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Crédit photo : Tous droits réservés @ Les Films du 3 Mars
Entre fascination et consternation
De prime abord, Julien Elie a avoué être un passionné de fiction et de s’être adonné au documentaire «malgré lui». Cela dit, il est tombé rapidement sous le charme de cet univers cinématographique plus réaliste.
«Je suis convaincu que c’est l’un des plus beaux métiers au monde en raison de ces voyages hallucinants qu’on peut faire dans la vie de ces gens qui nous ouvrent leurs portes. Je me sens très privilégié», a confié le cinéaste. «C’est que, dans le documentaire, je retrouve une simplicité qui me plaît. C’est un espace de création libre qu’on a difficilement en fiction. Alors, si je faisais des documentaires toute ma vie, je n’en serais pas malheureux!»

Photo tirée du long métrage documentaire «Shifting Baselines». Photo: Les Films du 3 Mars
À travers ses démarches de création, il tente de souligner l’existence éphémère: «J’ai toujours éprouvé une espèce de fascination pour tout ce qui disparaît, soit les gens, les territoires et les espaces. Je ressens une certaine nostalgie empreinte de tristesse pour ce qui était là et qui ne l’est plus. […] C’est triste que ça disparaisse, non seulement physiquement, mais dans les mémoires aussi.»
Après Le dernier repas (2002), Soleils noirs (2018) et La garde blanche (2023), Julien Elie s’intéresse maintenant aux fusées de SpaceX dans son quatrième long métrage, Shifting Baselines. Il explore les différentes facettes des répercussions de l’installation de cette base spatiale, tant du côté des rêveurs de conquête de l’espace que des inquiets sur l’impact de ce projet sur la nature.
«J’ai vu d’abord des photos du lieu: il y avait des fusées au beau milieu d’un village dans un site enchanteur et idyllique au bord de la mer. Tout de suite, ça fait référence à ces lieux qui disparaissent, qui sont compromis, qui sont en état de perdition. Donc, j’ai pris l’avion, j’y suis allé et je me suis dit qu’il allait y avoir un film qui se ferait là, et ce, sans savoir ce que ce serait», a raconté le réalisateur.
Les frontières distinguant la science et le rêve
La création de ce documentaire s’est déroulée en deux volets distincts. Dans un premier temps, il fallait détailler le contexte scientifique dans lequel cette entreprise a vu le jour et les contrecoups de ses activités.
«On a fait un travail de recherche en parallèle pour contacter des astrophysicien·nes parmi les plus grand·es de la planète, dont la Québécoise Nathalie N.-Q. Ouellette, qui est une brillante scientifique à la tête de centres de recherche au Canada et de l’Observatoire du Mont-Mégantic», a souligné le cinéaste.

Le réalisateur Julien Elie. Photo: IMDb
Dans un deuxième temps, l’histoire imprévisible qui se raconterait dépendait des rencontres sur les lieux pour ouvrir la discussion.
«Ce projet était très différent de mes autres films, parce qu’on était dans l’attente qu’il se passe quelque chose. On a rencontré des gens qui arrivaient du Japon et de la Colombie-Britannique. Ils exprimaient des craintes; à travers cet engouement autour de Mars, la peur de ce qui se passe sur Terre resurgissait», a raconté Julien Elie. «Alors, peut-être que la bonne solution, c’est plutôt de s’occuper de notre planète, mais ces gens veulent se sauver. On ne peut pas leur en vouloir d’avoir peur.»
Les motivations du cinéaste lorsqu’il entame un projet de long métrage s’arriment avec celles de la fiction, puisque l’histoire prône avant tout.
«Mon souhait, ce n’est jamais de changer le monde ni de sensibiliser le public; j’essaie plutôt de raconter des histoires. Évidemment, elles me préoccupent beaucoup, sinon je ne prendrais pas ces risques de sécurité. Après, si ça peut ouvrir des espaces de discussion pour améliorer des choses, tant mieux!», a-t-il déclaré.
Des réflexions voyageant d’un pays à l’autre
Sélectionné par de nombreux festivals dont le Festival du Nouveau Cinéma (FNC), Visions du Réel, HotDocs, DokuFest et VIFF Insights, Shifting Baselines parcourt le monde à la rencontre des intéressé∙es par le phénomène.
«On s’adresse souvent à des publics près de l’élite, car les gens qui vont au cinéma doivent en avoir les moyens, mais reste que ce sont des publics complètement différents. Puis, j’ai eu des débats très intéressants avec des gens en Afrique du Sud qui ont les mêmes inquiétudes», a expliqué le créateur du film. «C’est peut-être pour ça que Shifting Baselines a autant été sélectionné dans les festivals internationaux, car il parle vraiment d’une peur universelle et de préoccupations pour la planète. On parle du ciel dans le film, mais, en fait, c’est un prétexte pour parler de la dévastation de ce qui nous entoure.»

Photo tirée du long métrage documentaire «Shifting Baselines». Photo: Les Films du 3 Mars
«C’est du cinéma immersif que j’essaie de faire. Je veux amener les spectateur·trices avec moi dans des lieux. Je vois la différence dans les échos de ceux et celles qui le voient sur grand écran. Ils ont vraiment une autre perception du film», a-t-il ajouté pour conclure en vous invitant à vous joindre aux projections près de chez vous.
Présenté au Festival du Nouveau Cinéma le 16 octobre à 18 h, Shifting Baselines sortira officiellement en salle le 17 octobre. À partir de là, vous aurez la chance d’assister à une représentation en présence du cinéaste à Montréal le 17 octobre à 18 h 30 au Cinéma Moderne, le 18 octobre à 18 h 40 et le 25 octobre à 13 h au Cinéma Beaubien, le 20 octobre à 18 h 30 au Cinéma du Parc, et le 22 octobre à 19 h 45 au Cinéma Public. Le film sera également à l’affiche au Cinéma Beaumont à Québec et à La Maison du Cinéma à Sherbrooke.



