Fantasia 2025 présente «Soy Frankelda», un film d’animation mexicain mariant horreur et folklore – Bible urbaine

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Fantasia 2025 présente «Soy Frankelda», un film d’animation mexicain mariant horreur et folklore

Fantasia 2025 présente «Soy Frankelda», un film d’animation mexicain mariant horreur et folklore

Un départ fracassant pour l’animation stop motion mexicaine

Publié le 28 juillet 2025 par Catherine Lachapelle

Crédit photo : Cinema Fantasma @ Tous droits réservés

Après sa première mondiale au prestigieux Festival international du film d'animation d'Annecy, «Soy Frankelda» (I Am Frankelda) a été présenté pour la première fois en Amérique du Nord ce dimanche 20 juillet 2025 au festival Fantasia. Premier long métrage d’animation en volume (stop motion) produit au Mexique, cette œuvre est enracinée dans le folklore mexicain et portée par une profonde réflexion sur le pouvoir de l’imagination et de l’écriture.

Les réalisateurs mexicains Arturo et Roy Ambriz, ainsi que la designer de production Ana Coronilla, étaient sur place pour répondre aux questions du public et présenter leur projet, qui a été reçu avec une ovation debout.

Pour l’occasion, ils étaient accompagnés par une marionnette de la titulaire Frankelda. Le festival Fantasia avait d’ailleurs exposé plusieurs des marionnettes utilisées lors de la réalisation du film dans le cadre de leur installation I Am Frankelda: Puppets and Nightmares à la galerie BBAM.

Soy Frankelda est le premier long métrage complété par le studio Cinema Fantasma. Le film explore le passé de Frankelda et d’Herneval, les personnages de la minisérie Sustos Ocultos de Frankelda (Frankelda’s Book of Spooks, 2021), produite pour HBO Max et ayant joui d’un certain succès en Amérique latine.

Roy et Arturo Ambriz aux côtés des différentes marionnettes du film. Photo: Cinema Fantasma

L’écriture, un aspect central

Des années avant d’emprunter le nom de plume Frankelda, la jeune Francisca Imelda écrit pour échapper à sa réalité difficile. Elle doit conjuguer avec la perte récente de ses parents, le rejet par ses pairs et la présence autoritaire de sa terrifiante grand-mère. Si personne ou presque ne croit en son rêve de devenir autrice dans ce XIXe siècle mexicain conservateur, les personnages des histoires qu’elle crée, eux, dépendent de son don d’écriture pour la survie de leur monde.

En effet, le Plan des Frayeurs (Plano de los sustos), un monde parallèle au nôtre où cohabitent des créatures imaginaires et cauchemardesques, se meurt. Désireux de trouver une solution, le prince-hibou Herneval noue un lien spécial avec Francisca et entraîne celle-ci dans son chaotique univers, où elle découvrira des alliés et des ennemis hors du commun, des machinations politiques, mais aussi son propre pouvoir intérieur.

Le film est né du désir profond des frères Ambriz de raconter leurs histoires à leur manière. Leur studio, Cinema Fantasma, a été fondé après qu’ils aient essuyé le refus de nombreux producteurs et studios établis, réticents à subventionner des projets sortant trop des sentiers battus. Bien qu’ayant pu profiter d’un financement de la division d’Amérique latine de Warner Bros., les frères Ambriz ont dû investir une somme considérable de leur argent familial afin que Soy Frankelda puisse voir le jour.

Les épreuves traversées par Frankelda, dont la créativité est brimée et ignorée, résonnent ainsi avec leur parcours. Tout au long du film, elle est critiquée, ses rêves d’écriture sont remis en doute, et elle peine à trouver un public pour ses histoires malgré son indéniable talent.

Ce parallèle a été soulevé et discuté pendant la période de questions. Les directeurs ont confié que Soy Frankelda a été un véhicule pour leurs frustrations et pour leurs peurs autour de l’écriture.

Le Roi Ficturo et la Reine Veritena. Photo: Cinema Fantasma

Le personnage de l’antagoniste principal, un terrifiant monstre-araignée nommé Procustes, leur a été inspiré par des producteurs conservateurs qui ont rejeté leurs idées, par ego, par attachement au traditionnel, ou par peur du changement.

Avec ses huit pattes, ses multiples yeux, ses longs poils et une foule de doigts, Procustes est un défi d’animation. Il a été décrit par les directeurs comme étant le personnage ayant donné le plus de fil à retordre à l’équipe. Sa complexité, à l’encontre de la sagesse traditionnelle de l’animation qui prêche la simplification, a dû donner bien des cauchemars aux animateurs.

Il incarne à lui seul la philosophie du film: ambitieux, maximaliste et indomptable.

Un torrent d’idées maîtrisé

Il n’y a pas à dire: l’univers visuel de Soy Frankelda est stupéfiant. Les plans regorgent de détails, au point qu’ils donnent envie d’être mis sur pause à chaque instant pour pouvoir observer les éléments de storytelling environnementaux. Les personnages sont tout aussi complexes, avec des tenues élaborées. Il y a souvent des dizaines de personnages bougeant en même temps à l’écran.

Visuellement, c’est si chaotique et si rempli que ça ne devrait pas marcher: c’est trop d’informations visuelles, trop de textures, trop de détails, trop d’idées à la fois. Or, la direction visuelle très recherchée par Ana Coronilla et Bruce Zuck assure une cohérence qui confère une solidité à ce déluge visuel. Le résultat demeure parfois étourdissant, mais réussit à rester compréhensible et lisible.

Le scénario fait de même: il regorge de grandes idées qui courent le risque de devenir disparates. Les inspirations sont multiples, de George R. R. Martin à Mary Shelley, en passant par J. R. R. Tolkien et Guillermo del Toro. On y retrouve leur goût pour les intrigues politiques, l’horreur gothique, les mythes fondateurs et les légendes folkloriques.

L’œuvre étant un film d’animation musical destiné à un grand public, et conçu dans un médium atypique, cela fait beaucoup d’éléments à marier.

La vue de Topus Terrentus. Photo: Cinema Fantasma

Soy Frankelda réussit le tour de force de jongler avec toutes ces idées avec brio – la plupart du temps. Le côté musical semble oublié par moments, surtout en début de récit. Les chansons originales de Kevin Smithers, bien que réussies, sont réparties de manière inégale à travers le film. Le nombre restreint de chansons (cinq) fait en sorte qu’elles semblent un peu perdues à travers les 113 minutes du long métrage.

Les sections musicales sont parmi les plus inventives, utilisant notamment de longues séquences d’animation en peinture à l’huile. Elles mériteraient de briller davantage en étant mieux intégrées au niveau du rythme de l’œuvre. Avec un peu de chance, ce sera bientôt le cas: le film sera coupé pour son éventuelle sortie au cinéma. Cette nouvelle édition sera supervisée par Guillermo del Toro, qui joue un rôle de mentor pour les frères depuis son endossement de leur court métrage Revoltoso (2016).

Ancré dans le monde physique et dans ses racines

Réaliser le film en animation en volume était un pari risqué. Son statut en tant que premier long métrage en stop motion réalisé au Mexique témoigne des défis considérables liés à ce médium. Même à Hollywood, les projets d’animation en volume sont rares.

Pourtant, le médium est une force majeure de l’œuvre. Il donne aux images une texture, un ancrage dans la réalité impossible à reproduire numériquement. Les imperfections, inévitables avec un médium si physique, loin d’être des faiblesses, ajoutent au charme. Elles s’inscrivent dans une tradition d’artefacts visuels associés à l’horreur et accentuent l’impression de chaos qui habite l’univers de Frankelda.

L’énergie débordante et l’originalité visuelle de Soy Frankelda rivalisent avec celles des productions de studios américains bien établis. Réalisé en seulement trois ans, le film impressionne par la richesse de ses décors et par la complexité de ses centaines de marionnettes cauchemardesques.

La marionnette de Frankelda. Photo: Cinema Fantasma

Soy Frankelda ne s’ancre pas uniquement dans la matière: il est aussi profondément enraciné dans la culture mexicaine. La mythologie de son univers s’inspire des monstres de l’enfance de ses créateurs. Leur amour pour leur culture est palpable, tout comme leur désir d’inspirer une nouvelle génération d’artistes fiers de leurs racines.

La distribution nord-américaine au grand écran reste à confirmer. Espérons que Soy Frankelda trouve son chemin vers un large public, car il s’agit d’une œuvre unique, aussi ambitieuse qu’originale. À la croisée de l’horreur, du conte de fées et du fantastique, c’est une déclaration d’amour à l’imagination et un appel à l’audace, venant de voix trop souvent mises à l’écart.

Le film d'animation «Soy Frankelda» en images

Par Cinema Fantasma @ Tous droits réservés

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