prix pour la première fois depuis son accident, il se dit: « What are you doing here, Sonny? » Cependant, au fur et à mesure que le film progresse, nous comprenons qu’il veut finir ce qu’il a commencé avant son accident et surtout prouver qu’il est toujours capable de remporter une compétition de Formule 1 avant de réellement tirer sa révérence.
Cependant, les aspirations de Sonny sont différentes de celles de Joshua. C’est à ce moment précis que les deux deviennent des rivaux, alors qu’ils devraient théoriquement travailler ensemble pour assurer l’avenir d’APXGP afin que Ruben maintienne le contrôle du groupe.
Il est facile de savoir comment ce récit va culminer, puisqu’il baigne dans les clichés propres au genre du film sportif, surtout deux ans après la sortie de Gran Turismo de Neill Blomkamp, qui racontait sensiblement la même histoire. Malgré cela, il est très facile d’ignorer ces failles narratives, alors que Kosinski et Miranda nous en mettent plein la vue du début à la fin lors de leur mise en scène de courses d’une prouesse technique (et sonore) inégalée.
Une mise en scène d’une précision architecturale révolutionne la forme
Ayant une formation en architecture et en ingénierie mécanique, Joseph Kosinski a toujours été obsédé par des plans parfaitement symétriques, voire d’une précision mathématique que personne n’est capable de répliquer.
Avec Miranda, il a développé un langage visuel singulier qu’il ne cesse de repenser à travers les défis que ses projets impliquent. Cette fois-ci, la question posée est: comment peut-on réinventer la forme qu’une séquence de course automobile peut adopter, et ce, sans qu’elles deviennent redondantes, tout en offrant quelque chose de nouveau aux spectateurs, adeptes et non-adeptes de Formule 1?
C’est un défi de taille que Kosinski a entrepris, mais son obsession avec la précision symétrique de ses plans – la caméra est toujours au centre de son objet, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur – apporte une dimension artistique unique que ce film ne pourrait pas avoir sans cette touche spéciale.

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En outre, tout a été calculé d’avance, non seulement dans la manière que la caméra bouge (sur un robocam) à l’extérieur et à l’intérieur de la voiture, mais aussi dans la façon que Kosinski et son chef monteur Stephen Mirrione alternent entre le point de vue objectif (à la troisième personne) des courses et certains moments subjectifs (à la première personne) pour représenter ce que les personnages ressentent à l’intérieur de leurs voitures dans les pointes les plus dramatiques du film.
Grâce à cette méthode, le réalisateur est capable de nous montrer avec précision la sensation viscérale ressentie sur un circuit, alors que la vitesse fait pratiquement voler le véhicule jusqu’à le rendre plus léger que l’air. Chaque moment de drift, d’accélération soudaine donc, et d’éventuelles collisions, agit comme une onde de choc dans notre système, soit en représentant parfaitement l’émerveillement que la course peut avoir à travers les yeux du protagoniste, ou le cauchemar qu’il vit en repensant à ses plus grandes erreurs.
Un accident en particulier rivalise avec celui qui a été récemment mis en scène dans Ferrari de Michael Mann, par sa puissance et par son impact pour la suite du récit.
Il est rare de voir des cinéastes pousser à l’extrême les limites de la photographie de courses à haute vitesse, mais Kosinski réussit à transcender ce qui avait été auparavant établi par John Frankenheimer dans Grand Prix et Tony Scott dans Days of Thunder. Déjà, ces œuvres marquaient un point tournant pour le cinéma sportif, mais la prise de vues en pellicule offre d’énormes limitations techniques sur le positionnement des caméras, sur les voitures et hors de celles-ci. Avec les avancements en captation numérique, surtout avec l’aide d’IMAX, Kosinski, à son tour, vient révolutionner la forme.
Il est assez compliqué de tourner en IMAX, et ce, même en numérique. Cela étant dit, Joseph Kosinski et Claudio Miranda démontrent à quel point la quasi-totalité des superproductions hollywoodiennes n’utilisent pas les nouvelles technologies mises à leur disposition pour créer un réel spectacle qui aura une pérennité bien après sa sortie en salles.
Parfois, la photographie peut même avoir l’air stérile, surtout lors de conversations plus intimes entre Sonny et Kate McKenna (Kerry Condon), directrice technique du APXGP, mais elles sont toujours filmées à l’aide d’une géométrie précise, propre au style architectural du cinéaste américain.
Il devient donc facile de se plonger non seulement dans l’adrénaline de la course, mais également dans le développement narratif de nos protagonistes, malgré une histoire aux apparences simplistes.

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Brad Pitt offre une performance autoréflexive exceptionnelle
L’acteur est exceptionnel dans le rôle de Sonny Hayes, au centre d’une autre performance autoréflexive sur son avenir devant la caméra, après Wolfs de Jon Watts (également produit par Apple). Ce n’est pas anodin que tous les personnages autour de Sonny répètent à quel point il est «vieux», alors que le pilote lui-même s’interroge sur la signification de sa vie derrière le volant au moment où il s’apprête à passer ce flambeau à une nouvelle génération.
Pitt a lui-même avoué lors de plusieurs entrevues qu’il était entré dans sa dernière étape en tant qu’acteur avant de quitter le métier, après avoir récemment soufflé ses soixante chandelles. Ce rôle dans un film se focalisant sur la Formule 1 a l’apparence d’une ultime performance pour cet acteur de la trempe d’un James Stewart, Marlon Brando, John Wayne ou même Humphrey Bogart, dont le temps à l’écran sera bientôt terminé avant qu’une toute nouvelle génération d’acteurs ne prenne le relais.
Dans la voiture, nous pouvons voir les expressions faciales de Sonny seulement en regardant ses yeux (puisqu’il est couvert de la tête aux pieds). Nous ressentons la mélancolie que ressent le protagoniste lorsque, dans le feu de l’action, il prend un pas de recul et admire tout ce qu’il a accompli depuis les trente dernières années lors de son dernier tour de piste.
C’est comme si Pitt lui-même faisait un retour en arrière sur son temps à l’écran, en réalisant qu’il ne restait plus beaucoup de grands rôles devant lui et qu’il doit désormais savourer le temps qui s’écoule avant qu’il ne soit trop tard.
La chimie qui opère avec Damson Idris, un nouveau talent qui ne cesse d’impressionner, est le cœur émotionnel du film, surtout lors de la dernière partie où Sonny explique clairement ce qu’il veut accomplir avant de quitter le monde de la course. Le montage dynamique de Mirrione, rythmé aux musiques d’Hans Zimmer (et parfois aux chansons de la bande originale, avec Don Toliver, Doja Cat, Ed Sheeran, Tate McRae et Chris Stapleton notamment), donne de la vigueur et une réelle rapidité au film.
Nous ne ressentons jamais la longue durée de plus de deux heures et trente minutes, même lorsque Kosinski arrête les courses pour développer davantage l’histoire de Sonny Hayes.

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Il en résulte un film d’une pure maîtrise formelle comme on en voit peu dans les superproductions de notre époque, donnant à un objet qui aurait pu glorifier de manière excessive la Formule 1 une réelle raison d’être. Les images que nous voyons à travers cette œuvre sont nécessaires, puisqu’elles rappellent à tous les cinéastes issus d’Hollywood que le futur du septième art se déroule principalement dans leur talent à créer des images d’une grande puissance visuelle et émotionnelle.
Malheureusement, la majorité des superproductions venant d’Hollywood de nos jours offrent des images pas du tout impressionnantes, à travers lesquelles l’artificialité du médium est (trop) perceptible. Heureusement, dans un sens, que nous avons Kosinski et Miranda, dans une collaboration qui dure maintenant depuis plus de quinze ans et qui encourage, un film à la fois, l’innovation formelle comme seule source qui sera capable d’emmener le médium du cinéma vers de nouveaux horizons.
C’est ce qu’ils ont accompli dans les airs avec Top Gun: Maverick, et sur terre, dans un circuit à haute vitesse avec F1 the Movie. La prochaine étape logique serait de réaliser un film sous l’eau (pourquoi pas?), mais peu importe ce que Kosinski choisira, il a déjà assuré sa place parmi les plus grands cinéastes contemporains de notre temps.
Et mon petit doigt me dit qu’il continuera de nous étonner pour des décennies à venir…
«F1: The Movie» de Joseph Kosinski en images
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