Fantasia 2025: nos coups de cœur des Fantastiques week-ends du cinéma québécois – Bible urbaine

CinémaCritiques de films

Fantasia 2025: nos coups de cœur des Fantastiques week-ends du cinéma québécois

Fantasia 2025: nos coups de cœur des Fantastiques week-ends du cinéma québécois

Du cyberpunk parodique à la dystopie intimiste

Publié le 28 juillet 2025 par Catherine Lachapelle

Crédit photo : Festival Fantasia @ Tous droits réservés

Pour sa 29e édition, le festival Fantasia poursuit sa tradition de mettre en lumière le talent local avec Les fantastiques week-ends du cinéma québécois. Sélectionnée avec soin par Pierre Corbeil et soutenue par MELS, la programmation de cette année bat un record avec ses 14 soirées thématiques, présentées au Cinéma du Musée. Le quatrième programme, axé sur la science-fiction et le fantastique, a offert, le 20 juillet 2025, une sélection de neuf courts métrages singuliers.

Les réalisateurs de tous les films étaient présents pour rencontrer le public. Plusieurs en étaient à leurs premières expériences en festival. Leur fébrilité et fierté étaient contagieuses.

Pleins feux sur nos cinq coups de cœur de la soirée!

«Forbidden Valentine» d’Owen Coughlan. Photo: Festival Fantasia

Forbidden Valentine d’Owen Coughlan: une relation incandescente et inusitée

Owen Coughlan signe, avec Forbidden Valentine, un court métrage animé de science-fiction aussi touchant que visuellement éclaté. Il met en scène un robot ayant «une fournaise brûlant pour mille ans» au lieu d’un cœur, et Alteira, une humaine isolée au passé trouble. Leur lien, improbable et ambigu, se tisse dans un environnement hostile où l’humanité semble rare et l’amour plus rare encore.

Réalisé en animation 3D par une très petite équipe, Forbidden Valentine impressionne par sa direction artistique. Le spectateur est plongé dans un univers saturé de couleurs néon, inspiré de l’esthétique cyberpunk. Les ciels, particulièrement, sont éclatants.

Typiques des films d’animation 3D à petit budget, les mouvements des personnages sont un peu mécaniques. Ici, cependant, cette contrainte ne gêne pas et ne fait que renforcer l’étrangeté de la relation entre les personnages.

Forbidden Valentine n’est pas qu’une réussite esthétique. De l’humour à la mélancolie, le court est une montagne russe émotionnelle. Coughlan démontre ici un sens du rythme et une maîtrise du montage qui confèrent une belle cohérence à cette relation peu conventionnelle.

En ouverture de soirée, cette œuvre a frappé fort. Elle a donné le ton à une programmation inventive et profondément humaine, où l’imaginaire éclaire désirs et peurs.

«Rien que du vent» de PH Debiès.  Photo: Festival Fantasia

Rien que du vent de PH Debiès: hilarant polar occulte

Réalisé par PH Debiès dans le cadre d’un laboratoire de création Kinomada, Rien que du vent combine absurde et enquête paranormale.

Kinomada est un organisme basé au Québec, reconnu pour ses laboratoires nomades de création de courts métrages. L’organisation a permis la naissance de centaines d’œuvres, cumulant plus de 500 sélections en festivals. Rien que du vent s’inscrit dans cette lignée de projets éclatés et primés, décrochant le prix Best Film au Couch Film Festival de Toronto 2025 et celui de Best Cheer-Up Short du Short Film Factory de Bucarest 2025.

Tourné à l’automne 2024 en seulement quelques jours aux Îles-de-la-Madeleine, le court est né d’un état d’esprit simple: «Pas d’idée, mais beaucoup de vent», comme l’a décrit à la blague Debiès.

Dans le film, les venteuses Îles-de-la-Madeleine sont visitées par le détective Beaubien, spécialiste de l’occulte armé de son Necronomicon (format de poche), dans le cadre d’une enquête sur une série de disparitions inexpliquées. Le sergent Jean-Jean et les Madelinois insistent: les disparus ont simplement été balayés par le vent. Y a-t-il quelque chose de plus derrière ce mystère?

Techniquement, malgré un tournage rapide et un petit budget, le film est très solide. Debiès cumule déjà une riche expérience en montage, en cadrage et en réalisation, avec plus de 25 courts à son actif. Il démontre ici une grande sûreté dans le découpage, les cadrages et la gestion du ton. L’ensemble est fluide, maîtrisé et professionnel.

Rien que du vent est une belle démonstration que la contrainte, quand elle est bien canalisée, peut devenir un puissant moteur de créativité. Le court est un véritable vent de fraîcheur (ha).

Tomorrow de Félicie Alessia Diaz. Photo: LinkedIn, Félicie Alessia Diaz

Tomorrow de Félicie Alessia Diaz. Photo: LinkedIn, Félicie Alessia Diaz

Tomorrow de Félicie Alessia Diaz: claustrophobe et suffocant

Réalisé par Félicie Alessia Diaz, Tomorrow dresse le portrait d’un futur (trop) proche, où les changements climatiques ont passé un seuil critique. Dans son minuscule appartement rempli de ventilateurs, une jeune femme compose avec la nouvelle réalité étouffante de la Terre.

Ici, pas de gros effets spéciaux ni de technologies futuristes. Tout repose sur une mise en scène épurée et claustrophobe, ainsi que sur l’interprétation bouleversante de l’actrice Viva Noronha, qui en est à son premier rôle.

Le film frappe par sa retenue. L’avenir qu’il dépeint n’est pas une dystopie spectaculaire, mais une extension terrifiante de notre présent. L’œuvre est pessimiste, mais réaliste. Avec une vision claire, Diaz signe, avec son deuxième court, une mise en garde puissante, qui suscite réflexion et horreur face à ce qui pourrait être notre futur.

Duchess 17 de Daly Sonesaksith. Photo: Festival Fantasia

Duchess 17 de Daly Sonesaksith: une plongée horrifiante dans l’Histoire

Duchess 17, premier court métrage de Daly Sonesaksith, se démarque nettement dans cette programmation majoritairement orientée science-fiction. Plutôt qu’un récit futuriste, il propose une incursion fictive dans l’histoire.

La quête de l’immortalité d’une mystérieuse figure surnommée Duchess 17 s’entrelace avec l’obsession d’une historienne pour les portraits disparus de cette icône énigmatique. Le film explore la frontière entre conspiration et réalité, soulignant à quel point certains faits historiques peuvent s’effacer, se déformer, ou se perdre dans les méandres du temps.

Sonesaksith, elle-même historienne de formation, insuffle au récit une réflexion sur la fragilité de la mémoire collective et sur la fascination qu’exercent les légendes.

Les décors, costumes et jeux d’acteurs sont très soignés, et le scénario est intrigant. Parmi les moments marquants, un jumpscare parfaitement maîtrisé a provoqué l’une des réactions les plus fortes du public.

Duchess 17 aurait peut-être gagné à être programmé lors d’une soirée dédiée à l’horreur plutôt qu’à la science-fiction, thématique dominante de la soirée. Quoi qu’il en soit, le court est captivant et bien ficelé.

Minou et la Vipère de John-Daniel Arauz. Photo: IMDb

Minou et la Vipère de John-Daniel Arauz: une vengeance toute en néons

Tête d’affiche de ce quatrième module des Fantastiques week-ends, Minou et la Vipère est un bijou d’animation 3D au style audacieux et à l’humour mordant. Le court mêle action et satire, mettant en scène le héros surnommé Vipère et son compagnon inattendu, un chat aussi redoutable qu’attachant. Ensemble, ils s’attaquent à un super-vilain déjanté, dont le plan diabolique vise à déchaîner une apocalypse de pollution via… des vaches.

Ce cocktail détonnant d’absurde et de cyberpunk bénéficie d’une animation soignée et dynamique, où les couleurs néon éclairent chaque scène d’une lumière électrique.

Les silhouettes découpées, les effets lumineux et les décors saturés contribuent à une immersion totale dans cet univers chaotique et délirant. L’animation bénéficie grandement d’avoir été supportée par une petite maison de production, Sarbacane Films.

Le rythme soutenu et les situations rocambolesques ont clairement conquis le public, qui a répondu par de nombreux éclats de rire. Une belle réussite qui justifie pleinement sa place en tête d’affiche lors de cette soirée mémorable.

À découvrir également

  • The Space Survivor de Tristan Blais et Léa Bouffard, offre un drame intimiste entre deux astronautes envoyés en mission de reconnaissance sur une planète glacée. Tourné à Rougemont, il se distingue par son efficacité narrative.
  • Capitaine Gamma de Pierre Lainé, rend un hommage rétro à la science-fiction des années 1960. L’histoire suit un riche homme d’affaires explorant la Lune lors de la course à l’espace. Ses effets spéciaux artisanaux sont charmants.
  • The Ark de Joshua J. Frederic (élève en film à Concordia), séduit par sa direction photo cinématographique. L’histoire est énigmatique, et le style, prometteur. Une enquête mystérieuse autour d’une mission spatiale échouée, de clones, d’un déserteur et d’un étrange objet rouge.
  • Monde souterrain de Bauçan, propose une dystopie, tournée dans un salon avec des décors créés sur Blender. Ce court plonge le spectateur dans une dystopie où les gens sont confinés deux par deux pour préserver l’humanité d’une pandémie.

Ce volet science-fiction et fantastique des Fantastiques week-ends du cinéma québécois a prouvé une fois de plus que nos réalisateurs débordent de créativité. Entre clins d’œil rétro, dystopies et humour, le quatrième programme des Fantastiques week-ends s’est révélé aussi divertissant que stimulant.

Nos recommandations :

Vos commentaires

Revenir au début