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Crédit photo : VVS Films @ Tous droits réservés
Le film est essentiellement présenté comme un huis clos entre la chanteuse pop Mother Mary (Anne Hathaway) et son ancienne costumière, Sam Anselm (Michaela Coel, dans un rôle similaire à celui qu’elle incarne dans The Christophers de Steven Soderbergh, sorti la semaine dernière).
Un soir, Mary arrive dans l’atelier de Sam et lui demande de concevoir une robe pour son prochain concert. Cela fait plusieurs années qu’elles ne sont pas vues. Elles commencent donc à discuter de leur relation passée, jusqu’au moment où Sam admet qu’elle était continuellement hantée par un fantôme.

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Jusque-là, la facture visuelle de David Lowery et de ses directeurs photo, Andrew Droz Palermo et Rina Yang, ressemble fortement à une pièce de théâtre filmée, où le décor enveloppe les personnages et où les scènes dialoguées sont mises de l’avant.
Une première partie théâtrale qui fonctionne à moitié
C’est aussi la partie la moins intéressante du film. Les dialogues sonnent beaucoup trop lourd (parfois, il y a quelques répliques tout simplement ridicules), et le montage de Lowery lui-même est fréquemment saccadé et ne nous laisse jamais respirer, avec des protagonistes qui déversent beaucoup de douleur à travers leurs échanges.
Il est difficile d’être captivé par un film qui se distancie très rapidement de son public plutôt que lui donner des indices sur sa métamorphose à venir. En effet, plus l’histoire progresse, et plus elle se transforme en quelque chose de bien plus puissant lorsque le réalisateur nous libère de l’artifice théâtral pour nous embarquer dans un récit plus onirique.
Cela étant dit, Anne Hathaway et Michaela Coel sont exceptionnelles du début à la fin. Ensemble, elles suscitent un lot d’émotions complexes à travers leurs regards, et même par leur prononciation des enchaînements de dialogues de la première partie. Comme spectateur, nous avons envie de savoir ce qui lie Mary à Sam, mais Lowery n’offre aucune réponse claire à ce sujet.
Le jeu de Coel est beaucoup plus subtil que celui de Hathaway, quoique l’actrice américaine est souvent mise en scène dans de nombreuses performances en concert lors d’interprétation de chansons originales, composées notamment par Jack Antonoff, Charli XCX et FKA Twigs (qui joue un rôle très important au début de la deuxième moitié du film).

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Ces scènes nous coupent le souffle davantage que la prestation oscarisée d’Anne Hathaway dans Les Misérables de Tom Hooper.
Le jeu des éclairages est captivant, tandis que les chorégraphies plongent les spectateurs dans un effet de transe, alors qu’ils plongent doucement dans un monde situé à la frontière entre le rêve et le cauchemar perpétuel de la réalité.
Une deuxième partie onirique qui captive notre imagination
J’avoue ne pas avoir tout compris des images mises de l’avant par le cinéaste dans Mother Mary, mais reste que c’est une œuvre davantage axée sur nos sensations face à ce qui est devant nous plutôt que sur notre compréhension du récit.
Cela va probablement aliéner un public qui croit que les expériences antérieures de David Lowery chez Disney l’ont rendu plus conventionnel. On ne peut cependant pas ignorer la grande portée artistique de toute la gamme de tableaux qui nous poussent non seulement à réfléchir sur la psyché tourmentée de Mary, mais aussi sur la place de la spiritualité (et des esprits) dans notre subconscient.
D’ailleurs, ici, il n’y a pas d’entre-deux; soit on embarque dans cette folle proposition, soit on n’embarque pas du tout.
Étant quelqu’un qui a toujours été mitigé face au travail de Lowery, les métaphores visuelles du film m’ont tellement saisi que j’ai vite ignoré la première demi-heure du film, assez ennuyeuse et redondante.
La musique de Daniel Hart, pour sa part, évoque plusieurs idées sombres à travers les images présentées et confère une ambiance horrifique aux pensées d’un protagoniste peu fiable en tant que narrateur pour le public. Mary est-elle réellement hantée par un esprit, ou est-elle un fantôme? Ses expériences sont-elles individuelles ou interreliées à celles de Sam? Il est difficile de le savoir, puisque le réalisateur nous laisse deviner par nous-mêmes la signification de cette deuxième partie, qui vient captiver notre imagination de manière plus active que la première.

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Une chose est toutefois certaine: tout est axé sur l’émotion. Les performances musicales, la tension sexuelle entre Mary et Sam, les monologues que livrent Hathaway et Coel, qui désirent libérer une litanie de souffrance pour de bon, les images qui ne craignent pas de lier ce que Mary vit à des tableaux bibliques de l’époque de la Renaissance, et les performances hypnotiques des deux actrices. Tous ces éléments viennent nous chercher et parviennent à nous faire ressentir ce que vivent les protagonistes eux-mêmes.
Il est dommage que plusieurs «grands noms» outre ceux de Hathaway et de Coel — Hunter Schafer, Kaia Gerber, Sian Clifford et FKA Twigs — ne soient pas aussi présents que les personnages principaux et n’aient pas suffisamment de développement pour avoir un impact tangible sur l’histoire.
Cela dit, Mother Mary reste une œuvre mémorable dans le travail assez confus d’un cinéaste qui ne fait jamais le même film deux fois. On pourrait parler des quasi-similitudes avec A Ghost Story, mais cette histoire de fantômes est complètement différente – esthétiquement et thématiquement parlant – de ce qui est mis en scène ici.
Ce n’est peut-être pas une réussite aussi marquante que ses épisodes de Skeleton Crew, mais son nouveau film me hantera encore longtemps…
Le film «Mother Mary» de David Lowery en images
Par VVS Films @ Tous droits réservés
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