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Crédit photo : Tous droits réservés @ Les Films du 3 Mars
Militer à sa façon
Réalisateur documentaire, Steve Patry nous a confié qu’il avait d’abord été attiré par la fiction lorsqu’il entreprenait ses études en cinéma.
«Quand j’ai commencé à être un peu plus politisé et militant au début de ma vingtaine, la forme documentaire a pris le dessus, parce que ç’a été, pour moi, une manière de documenter les luttes sociales auxquelles je participais en tant que manifestant. Ça m’a permis de participer à une forme de résistance à ma manière», a-t-il raconté en songeant à ses débuts. «C’est un peu vertigineux, car il y a une grande part de hasard, mais le documentaire me garde vivant. Ça me sort tout le temps de ma zone de confort, comme je dois sans cesse m’adapter.»

Photo tirée du long métrage documentaire «Des chats sauvages». Photo: Les Films du 3 Mars
Son documentaire De prisons en prisons, paru en 2014, a en quelque sorte lancé sa carrière. Dans ce premier long métrage, il présentait le chemin parcouru de plusieurs ex-détenu-es pour en arriver à réintégrer la société. Il a ensuite réalisé Waseskun (2016) et Tant que j’ai du respir dans le corps (2020).
Lors de ses recherches, le cinéaste s’est intéressé à un reportage diffusé sur le Web par TVA Abitibi, qui portait sur un homme cherchant désespérément un lopin de terre pour y vivre avec ses chats. C’est alors qu’il s’est décidé à tenter un contact avec Martin, sans se douter qu’un grand projet en découlerait.
Percevoir les sensibilités cachées
Une fois le lien entre eux établi, Steve et Martin se sont lancés à pieds joints dans de nombreuses séances de tournage. Le réalisateur se plongeait dans l’univers de son protagoniste en vivant chez lui durant quelques jours chaque mois, et ce, pour un total de 18 séjours. Il s’occupait donc de toute la production pour ne pas avoir besoin d’une équipe de tournage sur place et laisser à Martin son intimité.
«Il veut se faire oublier, mais je pense que ça lui faisait du bien quand j’allais lui rendre visite, parce que ça le sortait de sa routine. La beauté de la démarche documentaire sur une longue période, c’est qu’un moment donné, les participants s’approprient le film, et ça devient un projet collectif. Puis, l’amitié s’est développée à travers le processus», a révélé le cinéaste.
Dans une approche plus artistique que dans ces films précédents, Steve Patry a choisi de présenter Des chats sauvages majoritairement en noir et blanc. Pour lui, cette forêt «d’une beauté âpre et d’une ambiance rude» paraissait plus dramatique et expressive sans couleur. De plus, lors de ses absences, Martin avait l’occasion de se filmer lui-même dans son quotidien et il pouvait témoigner à son aise devant la caméra. On distingue donc leurs visions distinctes par les couleurs à l’écran.

«Je pense que c’est mon film le plus esthétique et dans lequel je suis allé le plus loin au niveau de la forme cinématographique, car le sujet m’amenait vers ça. C’était l’étude d’un lieu, d’un personnage: il y avait donc de la place pour que j’expérimente davantage les ambiances.»
Au fil de cette aventure, le cinéaste a réussi à capter à tout hasard un précieux instant d’une grande humanité entre le protagoniste et son voisin, qui habite dans une petite cabane tout comme lui. Ce moment se déroule lorsqu’ils célèbrent ensemble leurs anniversaires.
«C’est du direct à cent-mille à l’heure. C’est la beauté du hasard. Un moment donné, tu filmes tellement que, des fois, tu rates ton coup, et d’autres fois, il y a des cadeaux qui te tombent du ciel comme celui-là. Je n’aurais jamais pu mettre en scène une scène comme ça. C’est plus fort que tout scénario! C’est pour ces moments-là que j’aime le documentaire», s’est réjoui Steve Patry!
S’ajuster aux multiples visions du monde
En résumé, ce long métrage touchant offre au public une brève incursion dans la vie d’un homme marginal qui souhaite à tout prix se retirer du monde et vivre en paix avec des animaux avec lesquels il a bâti une profonde connexion. Une occasion d’élargir sa vision sur la société et sur sa compréhension des autres.
«Mes films parlent beaucoup de moi, de mes valeurs, de ma vision du monde, une vision sans jugement ni complaisance. Après ça, j’aime montrer des gens qui veulent se construire une vie à leur manière, et ce, même si ça ne fait pas l’affaire de tout le monde. J’essaie de mettre en valeur ces gens qu’on appelle vulnérables, mais dans un climat où on remarque qu’ils sont lucides, réfléchis et sensibles. Il y a quelque chose de beau là-dedans et il faut respecter la vie en marge sous toutes ses formes», a exprimé l’artiste avec conviction avant de conclure.

Photo tirée du long métrage documentaire «Des chats sauvages». Photo: Les Films du 3 Mars
«Dans ce projet, Martin était en quête d’affranchissement et, de mon côté, j’en ai profité pour aller au bout d’une démarche complètement libre. On était tous les deux dans une quête parallèle, mais qui résonnait ensemble.»
Dès le 19 septembre, vous aurez la chance de voir le film en salle à Montréal et à Québec, dont plusieurs représentations se dérouleront en présence du cinéaste, notamment le 19 septembre à 18 h 30 à la Cinémathèque québécoise en présence du protagoniste Martin et de son voisin Big Dan, et le 20 septembre à 13 h au Cinéma Beaubien.
Le cinéaste sera accompagné de Nicolas Lachapelle, réalisateur du court métrage Le punk de Natashquan lors des représentations du 20 septembre à 18 h au Cinéma Moderne, du 21 septembre à 13 h au Cinéma Public et du 25 septembre à 19 h au Cinéma Beaumont à Québec.
Le film sera également présenté au Cinéma du Musée dès le 19 septembre.



